Régionales : en Normandie, les cols bleus mis au défi des transitions

ZOOM MACRO. Mère nourricière de l’économie normande depuis les années De Gaulle, l’industrie sera le principal moteur de la relance dans une région où un salarié sur cinq gagne encore son pain en usine. Encore faudra t-il, face à des établissements vieillissants, répondre aux trois défis que sont la décarbonation, la numérisation et la montée en compétences.

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Poids lourd de l'économie normande, l'industrie représente 20% de la valeur ajoutée régionale. Le record français.
Poids lourd de l'économie normande, l'industrie représente 20% de la valeur ajoutée régionale. Le record français. (Crédits : Alwyn Scott)

De la Normandie, l'étranger connaît « les vaches rouges, blanches et noires sur lesquelles tombent la pluie » et les immensités sableuses de la côte fleurie. C'est oublier que les vertes vallées chères aux impressionnistes recèlent une puissante armature manufacturière qui assure la subsistance de plus d'un cinquième de leurs habitants. Jusqu'au tiers dans les départements de l'Eure, de la Manche et de l'Orne ! Qu'un élu en campagne se prenne à rêver tout haut à des hordes de touristes et il se trouvera toujours un représentant syndical pour lui rappeler que le bocage n'a pas vocation « à devenir le bronze cul de l'Europe », allusion au poids déterminant de l'industrie. Bien que sapée par des vagues successives de fermetures de sites, celle-ci représente encore 20% de la valeur ajoutée régionale. Le record français.

« Une usine vaut mille plans de revitalisation locale »

Autant dire que la prise de conscience provoquée par la crise sanitaire autour des enjeux de souveraineté industrielle a rencontré un écho singulier sous ces latitudes. En atteste, le niveau de sollicitations des appels à projets du plan de relance au profit des territoires d'industrie.

« Après un démarrage un peu lent, les entreprises normandes ont été parmi les plus nombreuses à candidater », observe-t-on à la préfecture de région.

Du cadre à l'ouvrier, chacun sait ici qu'une usine « vaut mille plans de revitalisation locale » pour reprendre les mots d'Edouard Philippe. Redevenu maire du Havre, l'ancien Premier ministre connaît mieux que personne l'ampleur des défis qui attendent les établissements à l'Est du mont Saint-Michel.

Bâtis pour l'essentiel dans les années 50 et 60 en plein âge d'or des énergies fossiles, ils doivent, pour espérer durer, opérer une mutation qui aura pour corollaire la décarbonation.

Décarboner n'est pas jouer

Rien d'étonnant dès lors à ce que le développement de l'hydrogène - au contraire du nucléaire, sujet clivant à gauche - figure en bonne place dans les programmes de toutes les listes en course pour les régionales. De même, à l'exclusion du RN parti en croisade contre les moulins à vent, les promesses d'emploi et d'activités de l'éolien offshore sont saluées par l'ensemble de la classe politique.

Il faut dire qu'avec trois parcs déjà attribués (à Courseulles, Fécamp et Dieppe/Le Tréport) et un quatrième à venir au large du Cotentin, la Normandie est assurée de devenir l'une des places fortes de la French Fab éolienne. Dans la chimie, autre moteur de l'économie régionale, la pharmacie a aussi le vent en poupe avec au moins 300 millions d'investissements annoncés ces derniers mois.

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En revanche, le sort d'autres pans industriels fortement dépendants des marchés du gaz et du pétrole est plus incertain comme est venue le rappeler la fermeture de l'usine rouennaise de Vallourec ou celle des ateliers de production de Dresser Rand (filiale de Siemens Energy) au Havre.

En première ligne, les grandes plateformes de production d'essence ou d'engrais. Face à la montée inéluctable des prix du carbone, elles cherchent une assurance vie qui pourrait passer par le captage du CO2 et son enfouissement dans des aquifères profonds. La transformation est également à l'œuvre chez les (nombreux) équipementiers automobiles qui négocient le virage des nouvelles motorisations, à l'image du câblier Acome dans la Manche lancé à pleine vitesse dans le véhicule autonome et connecté ou encore de son voisin, le groupe Chéreau, inventeur de la première remorque de poids-lourd alimentée à l'hydrogène.

A la recherche de la matière grise

A la veille de transformations profondes, l'industrie normande devra aussi relever le défi de la montée en compétences de ses collaborateurs confrontés à des technologies de plus en plus pointues. Un déterminant clef dans la région « la plus faiblement diplômée de France », selon l'Insee. Face à ce constat, l'exécutif régional a promis d'investir un demi-milliard d'euros dans l'enseignement supérieur au cours des six prochaines années, avec le soutien unanime des grandes agglomérations de gauche comme de droite.

Mais l'affaire n'est pas gagnée d'avance. L'Etat se refuse en effet à débourser les cent millions qui lui sont demandés dans le cadre du contrat de plan (CPER). Engagé dans un bras de fer avec Paris, Hervé Morin, seul président de Région à n'avoir pas conclu de protocole d'accord, assure qu'il n'apposera pas sa signature tant que le gouvernement n'aura pas cédé.

La bataille se joue en coulisses, en marge de la campagne électorale, mais, sur celle-ci au moins, rares sont les votants qui trouveront à redire. Le sondage Ifop réalisé en avril dernier pour La Tribune montrait que la formation figurait parmi les premières préoccupations des Normands. A juste titre.

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