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ÉconomieUnion européenne

Union européenne : ce qu'il faut retenir du discours d'Emmanuel Macron

Photo de Audrey Fisne

latribune.fr

Publié le 26 septembre 2017 à 16:16 - Mis à jour le 26 septembre 2017 à 16:36

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Ce mardi 26 septembre, Emmanuel Macron a rappelé la position de la France sur plusieurs points lors de son discours sur la "refondation" de l'Europe.

Le chef de l'Etat français s'est exprimé sur l'Europe, ce mardi, à la Sorbonne, à Paris. Lors de cette allocution, Emmanuel Macron a annoncé plusieurs pistes pour l'avenir de l'UE. Revue de détail des principales annonces.

Un budget de la zone euro

Deux jours après les législatives allemandes - dont l'issue pourrait menacer ses ambitions -, Emmanuel Macron confirme sa volonté de voir créé un budget de la zone euro. Celui-ci serait piloté par un ministre des Finances et contrôlé par un Parlement. Selon le président français, ce budget financerait ainsi des investissements et assurerait une stabilisation face aux chocs économiques.

Concernant les ressources, elles pourraient venir de la taxation du secteur du numérique, de taxes environnementales et, un jour d'un impôt, par exemple l'impôt sur les sociétés une fois l'harmonisation achevée.

Le chef de l'Etat a expliqué :

"L'enjeu fondamental, ce n'est pas un mécanisme qui par magie résoudrait tous nos problèmes."

Répondant aux "lignes rouges" exprimées au sein de l'exécutif allemand et plus encore par les libéraux du FDP qui pourraient participer à la nouvelle coalition, il a assuré que son idée "n'est pas de mutualiser nos dettes du passé" et "n'est pas de régler les problèmes de finances publiques d'un Etat ou de l'autre".

La taxation européenne des Gafa

C'est une problématique qui est au cœur des discussions au sein de la Commission européenne : la taxation des géants du web, communément appelés Gafa (pour Google, Apple, Facebook, Amazon). Emmanuel Macron a rappelé la position de la France sur la question se prononçant en faveur d'une taxation des géants du numérique sur la base du chiffre d'affaires réalisé dans chaque pays, et non plus en fonction des bénéfices perçus dans des Etats à faible fiscalité.

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> Lire aussi : Gafa : comment Bruxelles veut s'attaquer à leurs privilèges

"Nous ne pouvons pas accepter d'avoir des acteurs européens qui sont taxés et des acteurs internationaux qui ne le sont pas, des acteurs du numérique qui n'ont aucune taxe et qui viennent concurrencer des acteurs de l'économie traditionnelle qui, eux, la paient", a déclaré Emmanuel Macron.

Et d'ajouter :

"A ce titre, la France a commencé avec ses partenaires à pousser au niveau des ministres de l'Economie et des Finances une initiative que je souhaite voir reprendre au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement."

Ce nouveau mécanisme fiscal doit porter sur "la valeur créée là où elle est produite" et "nous permettra de revoir profondément nos systèmes fiscaux, de taxer sans complaisance les entreprises qui s'implantent hors d'Europe dans le seul but d'échapper à l'impôt", a encore dit le président français.

Selon Emmanuel Macron, il s'agit de compenser les "désorganisations" et les "inégalités" induites par l'économie du numérique.

D'ores et déjà, la proposition française a reçu l'aval de plusieurs pays, notamment l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne

Une taxe carbone aux frontières de l'Europe

L'Europe doit être "à l'avant-garde" de la transition écologique et pour cela il convient de créer une taxe carbone à ses frontières, a déclaré Emmanuel Macron avant d'ajouter : "Il nous faut une taxe aux frontières de l'Europe sur le carbone, c'est indispensable."

Il a aussi proposer de fixer aux frontières européennes une taxe sur le carbone qui pèserait sur les importations issues d'industries polluantes, afin "d'assurer l'équité entre les producteurs européens et leurs concurrents".

L'Europe doit également aider les investissements qui favorisent la transition écologique, notamment en donnant un prix "juste" au carbone, "un vrai prix unique" et "significatif". Un prix "suffisamment élevé" pour encourager la transition écologique, d'au moins 25 à 30 euros la tonne.

"L'Europe a besoin de ce marché unifié pour mettre en place ce modèle", a-t-il ajouté.

Par ailleurs, Emmanuel Macron a défendu une Europe de la "sécurité alimentaire". Pour cela, il entend réformer la Politique agricole commune (Pac), "tabou français".

La Pac doit aider les agriculteurs à développer une agriculture plus responsable, a-t-il ajouté.

Il a enfin appelé à mettre en place une force commune de contrôle qui assure la sécurité alimentaire des Européens.

Une force et un budget européens de Défense

En outre, Emmanuel Macron plaide pour un approfondissement de l'Europe de la Défense, passant par la constitution d'une "force commune d'intervention", d'un "budget de Défense commun" et "d'une doctrine commune pour agir".

"En matière de Défense, notre objectif doit être la capacité d'action autonome de l'Europe, en complément de l'Otan", a déclaré Emmanuel Macron. "Ce qui manque le plus à l'Europe aujourd'hui, à cette Europe de la Défense, c'est uneculture stratégique commune. (...) Au début de la prochaine décennie, l'Europe devra être ainsi dotée d'uneforce commune d'intervention, d'unbudget de Défense communet d'une doctrine commune pour agir."

Le président souhaiterait que les armées nationales européennes accueillent à l'avenir des militaires venant des autre pays du continent et souhaiterait la création du Fonds européen de défense et d'une "coopération structurée permanente" -  deux idées approuvées en juin dernier par les chefs d'Etat et de gouvernement européens.

Enfin, concernant la lutte contre le terrorisme, Emmanuel Macron s'est prononcé pour la création d'une académie du renseignement "pour renforcer les liens entre nos pays par des actions de formation et d'échange" mais aussi d'un "parquet européen contre la criminalité organisée et le terrorisme".

Le chef de l'Etat envisage aussi de mettre en place une "force européenne de protection civile qui mettra en commun nos moyens de secours et d'intervention qui permettra ainsi de répondre aux catastrophes de moins en moins naturelles".

Une agence européenne de l'innovation

Emmanuel Macron a proposé mardi de créer une Agence européenne pour l'innovation, capable de financer en commun des champs de recherche nouveaux, comme l'intelligence artificielle.

Il a cité pour modèle l'agence américaine de recherche militaire DARPA, agence du département de la Défense des États-Unis chargée de la recherche et développement des nouvelles technologies, qui dans les années 1970 a été à l'origine de la création d'Internet.

Après le Brexit, la relation Royaume-Uni et Union européenne

Concernant le Brexit, le président français Emmanuel Macron a estimé que le Royaume-Uni, qui négocie actuellement sa sortie de l'Union européenne, aura sa "place" dans une Europe refondée, "dans quelques années" et s'il le souhaite.

"Dans cette Union européenne repensée et simplifiée que je propose, je ne m'imagine pas que le Royaume-Uni ne puisse pas trouver sa place", a-t-il dit en présentant ses propositions de refondation de l'Union européenne.

Une Europe qui répond au défi migratoire

Emmanuel Macron a proposé d'améliorer la réponse de l'Union européenne à la crise migratoire en créant "dans l'année qui vient" un "espace commun des frontières, de l'asile et de l'immigration". Le président français a prôné la création d'un "Office européen de l'asile", afin d'accélérer et d'harmoniser les procédures.

L'idée du chef de l'Etat est que les migrants qui arrivent en Europe, principalement via l'Italie, ne puissent pas demander l'asile dans différents pays s'ils ont été déboutés à leur arrivée sur le continent européen.

Pour cela, le chef de l'Etat s'est prononcé pour la mise en place de fichiers interconnectés entre les douanes des différents pays européens et de documents d'identité biométriques sécurisés pour les migrants.

De même, Emmanuel Macron a proposé d'établir "progressivement" une police des frontières européennes qui garantisse "une gestion rigoureuse des frontières" et assure le retour de ceux qui ne peuvent pas rester.

Le président a enfin proposé de financer un large programme européen de formation et d'intégration pour les réfugiés.

Economique et social

Plus largement, dans le domaine économique et social, le président français a proposé plusieurs initiatives. Il entend faire de la zone euro le cœur de la puissance économique de l'Europe dans le monde ; créer un budget qui permette de financer des investissements communs, avec des impôts liés à ce budget ; assurer la convergence sociale et fiscale des pays de l'UE en fixant des critères qui rapprochent progressivement les modèles sociaux et fiscaux.

Mais aussi, Emmanuel Macron a prôné l'instauration d'une fourchette de taux d'impôt sur les sociétés pour 2020 ainsi qu'un salaire minimum, adapté à la réalité économique de chaque pays, et encadrer la concurrence par les niveaux de cotisations sociales. Enfin, la création d'une taxe sur les transactions financières affectée à l'aide au développement a été évoquée.

Quid de la démocratie

Le chef de l'Etat a annoncé que pendant 6 mois, des "conventions démocratiques", débats nationaux et locaux sur la base de questions communes dans toute l'UE, seront organisés en 2018 dans tous les pays de l'UE volontaires pour définir la feuille de route de demain. Pour Emmanuel Macron, il est nécessaire de renforcer le Parlement européen par des listes transnationales, dès 2019, en utilisant le quota des députés britanniques partants.

Enfin, le président français a proposé qu'en 2024 la moitié du Parlement européen soit élue sur ces listes transnationales.

Un groupe de réflexion sur la refondation européenne 2018

Le président français a dessiné les contours d'une Europe à plusieurs vitesses dans laquelle la France et l'Allemagne pourraient se rapprocher davantage.

Dans ce cadre, certains pays pourraient se porter à l'avant-garde.

"Je proposerai à tous ceux qui adhèrent à cette volonté d'une Europe souveraine, autour des axes que j'ai tracés (...) de lancer dans les prochaines semaines ungroupe de la refondation européenne", a-t-il déclaré.

Ce groupe "accueillera les représentants de chaque Etat membre volontaire et associera les institutions européennes" et, "d'ici l'été 2018, il travaillera pour préciser et proposer les mesures qui mettront en oeuvre les six clefs de la souveraineté", a ajouté Emmanuel Macron.

"L'Europe est déjà à plusieurs vitesses donc n'ayons pas peur de le dire et de le vouloir. C'est parce que ceux qui vont plus vite n'osent pas aller plus vite que le goût même de cette ambition s'est perdu", a justifié le chef de l'Etat.

Au cœur de cette Union se trouverait le couple franco-allemand, dont la solidité serait réaffirmée à l'occasion d'un nouveau traité de l'Elysée, près de 55 ans après la rédaction de ce texte fondateur de la relation entre Paris et Berlin.

Par ailleurs, l'Europe "simplifiée" passerait, selon les souhaits d'Emmanuel Macron, par une réduction du nombre de commissaires européens, qui serait ramené d'un par pays à 15 au total, la France étant prête à passer son tour.

La question culturelle et éducative européenne

Emmanuel Macron s'est également penché sur la question culturelle et éducative européenne. Selon lui, chaque jeune Européen devrait passer au moins 6 mois dans un autre pays européen (50% d'une classe d'âge en 2024) et que chaque étudiant parle deux langues européennes d'ici 2024.

À lire également

  • Gafa : comment Bruxelles veut s'attaquer à leurs privilèges
  • Taxation des Gafa : la France met la pression sur l'UE
  • La France et l'Union européenne vont s'accorder pour taxer les Gafa

Le président envisage enfin la création des Universités européennes, réseaux d'universités qui permettent d'étudier à l'étranger et de suivre des cours dans deux langues au moins.

(Avec agences)

latribune.fr

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