Banques : des stress tests plus durs l'an prochain

L'Autorité bancaire veut appliquer des règles plus strictes sur les créances douteuses, les amendes et les turbulences de marchés comme chocs à encaisser par les établissements de l'Union. Les événements récents dans le secteur lui donnent raison.
Delphine Cuny

3 mn

L'autorité bancaire européenne fera passer l'an prochain des tests de résistance à 49 banques de l'UE, dont 6 françaises.
L'autorité bancaire européenne fera passer l'an prochain des tests de résistance à 49 banques de l'UE, dont 6 françaises. (Crédits : © Kai Pfaffenbach / Reuters)

Une dégradation brutale de l'environnement économique ne saurait résumer les tempêtes qui peuvent balayer une banque aux reins insuffisamment solides. C'est la conviction de l'Autorité bancaire européenne (ABE), telle qu'il en ressort du document de méthodologie qu'elle vient de publier en prévision des prochains tests de résistance en 2018, auxquels seront soumises 49 banques de l'Union européenne  - dont 6 françaises : BNP Paribas, Crédit Mutuel, BPCE, Crédit Agricole, La Banque Postale et Société Générale. En dépit du contexte du Brexit, 4 banques britanniques seront aussi de la partie (Barclays, HSBC, Lloyds Banking et RBS).

Ces "stress tests" comporteront l'an prochain des conditions plus strictes pour la prise en compte des créances douteuses et des ventes d'actifs, des turbulences de marché ou des amendes infligées par les autorités pour des pratiques contraires aux règlements. Les précédents tests de 2016 comportaient d'ores et déjà des hypothèses sur les principaux risques proprement bancaires (risques de crédit, de marché, de titrisation, de taux et coût de financement, risque souverain) et aussi sur le "risque de comportement", autrement dit les pertes liées à des litiges (comme Société Générale récemment en Lybie ou BNP et son amende de 8,9 milliards pour violation de dispositions d'embargos américaines).

Dans ce document aride de 130 pages, on apprend par exemple qu'il sera désormais impossible de comptabiliser par anticipation des ventes d'actifs ou autres rentrées de capitaux qui n'auraient pas été réalisées au 31 décembre 2017. L'an dernier, le traitement de faveur réservé à Deutsche Bank, qui avait pu comptabiliser la cession de ses parts dans la banque chinoise Hua Xia pour 3,2 milliards d'euros avant même sa réalisation effective, dopant ainsi ses ratios de solvabilité, avait été vertement critiqué.

Normes comptables plus strictes

Entre le sauvetage in extremis de l'espagnole Banco Popular, plombée par ses 37 milliards d'euros d'actifs immobiliers toxiques, la recapitalisation "préventive" par l'État italien de Monte Paschi, au bilan grevé de créances douteuses, après l'échec de son appel aux marchés, et le mouvement de panique des investisseurs qui a failli emporter Deutsche Bank à l'annonce d'une amende de 14 milliards de dollars des autorités américaines (finalement ramenée à 7,2 milliards), les événements récents lui donnent raison. D'autres scénarios de "stress" devraient permettre de mieux évaluer la capacité de "résilience" des établissements européens, puisque la précédente vague de tests n'avait pas envoyé de signaux suffisamment alarmants. Monte Paschi et Banco Popular sont dispensées de tests l'an prochain.

L'Autorité bancaire soumet à consultation publique ce document qui détaille toute la panoplie des risques et des scénarios-chocs, économiques et opérationnels, pouvant impacter les banques.

En janvier 2018, les banques européennes devront se conformer à une nouvelle règle comptable, connue sous le nom IFRS 9, qui les forcera à inscrire des provisions beaucoup plus tôt qu'actuellement pour des prêts risquant de devenir toxiques et devrait les contraindre à renforcer encore les fonds propres, potentiellement de 30% selon une estimation de l'ABE. Le gendarme bancaire européen martèle que la prise en compte de ces créances doit être la priorité des établissements de l'UE.

Par ailleurs, les "stress tests" de 2018 seront probablement les derniers menés par l'Autorité depuis son siège de Londres. Car les dirigeants européens veulent transférer l'ABE hors du Royaume-Uni après le Brexit et plusieurs capitales sont sur les rangs, notamment Paris et Francfort.

Delphine Cuny

3 mn

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Commentaires 2
à écrit le 09/06/2017 à 19:14
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pas besoin de stress tests quand ca exploseras on le sauras tout de suite en on pourras pendre les banquiers ....elle n est pas belle la vie ...!!

à écrit le 09/06/2017 à 10:47
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Individualisation des gains et socialisation des pertes. Ces tests sont effectués afin de protéger les établissements bancaires et qui les met en place ? L'union européenne à savoir payés par nous autres contribuables qui sommes rackettés par ces...

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