Espagne : le Tribunal constitutionnel riposte au parlement catalan

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Le Tribunal constitutionnel suspend le vote catalan du 27 juillet.
Le Tribunal constitutionnel suspend le vote catalan du 27 juillet. (Crédits : Reuters)
Le Tribunal constitutionnel espagnol a suspendu la résolution du parlement catalan justifiant le recours à l'unilatéralité pour avancer vers l'indépendance. L'Espagne avance un peu plus vers une crise catalane.

Le Tribunal constitutionnel espagnol (TC) engage la réponse de l'Etat espagnol au défi du parlement catalan qui, mercredi 27 juillet, avait adopté les conclusions de sa commission sur le « processus constituant ». Ces conclusions, qui indiquaient la nécessité d'adopter des « mesures unilatérales » pour avancer vers l'indépendance de la Catalogne, avaient été votées par l'ensemble de la majorité parlementaire indépendantiste alors même que le TC avait préalablement mis en garde le parlement contre l'inconstitutionnalité de ces conclusions.

Ce lundi 1er août, il n'a fallu qu'une heure et demie au TC pour décider de la suspension du texte adopté par le parlement catalan. L'inconstitutionnalité du texte - qui ne fait aucun doute puisque la Constitution espagnole ne permet pas l'indépendance d'une communauté autonome - ne sera cependant établie que fin septembre. Les conclusions de la commission catalane ne sont donc plus considérées comme ayant force de loi en Catalogne. Le Tribunal va plus loin et prévient la présidente du parlement catalan, Carme Forcadell, le bureau du parlement et le gouvernement catalan de leur « devoir d'empêcher ou de paralyser une quelconque initiative qui supposerait d'ignorer ou d'éluder la suspension décidée ». Et le TC de mettre en avant les « éventuelles responsabilités, y compris pénales » que ces personnes pourraient encourir, en cas de non-respect de cette obligation.

Le TC ne veut pas se hâter, mais il avance

Le TC n'a donc pas obtempéré à la demande du gouvernement de Mariano Rajoy, qui l'avait interrogé sur d'éventuelles fautes commises par Carme Forcadell. Toute plainte est repoussée à plus tard, mais le processus est ouvert et le TC, tout en refusant de se hâter, veut se donner tous les moyens légaux pour briser juridiquement le mouvement séparatiste. C'est une nouvelle gênante pour le gouvernement espagnol qui tablait clairement sur une tension croissante immédiate avec la Catalogne pour faire une forme « d'union sacrée » en Espagne qui favoriserait le vote en faveur de Mariano Rajoy à la présidence du gouvernement. Mais, ce 1er août, tous les ingrédients pour une crise à la rentrée entre l'Espagne et la Catalogne sont bien présents.

Le TC fait en effet désormais clairement le lien entre le vote de ce 27 juillet et celui du 9 novembre 2015, au cours duquel le parlement catalan avait voté une résolution incluant le principe de la désobéissance au TC. Il demande en effet à Carme Forcadell et au bureau du parlement catalan de « l'informer sur l'accomplissement » de sa décision d'annuler la résolution du 9 novembre 2015. La démarche est claire : le vote du 27 juillet est l'application de la résolution du 9 novembre. Il n'est donc pas seulement inconstitutionnel, il pourrait placer le bureau du parlement et sa présidente dans l'état de désobéissance à la justice constitutionnelle.

Ce que le TC peut faire

Dès lors, selon l'article 92 de la loi organique sur le TC, ce dernier pourrait disposer, une fois la phase d'information achevée, de quatre options, dans le cas où la désobéissance serait avérée. La première serait de frapper la présidente du parlement d'une amende allant de 3.000 à 30.000 euros, amende qui pourrait être répétée jusqu'à ce que sa décision soit respectée. La seconde serait la suspension des responsables catalans qui ont refusé d'obtempérer. La troisième consisterait à transmettre au procureur le dossier pour engager des poursuites contre les responsables catalans. Cette démarche a été utilisée concernant l'organisation du référendum « consultatif » du 9 novembre 2014 et a débouché sur la mise en examen de l'ancien président du gouvernement catalan, Artur Mas. Dernière option : l'appel au gouvernement espagnol pour qu'il fasse respecter l'ordre constitutionnel. Dans ce cas, le recours au fameux article 155 de la constitution qui donne la possibilité à Madrid de « prendre les mesures nécessaires » pour faire rentrer dans le rang les pouvoirs locaux sera possible.

Le TC donne une « dernière chance » aux Séparatistes

Le TC devra donc choisir sa démarche en septembre : ou une démarche « dissuasive » en commençant par les amendes, ou une démarche plus agressive, par des suspensions, des poursuites ou un appel au gouvernement central. Le TC laisse donc une « chance » aux responsables catalans. Il y a là une stratégie qui vise, déjà, à éviter la responsabilité d'un éventuel conflit ouvert. En refusant d'agir vite comme le demandait le gouvernement espagnol, le TC soigne sa future communication en tentant de faire porter la responsabilité de la rupture aux Séparatistes. La demande d'information à Carme Forcadell est un piège : il s'agit de prouver ouvertement que le parlement catalan n'a pas respecté la constitution en tenant compte de la résolution du 9 novembre 2015. Le jeu de Mistigri de la responsabilité a donc commencé. C'est clairement une réponse à l'argument des Indépendantistes catalans qui jugent nécessaires de recourir à l'unilatéralité parce que toutes les tentatives de négociations avec l'Espagne ont échoué.

La majorité indépendantiste ne peut plus faire marche arrière

Une chose est, en tout cas, certaine : ces menaces du TC ont peu de chance d'effrayer le camp séparatiste qui, depuis le 27 juillet, est clairement entré dans la phase de désobéissance. Avec cette décision du TC, la majorité indépendantiste n'a plus guère le choix. Ou elle renonce à son projet séparatiste, mais alors, elle disparaît puisqu'elle n'est unie que sur ce projet, et elle enterre tout processus d'indépendance pour des années. Ou elle refuse d'obtempérer et construit une nouvelle « feuille de route » fondée sur la résolution du 27 juillet, et, dans ce cas, le conflit juridique avec l'Espagne deviendra inévitable. Le président catalan, Carles Puigdemont, devrait le 28 septembre prochain poser une question de confiance au parlement. Pour obtenir l'unité autour de lui du camp indépendantiste, et notamment de la gauche radicale indépendantiste de la CUP, il lui faudra accepter la voie de l'unilatéralité. Une voie qu'il a déjà adoptée en votant ouvertement pour les conclusions de la Commission le 27 juillet. Faire chemin arrière semble donc impossible.

Du reste, les premières réactions ne laissent aucun doute. Le conseiller (ministre régional) des Affaires étrangères, Raül Romeva a affirmé "nous continuons". Et Carles Puigdmont lui-même, dans un twitt a affirmé qu'il "obéirait", mais "au parlement". "Nous remplirons notre engagement envers les citoyens pour bâtir un Etat libre, moderne et prospère".

Nouvelle étape du bras de fer

Une chose semble claire : l'heure n'est plus à la négociation ou à la discussion. Chaque camp cherche à pousser l'autre à entrer le premier dans le conflit. Le TC, fin septembre, devra donc engager une nouvelle étape du bras de fer avec Barcelone : il lui faudra trouver le moyen de stopper une majorité parlementaire désobéissante dans une communauté autonome. Une majorité parlementaire qui, de plus en plus, n'a plus d'autres choix pour justifier sa propre existence et respecter son mandat que d'aller plus avant dans le défi avec le pouvoir central. C'est une situation inédite pour l'Espagne de l'après-franquisme. La rentrée pourrait donc être complexe pour l'Espagne qui, par ailleurs, n'a toujours pas de gouvernement élu.

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a écrit le 18/08/2016 à 13:51 :
Pour terminer , Romaric Godin est considéré par le site ultra nationaliste Vilaweb, comme le journaliste français qui connaitrai le mieux la réalité espagnole. Ce site oscille entre vérités exaltées, demi-vérités, et gros mensonges par omission. De la simple propagande, et des opinions tranchées. Vicent Partal directeur de ce canard tresse des lauriers à Romaric.
Il faut comprendre que Romaric reprends point par point la ligne nationaliste. Il a le droit, et peut susciter un débat constructif.
Ainsi implicitement, il nous présente le tribunal constitutionnel comme un ennemi de la Catalogne, un organisme que les nationalistes défieraient, ce que ne dit pas Romaric c'est que c'est auprès de ce même tribunal que le parti du président de Catalogne, Puigdemont, s'adresse pour déposer une plainte. Les termes de cette plainte sont d'ailleurs assez risibles. Ils se plaignent d'injustice, et de ségrégation.
Ils ne peuvent former leur groupe à Madrid, car ils n'ont pas assez de députés pour le former , ils ne sont que huit envoyés par les catalans avec moins de 15% de votants (podemos en a 12 pour la Catalogne) et ne veulent pas aller avec ERC, qui a son groupe avec 9 mais avec 18% des votes,(Podemos en a 24,5%).
Traditionnellement, les voix des députés nationalistes, on servi pour atteindre une majorité au parlement de Madrid, pour le PP mais également pour le PSOE. Pour pouvoir constituer une majorité parlementaire, les partis "nationaux" on dut s'allier avec les nationalistes, ces derniers votant sans barguigner pendant leur législature, les lois proposées par le PP comme par le PSOE.
En échange, et depuis trente ans, des privilèges ou des cessions de compétences de plus en plus importantes ont été concédés à la communauté Catalogne.
Mais aussi au préalable, les voix des nationalistes n'étant pas assez nombreuses pour pouvoir former un groupe parlementaire au parlement de Madrid, les socialistes ou les populaires on "prêté" des députés pour ainsi obtenir le quota nécessaire pour la formation de ce groupe, avec les avantages économiques que cela représente.
Aujourd'hui; Ne s'étant pas bien entendus avec le PP, ces derniers n'ont pas voulu jouer le jeu.
Mais!! les nationalistes on considéré qu'il y a une jurisprudence, et portent plainte auprès du TC pour obtenir les privilèges liés à la constitution d'un groupe.

Il faut dire également, que pour l'investiture du président de l'assemblée nationale espagnole, les nationalistes ont voté contre le candidat de la gauche (Patxi Lopez) mais ce sont abstenus pour la candidate du PP. (Ana Pastor). Permettant ainsi son élection.
Il était prévu que le PP leur renvoi l'ascenseur, en aidant à la formation du groupe parlementaire.
Mais le parti de Puigdemont surtout préoccupé par le bouclage de son budget régional, a besoin des voix au parlement catalan des anti-systéme de la CUP; indépendantistes qui veulent sortir la Catalogne de l'Espagne, de la CE, de l'euro, de l'OTAN, de l'ONU
(du festival de l'eurovision je ne sait pas) et à donc engagé le parlement catalan dans une pièce de thèatre pour l'indépendance, sautant par dessus tout les règlements nationaux, comme régionaux, comme par dessus l'opposition, minoritaire en sièges, mais pas en voix. Le PP après avoir remercié l'attitude constructive des nationalistes, a néanmoins refusé son appui pour la formation d'un groupe en réponse aux dérives du parlement catalan.
Réponse de le 05/09/2016 à 13:02 :
Je vois que Cardo se répand un peu partout pour semer sa petite graine unioniste. Apparemment c'est un travail à temps complet. Il est tellement débordé qu'il n'intervient plus dans les commentaires de l'Indépendant, où il a laissé un grand vide.
Je retrouve avec plaisir les thèmes qui lui sont chers: les Catalans sont des pleurnicheurs, les "torchons" indépendantistes sont sursubventionnés et partisans, le passé franquiste de quelques figures pour lesquelles il n'hésite pas à remonter de quelques générations pour tenter de les salir et de montrer leurs contradictions.
Comme si cela avait une quelconque importance. Lluis Llach a eu peut-être un père franquiste, il l'a peut-être été lui-même, on s'en fiche un max. Il est surtout celui qui a composé la plus belle chanson indépendantiste qui soit, et rien que pour cela il a toute ma gratitude.
Il y a quand même quelques lacunes dans le raisonnement (j'allais écrire résonnement) de Cardo. Chaque fois qu'on lui pose la question, il disparaît. Par exemple, pourquoi refuse-t-il aux Catalans le droit de choisir leurs options: infra-structures, enseignement, lois sociales, transports, etc.
Et oui, les catalans posent des recours devant un tribunal qu'ils exècrent, et ce que Cardo prend pour une contradiction effarante, n'est tout simplement que le principe de réalité qui fait qu'on utilise les structures existantes, même si on n'est pas d'accord et qu'on souhaite les voir disparaître. C'est le même raisonnement qui fait que les indépendantistes se font élire au Parlement et au Sénat de Madrid.
Il y aurait beaucoup à dire encore, mais à quoi bon, puisque je n'attends pas de réponse, incapable qu'il est d'en fournir. Comme ce comptage de voix rocambolesque dont il nous gratifie à la fin. Je le lui ai déjà dit pourtant, mais apparemment je ne l'ai pas convaincu de la stupidité qu'il y a à considérer comme référendum une élection législative. Mais rien n'y fait.
a écrit le 07/08/2016 à 7:19 :
bien sur , les catalans profitent ( essaient ) de la situation politique actuelle ; mais tout le monde sait bien que , à terme , ils vont etre perdant: il suffit que Madrid leur " coupe les vivres " .
a écrit le 05/08/2016 à 21:27 :
À l'attention de la rédaction de La Tribune seulement:

Veuillez excuser svp la longueur et les erreurs du ma première réponse à Toni Cardona. C'est difficile parfois depuis mon portable. Je vous prie d'ignorer ma première réponse et de considérer à sa place la deuxième, qui est sa version revue et corrigée, un peu moins longue.

Merci beaucoup et mes félicitations pour la qualité de vos articles!
a écrit le 05/08/2016 à 21:27 :
À l'attention de la rédaction de La Tribune seulement:

Veuillez excuser svp la longueur et les erreurs du ma première réponse à Toni Cardona. C'est difficile parfois depuis mon portable. Je vous prie d'ignorer ma première réponse et de considérer à sa place la deuxième, qui est sa version revue et corrigée, un peu moins longue.

Merci beaucoup et mes félicitations pour la qualité de vos articles!
a écrit le 04/08/2016 à 21:33 :
Réponde à 123
Puisque vous aimez fouiller dans l'origine des gens, on va fouiller.
Sachez que L'Espagne est le deuxième pays au monde après le Cambodge, avec le plus de fosses communes emplies des victimes de la répression politique. Le gouvernement de JL Zapatero décida de confier à l'état, l'exhumation des cadavres, gisant dans ces fosses, et leur inhumation dans des tombes.
Malheureusement après le retour de la droite au pouvoir, cette entreprise fut reportée aux calendes.
Il faut comprendre que pour l'Espagne le franquisme ou plus précisément le vote des anciens franquistes, est comme le vote pieds noir en France, et ils votent majoritairement pour le PP. (ou nationaliste en Catalogne)
Ce travail de reprise des fouilles et de récupération de la mémoire est aujourd'hui aux mains d'associations et financièrement au bon vouloir des autorités régionales ou municipales.
La région Navarre et la ville de Malaga se sont données les moyens pour reprendre à leur charge ce travail,
Mais pas la Catalogne.
La raison est facile à comprendre pour la Catalogne, les nationalistes catalans fondateurs de CdC sont pour la plupart issus des rangs du franquisme catalan, ainsi les familles Mas, Trias, Rocafort sont tous d'anciens gagnants du régime franquiste, ils sont devenus nationalistes après la fin de la dictature, il faut aussi se pencher sur la biographie de la famille de Lluis Llach, le chantre du nationalisme catalan. Son père déserta le village de Vergés au début de la guerre pour rejoindre l'armée franquiste à Burgos, normal il était le petit fils du fondateur du pari carliste en Catalogne, plus tard il devint le maire de Vergés et chef local du "movimiento" le grand père maternel de Lluis était membre de la police secrète, et fut liquidé par les anarchistes à Barcelone au début de la guerre. Lluis lui même avant de devenir anarchiste de variétés, était membre des jeunesses phalangistes à Figueras,
Le grand père de Puigdemont déserta l'armée républicaine au moment de la bataille de l'Ebre, pour s'engager avec les franquistes
Pour le reste, et pour l'avoir vu de prés, le nationalisme catalan est un mélange de racisme anti-hispanique et de cupidité.
Cela n'empêche que je parle valencien et que personne ne m'a interdit de le parler. Même enfant à la fin du franquisme, nous parlions valencien devant la police
Réponse de le 05/08/2016 à 21:12 :
Ce que j'expliquais vous a dérangé car vrai. Comme c'est difficile à démentir vous choisissez d'accuser sans fondement les "nationalistes" catalans pour distribuer ainsi "égalitairement" tout péché originel de fascisme espagnol, toute tache historique, familiale et politique.

Ça ne marche pas. Pour commencer, ce que vous appellez nationalisme catalan (la revendication de la langue et de l'autogouvernement, frustrée et devenue poursuite de l'indépendance) est un phénomène social couvrant presque tout l'éventail politique, de la gauche radicale au centre-droit. (C'est juste la droite neocon ou extrême qui n'y touche pas, tiens, tiens...)

Il est archifaux que ce sentiment national et mouvement politique aie la moindre racine dans le fascisme espagnol de 1936-75. La droite et le fascisme espagnols se soulevèrent contre la République pour deux raisons principales dont l'une était soumettre la Catalogne, suprimer son autonomie et y reprendre l'effort colonisateur, de leur propre aveu et celui en particulier du général Franco à l'époque.

En Catalogne, la minorité des gens qui étaient franquistes ont continué à voter franquiste, c'est à dire le PP (avant AP, fondée par Fraga et d'autres exministres etc de Franco). Ils ne se sont jamais mis à voter ceux qu'ils haïssaient, méprisaient, poursuivaient, torturaient et mettaient en prison jusqu'en 1975.

Il est vrai qu'au XIXe, pour les carlistes (il y eu trois guerres "carlistas") le conservatisme réactionaire, catholique, comprenait le souhait d'un retour à l'Ancien Régime: une monarchie absolue mais décentralisée, sous laquelle chaque territoire conservait ses lois et traditions, ses constitutions et donc sa souveraineté, avec l'emprise abusive de la noblesse et autres propriétaires fonciers sur une paysanerie qui suivait (sous l'influence des curés) ou non. Il est vrai, forcément, que beaucoup de Catalans (catalanistes ou non) du XXe siècle avaient eu l'un ou l'autre grand parent ou arrière grand parent du côté carliste. Et alors?

Il est faux que Mas ou Trias soient issus de familles franquistes. Il n'y a pas de Rocafort politicien, et si vous parlez de Miquel Roca, il est né en France en 1940 à Bordeaux je crois, pendant un bombardement, ses parents étant des républicains démocrates exilés.

Lluís Llach est l'un des principaux chanteurs de proteste européens, et il a toujours été radicalement de gauche (proche de la CUP). Quel intérêt que son père aie déserté le camp républicain au début de la guerre? Beaucoup de catholiques le firent surtout dans le milieu rural, pour sauver leur peau et/ou ne se voyant pas dans les rangs d'une République en phase de révolution, qui avait l'air d'être tombée dans les mains de la FAI et CNT en Catalogne (puis des socialistes révolutionaires et des communistes), qui débarquaient dans les villages pour mettre le feu à l'église et fusiller le curé et les paysans signalés comme plus cathos ou bourgeois.

Connaissez-vous l'histoire, monsieur Cardona? Ou croyez-vous qu'il suffit d'aller sur les sites de propagande dénicher des médisances sur telle ou telle personne? Lluís Llach phalangiste... N'importe quoi.

La loi de mémoire historique de Rodríguez Zapatero c'est le bouquet. Si je ne me trompe, ils ont passé cette loi en dernière minute presque, lors du second mandat de Rodríguez Zapatero, alors que c'était une promesse importante dès sa première campagne electorale. L'honte aurait été énorme de ne pas faire cette loi. Pourquoi le PSOE traîna les pieds? Il n'y avait pas vraiment d'intérêt socialiste ni de courage pour faire ce qu'il fallait, et leur loi, largement insuffisante, trahit l'espoir légitime de dizaines de milliers de familles victimes du fascisme. En plus, comme vous dites, cela fut fait si tard que cette loi ne servit à presque rien car la droite franquiste (M. Rajoy, PP) a gagna les élections et arrêtat tout.

Il est faux que la Catalogne n'aie rien fait par contre. Il arrive qu'en Catalogne il y a moins de ces fosses car elle n'est tombée que vers la fin de la guerre. En zone républicaine les victimes d'assassinats politiques furent bientôt retrouvées et enterrées.

Vous peignez le "nationalisme" catalan comme raciste et cupide. Double mensonge. C'est plutôt l'inverse qui se produit. Il y a en Espagne du racisme anti-noir, anti-beur, anti-catalan et parfois encore anti-juif, et ce sont l'impérialisme ethnocide et la cupidité sans mesure de l'Espagne qui ont poussé les Catalans vers l'indépendance.

C'est bien que vous sachiez parlez le catalan, mais dommage que vous rejettiez cette langue. Vous prouvez cela en l'appellant en français du nom de l'un de ses dialectes, le valencien. Au Pays Valencien il est traditionnel d'appeller valencien la langue catalane, mais c'est absurde de faire la traduction litérale: en français on parle de langue catalane à moins de vouloir préciser le dialecte. Votre choix de langage est une preuve typique de nationalisme espagnol.

Vous dites que vous avez toujours pu parler le catalan sans problème mais vous vous démentez tout seul. D'abord tout le monde connait le statut du catslan sous Franco: interdiction. Pourquoi vous souviendriez-vous d'avoir un jour (fin dictature) parlé en catalan devant des policiers sans que rien ne vous arrive, si cela ne posait aucun risque? On se faisait aisément insulter, baffer et emmener!


Avant-hier même un gars tweetait de la gare de Benicarló (Pays Valencien, ou le catalan est langue officielle) en demandant un coup de main car l'employée, fonctionnaire de RENFE /ADIF, refusait de valider son billet de train s' il lui parlait en catalan. (La mairie de Benicarló réagit aujourd'hui et s' addresse à RENFE et ADIF.) Ces incidents se répètent touts les jours et sortent tous les mois dans les médias.
a écrit le 04/08/2016 à 13:37 :
il n'appartient pas a un ou des magistrats de definir si un peuple desir son autonomie
c'est ce que toutes les régions francaise doivent faire
leur autonomie totale
pour faire sauter le centralisme parisien
a écrit le 02/08/2016 à 12:40 :
Je ne vois pas très bien comment le TC ou un gouvernement central ,en fonction ou non, vont pouvoir stopper la volonté majoritaire des citoyens avec des articles de loi.
Le fait est que des millions de catalans ne se sentent pas et ne veulent pas être espagnols et que une majorité superabsolue de 80% de la citoyenneté catalane réclame un referendum obligeant sur la question de l'indépendance.
À rien de sert de menacer d'emprisonner la présidente du Parlement catalan (Forcadell) ou le président du gouvernement catalan (Puigdemont). Ce ne sont que des surfeurs sur la déferlante. Si ils tombent d'autres les remplaceront.
Réponse de le 07/08/2016 à 7:16 :
désolé de vous contredire , mais vous devriez relire les résultats du fameux referendum d'independance : s'il a été invalidé , il n'en reste pas moins que des resultats ont été publiés , et n'etaient pas du tout probants .
quand aux " remplaçants " ...Mas à trouvé uns fois des " prete-nom " , mais à force , les candidats risquent d'etre moins nombreux ? non ?
a écrit le 02/08/2016 à 8:16 :
En effet, stratégiquement, avec l'espagne qui n'a pas de gouvernement c'est le moment pour les indépendantistes de faire pression.
a écrit le 01/08/2016 à 21:49 :
Bravo les catalans vivent la liberté et pas ces oukases d'un gouvernement central
a écrit le 01/08/2016 à 20:57 :
incroyable de voir des gens aussi bornés d'un côté comme de l'autre, le PP et le TC ne font que de donner une bonne et nouvelle occasion aux indépendantistes Catalans de se poser en victime de "la dictature de Madrid" du côté des indépendantistes Catalans c'est pas mieux, ils font que se poser en victimes "Madrid ce sont les méchants nous les victimes, on fait jamais rien de mal, si on est en crise économique c'est seulement la faute de Madrid et pas parce que peut être nos dirigeans ménent pas la bonne politique'. Comme vous le dites très bien dans l'article seul l'indépendance (pardon "la liberté" de la Catalogne) les réunit sinon y'a aucun point commun entre Puidgemont qui est de centre-droit des extrémiste de gauche de la CUP
Réponse de le 02/08/2016 à 15:21 :
Le jour et la nuit existent, sans pour cela qu'on devienne manichéen à le constater. Les agresseurs et les victimes ça existe autour de nous, et ce n'est pas très bien vu lorsqu'un "jury" à l'idée de juger provocateur le style à la mode d'une jeune femme qui se fait embusquer et attaquer par un violeur.

Les abus de force, les agressions de toute sorte sont malheureusement constants dans le monde, physiques et encore plus moraux, professionnels, politiques et juridiques. Même à l'école parmi les enfants et adolescents.

Nous voyons des dizaines de milliers de personnes fuir la misère et la guerre en essayant de traverser la Méditerranée. Des milliers se noient. Ceux qui arrivent en Europe se font ensuite parquer dans des camps de soit-disant "réfugiés". Parmi ceux qui parviennent à recommencer leur vie dans nos quartiers et villages, beaucoup font souvent l'objet de regards de travers et d'agressions. Certains sont harcelés bureaucratiquement ou se font même tuer par des xénophobes.

Ce sont des victimes. Tous. Du destin, du malheur, mais aussi de notre société et de nos compatriotes, de nos voisins.

Alors les Catalans sont-ils aussi ou non des victimes sur leur propre territoire d'une violence médiatique, sociale et institutionelle en Espagne, qui tourne parfois à l'humiliation et à la violence physique même par police espagnole?

Tout à fait.

Le nationalisme espagnol (et NON catalan) n'est pas beau à voir. Il est borné, impérialiste et souvent fasciste par la manière ou de fond. C'est l'héritage d'un long passé que certaines élites et certains secteurs de la société espagnole glorifient de plus en plus au lieu de vouloir enterrer, dépasser et oublier.

Il y a une stratégie en place depuis toujours qui consiste à mélanger tous les "nationalismes" pour tout de suite après démentir son propre nationalisme impérialiste ou bien le décrire faussement en "nationalisme constitutionnel" à la Habermas. Les grands spécialistes de ce discours et de ce mensonge en Espagne se trouvent derrière et sur les pages du quotidien El País, et parmi beaucoup de socialistes ultrajacobins, qui firent de ce journal leur livre de chevet dès sa parution en 1976.

Mais si on gratte on découvre que les fondateurs et en grande partie la rédaction d'El País, dont son premier directeur et copropiétaire Juan Luís Cebrián, étaient des franquistes de longue date, avoués plus ou moins, ou pas.

Cebrián, fils d'un phalangiste (du parti fasciste Falange, aux mains couvertes de sang), était rédacteur en chef au Diario Pueblo, organe officiel du fascisme espagnol, avec beaucoup de ses "camaradas", avant de se retrouver du jour au lendemain presque, aux commandes d'El País. Ce journal, qui réussit formidablement à se faire passer pour un Le Monde espagnol, est sans doute le principal responsable en Espagne de n'avoir jamais bouclé la transition à une démocratie et un état de droit acceptables depuis 1975 (mort de Franco).

Mais pas la peine de s' incliner davantage sur El País ou sur le fait que plus de la moitié de tous les ministres et premiers ministres espagnols socialistes depuis 1982 sont issus de l'élite franquiste, à commencer par le pervers Felipe González et l'aimable (mais mou) José Luís Rodríguez Zapatero.

Il faut tout simplement comprendre qu'on appelle "nationalisme" deux phénomènes sociaux, deux discours et orientations politiques qui sont exactement l'opposé l'un de l'autre, le jour et la nuit.

Il y a le nationalisme proprement dit, typique du XIXe en Europe, qui est suprémaciste: on est les meilleurs et c'est la loi du plus fort. Il s' appuie sur l'état, la propagande à tous les niveaux (à l'inclusion de l'enseignement) et le militarisme. Ensuite il y a le "nationalisme" des minorités écrasées par les premiers, qui rêvent d'obtenir leur propre état, non pas pour envahir la Pologne mais pour échapper à un état qui s' acharne à les détruire au lieu de les servir.

L'un engendre l'autre. Dans des états plus démocratiques et équilibrés, idéalement confédéraux ou fédéraux comme la Suïsse, il n'y a pas de majorité ethnique nationaliste cherchant à s' imposer et à absorber les minorités ethniques environantes. (Il ne surgit donc aucun mouvement "nationaliste" ou indépendantiste. Pas besoin de se protéger ou vouloir se projeter librement dans le monde, on est déjà libre.) C'est le tournant que l'Espagne, en particulier celle aux racines castillanes, de langue espagnole (c'est à dire castillane), a raté en 1978.

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