La FIFA menace la Grèce d'un Grexit... footballistique !

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Scénes de violence lors du derby Panathinaikos-Olimpiakos du 22 février.
Scénes de violence lors du derby Panathinaikos-Olimpiakos du 22 février. (Crédits : Reuters)
Le ton monte entre les instances internationales du football et le gouvernement Tsipras. La FIFA menace de suspendre le pays alors qu'Athènes prépare une loi contre la violence récurrente dans le football hellénique.

La BCE, le FMI, l'Eurogroupe, l'Allemagne et maintenant... la FIFA ! Décidément, le gouvernement grec dirigé par Alexis Tsipras n'a pas l'heur de plaire aux grands de ce monde. La fédération internationale de football et sa branche européenne l'UEFA se sont en effet inquiétées du projet de loi préparé par Stavros Kontonis, le vice-ministre hellénique en charge du sport. Ce dernier entend mettre, enfin, de l'ordre dans le monde du football grec, frappé depuis des années par la violence entre supporters et par la corruption.

Un projet de loi ambitieux

Ce projet de loi prévoit ainsi, en cas d'incidents violents, de frapper les clubs d'amendes allant de 10.000 à 25.000 euros. Les autorités civiles pourront aussi décider de déplacer des matchs et d'interdire à certains clubs de participer à des compétitions européennes. Les médias pourraient aussi devoir être sanctionnés pour avoir montré ou incité des actes de violence dans les stades. La presse sportive grecque est nombreuse et souvent affiliée à des clubs. Elle n'hésite pas à faire monter la pression contre les clubs adverses, notamment lors des derbies (rencontres entre clubs voisins). Le projet de loi entend aussi lutter contre le trafic illégal de billets en prévoyant de l'emprisonnement pour les vendeurs non autorisés et en favorisant les émissions électroniques de tickets. Enfin, pour lutter contre la corruption, les arbitres seront tenus de procéder à des déclarations de patrimoine.

Indépendance du football

Ce texte ambitieux sera soumis à la commission des affaires culturelles de la Vouli la semaine prochaine. Il devrait être soumis au vote en séance plénière les 4 et 5 mai prochains. Mais il irrite fortement la FIFA et l'UEFA. Pour ces instances, le football doit, comme la politique monétaire, être indépendant de tout pouvoir politique. Selon les fédérations, il existe un risque d'immixtion des autorités dans la gestion du football grec. Elles se sont donc fendues d'un avertissement sévère à la fédération hellénique de football (EPO) la semaine passée. Dans cette lettre, la FIFA et l'UEFA menacent : si le projet est voté, elles n'auront pas « d'autres options que de transmettre l'affaire devant l'autorité compétente pour des sanctions immédiates, y compris la suspension de l'EPO. »

Grexit footballistique

Autrement dit, la FIFA annonce rien moins qu'un Grexit du football international. En cas de suspension, la Grèce - actuellement bonne dernière du groupe F des qualifications pour l'Euro 2016 - ne pourrait plus jouer de matchs internationaux et ses clubs ne pourraient pas davantage participer aux compétitions européennes. A la différence de la BCE, la FIFA est plus coutumière de ces exclusions. En juillet 2013, par exemple, la fédération camerounaise de football (Fecafoot) a été suspendue. Un an plus tard, le Nigeria a connu le même sort. Souvent, ces suspensions font suite à des pressions politiques pour nommer un proche au sein de la direction des fédérations nationales. Au bout de quelques jours, les Etats reculent et la suspension est levée.

Déjà, en 2006...

On voit que le cas grec est ici un peu différent. Mais la FIFA a néanmoins déjà prouvé sa détermination à empêcher l'Etat de venir mettre de l'ordre dans le football grec. Le 3 juillet 2006, la FIFA avait ainsi déjà suspendu la fédération grecque suite à un projet de loi du gouvernement conservateur d'alors. Lui aussi autorisait le gouvernement à intervenir dans le milieu du ballon rond. Dix jours plus tard, après le vote d'un amendement donnant l'indépendance complète à l'EPO moyennant un retrait des subventions, la suspension avait été levée. L'équipe de Grèce, alors championne d'Europe en titre, avait pu reprendre ses matchs internationaux.

Violences récurrentes

Reste que le football grec demeure frappé par de nombreux maux. La violence entre supporters n'est pas le moindre. L'an dernier, la finale de la coupe de Grèce entre le Panathinaikos d'Athènes et le Paok de Thessalonique avait été marquée par des violences. En septembre, un supporter avait été tué lors d'affrontements entre les équipes de deuxième division de l'Ethnikos du Pirée contre l'Irodotos d'Heraklion . En novembre, un responsable arbitral avait été attaqué. Enfin, fin février, le derby des « ennemis éternels » entre le Panathinaikos et l'Olimpiakos du Pirée avait été marqué par de nouveaux heurts, des jets de projectiles vers les joueurs et les dirigeants du club du Pirée et l'invasion du terrain.

Détermination gouvernementale

Ces violences du 22 février avaient décidé le nouveau gouvernement à prendre des mesures sévères pour en finir avec la plaie de la violence. Alexis Tsipras avait suspendu les matchs de championnat le dimanche suivant - c'était la troisième fois pour la seule saison 2014-2015 - et avait convoqué les clubs pour trouver une solution. Stavros Kontonis avait alors prévenu : « la décision du premier ministre d'éradiquer ce problème est définitive. » D'où ce projet de loi qui irrite la FIFA.

Mais l'organisation internationale va devoir faire face à la capacité de résistance du gouvernement grec qui a déjà résisté depuis près de deux mois à ses créanciers. Stavros Kontonis a ainsi été très sévère avec la FIFA : « nous pensons que le projet de loi permet à l'Etat d'assumer ses responsabilités pour faire face au tsunami de violence dans le sport. Le gouvernement et le parlement sont les seules entités légitimes pour régler les problèmes du peuple grec, alors que la FIFA est une organisation internationale régie par la loi suisse. »

Rudes négociations en cours

Stavros Kontonis a également dénoncé le manque de volonté de la FIFA de s'attaquer aux problèmes du football hellénique. Rappelant que la justice grecque a mis en lumière l'existence d'au moins deux organisations criminelles dans ce sport en Grèce et que le problème de la violence existe depuis des décennies, il conclut : « si une organisation internationale estime que l'actuel cadre législatif a bien fonctionné, qu'elle vienne nous le dire. » Il est même allé plus loin. « Il semble que la FIFA et l'UEFA ne sont pas intéressées par le règlement des plaies du football grec, mais qu'elles cherchent au contraire à contourner l'ordre constitutionnel grec et le peuple grec », a-t-il indiqué. Le gouvernement semble donc décidé à agir. Cependant, la porte n'est pas fermée : le ministre a invité la FIFA et l'UEFA à une discussion de trois jours sur le sujet. Les négociations continuent donc, mais Athènes ne semble pas prête à reculer. « Nous espérons que les fédérations comprendront les problèmes sérieux et nombreux du football grec et qu'ils s'engageront de façon constructive et active dans un processus de consolidation, de démocratisation et de transparence », a conclut Stavros Kontornis.

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Commentaires
a écrit le 24/04/2015 à 11:02 :
" la justice grecque a mis en lumière l'existence d'au moins deux organisations criminelles dans ce sport..."
Un gouvernement qui s'intéresserait à l'argent sale dans le foot ? Il faut éviter cela à tout prix !
a écrit le 24/04/2015 à 10:09 :
la FIFA est tellement corrompue et elle corrompt encore plus, qu'elle devrait déjà balayer devant sa porte. Qui peut encire faire confiance a cette fédération complètement pourrie par le fric. C'est une honte. Voir le dossier Qatar et Russie et bien d'autres. Idem pour le Brésil.....
a écrit le 23/04/2015 à 18:14 :
Qu'on leur lâche la grappe au Grecs !
Et que l'on nous foute la paix à nous aussi ! Marre de ces instances lobbiisés...
a écrit le 23/04/2015 à 17:59 :
Les grecs sont les martyrs de ce système corrompu.
La FIFA encore un parfait exemple d'une organisation non élu démocratiquement qui s'occupe de ce qui ne la regarde pas.
Solidarité à la grèce, les oppresseurs montrent petit à petit tous le bout de leur nez
a écrit le 23/04/2015 à 17:20 :
La FIFA a la pétoche que ça fasse tâche d'huile !
a écrit le 23/04/2015 à 17:18 :
Je suis à 120% en accord avec les valeurs que le gouvernement grec mené par Tsipras a le courage de porter. c'est ce qui manque en France et ailleurs. Voir les choses autrement que sous l'angle purement financier (avec ou sans camouflages)... c'est possible ... commençons par être consommacteurs de valeurs durables. Même le plus petit geste en ce sens sera un pas dans une autre direction.
La Fifa a perdu le sens des valeurs humaines pour ne garder que la valeur financière comme beaucoup, c'est la gangrène qui fait que les joueurs de l'équipe de France ont réussi à me mettre la honte d'être français.
Et vous, quelle valeurs voulez-vous transmettre ?
Un max de pognon pour soi sur le dos des autres en voulant éviter de partager et payer à la communauté qui vous protège, tout en faisant le beau à l'écran : moi, ça j'en veux pas, j'en veux plus. ça pu le narcissisme débilisant.
le fond du problème des violences est là : à la violence financière découle une violence humaine. ceux qui pilotes les gros sous ne pense plus qu'a l'argent pour mieux fuir la réalité.
L'argent prend la valeur de là où on le place. Plaçons le dans la justice, l''éducation, la rééducation, l'entrepreneuriat, la santé .... à tous ceux qui font le "sale" boulot ... celui qui rapporte pas d'argent et qui ai pénible ! ...
Pour ça, imaginez : justice à zero, éducation à zéro, armée à zéro, santé à zéro ..........

c'est plus facile de savoir ce que l'on gagne plutôt que ce que l'on a acquis.

Je suis parti un peu loin mais tous les chemins ramènent au même point :
qu'est-ce que je valorise ?
qu'est-ce que je dévalorise ?
pourquoi ? dans quel but ?
qui dévalorise ?
qui valorise ?
je crois que c'est ce que à quoi les grecs sont en train de relever comme défi une remise en question (intérieure) ...
moi c'est aussi ce que je veux sans haine et sans violence ... mais avec détermination.
Réponse de le 23/04/2015 à 18:42 :
@Paul: y a plein de maisons à vendre en Grèce, profites-en et déménage rapidement :-)
a écrit le 23/04/2015 à 17:13 :
Combien de preuves faudra-t-il pour qu'on concut enfin que ce pays doit être viré de l'UE purement et simplement à tous les niveaux !!!
Réponse de le 24/04/2015 à 18:18 :
Avez vous lu l'article? Parce que pour ce sujet, on peut difficilement blâmer le gouvernement grec. Et puis recevoir des leçons de la FIFA qui est corrompue jusqu'à la moelle...
a écrit le 23/04/2015 à 17:02 :
Merci de cette information qui montre que le monde du football n'est pas vraiment clair.
Vérifier le patrimoine des arbitres, et alors ?
Veiller à l'ordre public, c'est l'objet du pouvoir politique, même lors de manifestations sportives.
Si ce nouveau gouvernement grec pouvait vraiment réformer son pays, quelle joie ! et je serais alors prêt à payer.
a écrit le 23/04/2015 à 15:58 :
Un article extremement précieux éclairant et impartial. Bravo monsier le journaliste extremement très documenté et extremement émérite. Encore merci clap clap ^_^
a écrit le 23/04/2015 à 12:41 :
A la lecture de cet article, la position de la FIFA apparaît bien surprenante.
a écrit le 23/04/2015 à 11:32 :
bêtise..... === bien de pays dont le football est de loin plus violent que le grec (anglais, ukrainien, belge, français, croate... ) devraient être sanctionnés et pourtant la MaFIFA ne le fait pas ! ====
Réponse de le 23/04/2015 à 17:40 :
Le foot français de loin plus violent que le grec ?! HAHAHA n'importe quoi ! Sur ce point, les français n'arrivent heureusement pas à le cheville des grecs. Aujourd'hui en France, il ne reste que quelques clubs concernés par des problèmes récurrents de violence (Bastia, Sainté, Metz ou encore Lyon...). En Grèce, quasiment tous les clubs de première division sont concernés, et d'après cet article, il y en a même en seconde division.

Certes, il y a des championnats du niveau de la Grèce ou plus graves (pays de l'est, Turquie, Angleterre...) mais là il ne s'agit pas pour la FIFA de sanctionner la Grèce pour ses violences mais pour un projet de loi trop intrusif à son goût.
Le problème est toujours le même : tout le monde veut agir mais tout en protégeant ses intérêts. Résultat, soit on ne fait rien (quelles mesures ont été prises en Espagne ?), soit on fait trop et donc n'importe quoi (les cas du PSG et de Bastia sont de très bons exemples).
a écrit le 23/04/2015 à 11:30 :
J'encourage le gouvernement grec. Il est temps de régler ce problème de violence dans le foot grec. Si la FIFA et l'UEFA ne sont pas d'accord avec ce projet de loi et s'ils ne savent pas jouer leur rôle et contenir la violence dans les stades grecs, qui au final coûte à la collectivité grecque (en argent, et violence physique), qu’elles acceptent que le gouvernement grec les mette en amende elles ! Je doute qu’elles acceptent. Et puisqu’elles veulent jouer à ce petit jeu du GREXIT, que le gouvernement grec se montre ferme … ça donnera une bonne idée aux autres de la détermination du gouvernement grec.
Réponse de le 23/04/2015 à 11:45 :
100% D'accord . Ou est l'intérêt de la FIFA dans un développement de la violence autour du foot ? Chaque état est responsable de la sécurité intérieure . La nébuleuse FIFA semble avoir d'autres intérêts inavouables , et a peur que chaque état découvre le pot aux roses .....CQFD
Réponse de le 23/04/2015 à 17:45 :
La FIFA n'a aucun intérêt à laisser la violence se développer dans le foot européen et elle tente d'agir contre tout comme l'UEFA, le Parlement européen et de nombreux gouvernements locaux. Mais elle n'a non plus d'intérêt à laisser le gouvernement grec gérer son championnat en marge des règles en vigueur (règles établies par l'UEFA !).
Ce n'est par exemple pas au gouvernement grec de décider si tel ou tel club de son pays peut disputer une coupe d'Europe ou non, compétition qu'elle n'organise pas, ne gère pas et ne finance pas.
Réponse de le 24/04/2015 à 10:39 :
la FIFA est à l'image de certaines grandes organisations internationales, telles le FMI, l'OMC : pourries par des intérêts économiques et financiers privés. Ceux qui en doutent encore devraient se documenter sur le choix du Qatar pour organiser la coupe du monde en 2022 .La Grèce n'est qu'un vilain petit canard dans l'affaire .

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