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ÉconomieUnion européenne

Pourquoi la BCE dépense des milliards chaque mois sur les marchés ?

Photo de Jean-Christophe Catalon

Jean-Christophe Catalon

Publié le 14 décembre 2017 à 16:18 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 01:34

Risques pour la stabilite contenus mais nombreux, selon la bce

Risques pour la stabilite contenus mais nombreux, selon la bce

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La politique monétaire menée par Francfort ne devrait pas bouger pendant plusieurs mois. L'occasion de revenir sur l'assouplissement quantitatif, cette mesure non-conventionnelle de la BCE qui consiste à racheter des milliards d'euros de dettes sur les marchés, afin de faire repartir l'économie et l'inflation.

Près de 2.250 milliards d'euros, c'est le montant des dettes rachetées par la Banque centrale européenne (BCE) sur les marchés financiers en moins de trois ans. Couplée aux taux bas, cette politique a été lancée par Francfort dans l'espoir de dynamiser l'inflation et la croissance.

Le Conseil des gouverneurs de la BCE a tenu, jeudi, sa dernière réunion de politique monétaire de l'année. Son président, Mario Draghi, n'a pas annoncé de nouvelles mesures, l'essentiel ayant été détaillé lors de la précédente réunion, fin octobre, et concernait justement le rythme de ces achats sur les marchés financiers.

Les orientations de la politique monétaire de la zone euro devraient rester stables ces prochains mois, l'occasion pour La Tribune de faire le point et de revenir sur le fonctionnement et l'utilité de cet instrument dit "non-conventionnel" utilisé par la BCE.

■ "Programme d'achat de titres", "assouplissement quantitatif"... plusieurs termes pour un instrument

Depuis mars 2015, Francfort s'est lancé dans le rachat massif de dettes sur les marchés. Cette mesure est appelée "programme d'achat de titres", dans le jargon des financiers on trouve également le terme d'"assouplissement quantitatif" ou "quantitative easing" en anglais, souvent évoqué sous son acronyme "QE".

Cette mesure est qualifiée de "non-conventionnelle", car la BCE l'a mise en place uniquement pour répondre à un problème conjoncturel, mais elle n'a pas vocation à durer. Le mandat de la banque centrale est d'assurer la stabilité des prix, autrement dit que l'inflation se situe à un niveau inférieur à, mais proche de 2%. À l'époque de la mise en place du programme, le risque de déflation en zone euro était important et la reprise économique peinait à arriver.

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En achetant plusieurs milliards d'euros de dettes chaque mois, la BCE fait indirectement baisser les taux d'intérêt et rend les emprunts moins chers. Ce programme permet donc d'assouplir les coûts de financement des acteurs économiques. L'objectif est donc de relancer l'investissement pour dynamiser l'activité afin de faire remonter les prix.

■ Comment ces achats sont-ils répartis ?

En 2015, le programme concernait uniquement ou presque les dettes souveraines, autrement dit les emprunts des États de la zone euro sur les marchés financiers. À partir de juin 2016, la BCE s'est mise à racheter également des dettes d'entreprises. Jusqu'à aujourd'hui, sur les 60 milliards d'achats mensuels, près de 80% concernent des dettes souveraines.

Sur les 19 pays de la zone euro, la Grèce est exclue par l'assouplissement quantitatif, car sa dette est jugée trop risquée par les agences de notation. La participation de Chypre a également été suspendue courant 2016. Du reste, chaque pays bénéficie du programme proportionnellement à sa part dans le capital de la BCE, dite aussi "clé de répartition". Cette règle n'est pas respectée à la lettre - même si l'écart reste minime -, l'Italie et la France en bénéficient davantage notamment, mais pour des raisons techniques et non pas politiques.

■ A-t-il rempli ses objectifs ?

Les données sur l'efficacité globale du programme ne sont pas légion. La BCE a en néanmoins publié une étude en juin dernier évaluant les effets du QE sur l'inflation et la croissance. À noter que ce document se focalise uniquement sur la première année après le lancement du programme.

L'étude estime qu'il a eu un effet important à très court terme sur la croissance en zone euro. En effet, le QE a apporté un gain de 0,18 point de PIB au premier trimestre 2015, qui s'est progressivement dissipé en 2016.

Concernant l'inflation, les effets sont apparus à moyen terme. Il a fallu attendre la fin de l'année 2015 pour que le programme ait un effet notable sur l'inflation (+0,18), avant de s'amplifier pour atteindre +0,36 point de pourcentage fin 2016.

| Lire aussi : inflation, taux... quel bilan pour l'assouplissement quantitatif de la BCE ?

■ Le QE alimente-t-il des bulles ?

La longévité du programme n'enchante pas tout le monde. Sur les marchés, des acteurs alertent sur les risques de bulle, résultant des taux bas et du QE. Avec des rendements faibles, autrement dit des taux d'intérêts faibles, les titres de dette souveraine sont peu attractifs du point de vue des investisseurs. De plus, la BCE, en rachetant massivement ce type de titres, réduit l'offre sur le marché, incitant les investisseurs à s'en détourner.

Problème, il s'agit des actifs financiers les plus sûrs et, si les investisseurs s'en détournent, cela signifie qu'ils se reportent sur des actifs plus risqués. La BCE a conscience de ce risque, mais Mario Draghi répète à l'envie que les effets positifs du QE sont plus importants que ses effets négatifs.

Pour qu'on puisse parler de bulles, "il faut observer des valorisations excessives", a rappelé Vincent Juvyns, stratégiste à JP Morgan Asset Management lors d'un point presse mardi. "On est proche d'une déviation des standards, mais on n'y est pas", a-t-il observé.

■ Pourquoi la BCE n'a-t-elle pas donné de date de fin ?

Sur le plan économique, l'année 2017 est l'année de la reprise en zone euro. La croissance devrait approcher les 2,4% et l'inflation atteindre 1,5%. Face à ce dynamisme, la BCE veut enclencher le retour à la normale de sa politique monétaire, à commencer par mettre fin à sa mesure non-conventionnelle : le QE.

Francfort a décidé de réduire de moitié ses achats de dettes à 30 milliards d'euros par mois dès janvier et jusqu'à septembre 2018, au plus tôt. Mario Draghi a répété à maintes reprises qu'il se réserve le droit d'augmenter le volume ou de prolonger le programme au-delà si la conjoncture économique l'impose.

Pourquoi cette prudence ? Pourquoi n'a-t-il pas fixé de date de fin ? La reprise est là, mais elle est encore fragile, la BCE préfère rester accommodante, autrement dit maintenir l'argent bon marché, pour continuer de stimuler l'activité économique.

Par ailleurs, fixer une date de fin définitive signifie donner un horizon à la période des taux bas. Or, une remontée trop rapide des taux pourrait être préjudiciable, en particulier pour les États, dont le poids de la dette reste conséquent. Les experts ne voient guère Francfort poursuivre son programme d'achat après 2019.

À lire également

  • "L'enjeu pour la BCE est de réduire la dépendance de l'économie européenne au QE"
  • La BCE pourra réinvestir jusqu'à 130 milliards d'euros sur les marchés en 2018
  • Inflation, taux... quel bilan pour l'assouplissement quantitatif de la BCE ?
  • La BCE veut plus de rigueur sur les créances douteuses
  • Où sont passés les milliards du quantitative easing de la BCE ?

| Lire aussi : "l'enjeu pour la BCE est de réduire la dépendance de l'économie européenne au QE"

Jean-Christophe Catalon

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