Pénurie de gaz : le gouvernement allemand à la veille de « décisions très difficiles »

Moscou a réduit drastiquement ses livraisons de gaz à l'Allemagne, prétextant un problème technique. Convaincu que les raisons sont en fait politiques, Berlin s'attend désormais à l'interruption complète de l'approvisionnement en gaz russe et à une pénurie consécutive. Le ministre de l'Economie Robert Habeck évoque ouvertement des rationnements de gaz dans les mois à venir et la mise à l'arrêt de pans entiers de l'économie germanique.
Robert Habeck, ministre de l'Economie et vice-chancelier allemand.
Robert Habeck, ministre de l'Economie et vice-chancelier allemand. (Crédits : CHRISTIAN MANG)

L'Allemagne est-elle à la veille d'un rationnement inédit de la consommation de gaz ? L'hypothèse n'est plus exclue par le gouvernement allemand. Dans les colonnes du magazine Der Spiegel, le ministre allemand de l'Economie Robert Habeck a prévenu ses citoyens des conséquences brutales de la crise énergétique dans les mois à venir.

Le pays va devoir faire des « choix de société très difficiles » pour les ménages et les entreprises si les livraisons russes continuent de s'amoindrir, a prévenu vendredi le ministre de l'Economie Robert Habeck. L'industrie et l'économie en général sont sous la menace d'un arrêt forcé.

« Il faudrait fermer certains secteurs industriels (...) Tous les processus d'économie de marché seraient alors suspendus. Pour certains secteurs, ce serait catastrophique. Nous ne parlons pas de deux jours ou de deux semaines, mais d'une longue période. Nous parlons ici de personnes qui seraient au chômage, de régions qui perdraient des complexes industriels entiers », a-t-il précisé dans une interview au Spiegel.

Le scénario d'un arrêt complet des livraisons de gaz russe

De fait, le géant énergétique russe Gazprom a grandement réduit l'approvisionnement de l'Allemagne en gaz via le gazoduc Nord Stream, qui ne fonctionne plus qu'à 40% de ses capacités. Prétextant des problèmes techniques, Moscou est accusé d'arrêter unilatéralement ses exportations de gaz vers l'Europe occidentale dans une logique délibérée de déstabilisation du marché énergétique, qui n'avait pas attendu cette crise pour flamber. Résultat : l'état actuel des livraisons de gaz russes s'avère très problématique outre-Rhin. « Nous sommes déjà dans une situation où l'Allemagne n'a jamais été. Rien que si les livraisons de gaz russe restent aussi faibles qu'elles le sont actuellement, nous courons à la pénurie de gaz », a averti le ministre et vice-chancelier, qui reconnaît que, dans le meilleur des cas, « ce sera de toute façon juste cet hiver ».

Surtout, la situation pourrait encore s'aggraver si la Russie cesse totalement ses livraisons en gaz aux Allemands. Si ce scénario se produit, la pénurie de gaz serait atteinte mi-décembre, selon l'Agence allemande des réseaux.

En parallèle, l'Allemagne s'active pour compenser la baisse des livraisons russes par des achats auprès d'autres pays producteurs, notamment en gaz naturel liquéfié (GNL), ce qui nécessite la construction d'infrastructures spécifiques, les terminaux méthaniers, dans les ports allemands. Pris par l'urgence, le pays gouverné par une coalition à laquelle participe les écologistes, dont Robert Habeck, a ainsi relancé des centrales à charbon, et appelé les ménages aux économies d'énergie.

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Dans le scénario d'un rationnement de gaz, la réglementation européenne donne priorité aux ménages sur les entreprises, mais « cette réglementation a été conçue pour les interruptions de livraisons à court terme, et non à long terme », a défendu le ministre.

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Commentaires 3
à écrit le 26/06/2022 à 1:42
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Elle peut remercier schoder et Merkel … ou les inviter à s exprimer sur le sujet…. devant un tribunal !!

à écrit le 25/06/2022 à 13:10
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Ah les beaux discours sur le CO² et le réchauffement climatique !

à écrit le 24/06/2022 à 18:16
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Ah bon? L'Allemagne découvre avec 4 mois de retard que les sanctions sont des boomerangs qui vont plomber son économie. Mieux vaut tard que jamais!

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