Banques : un engagement sociétal encore en deçà des attentes des Français

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(Crédits : Reuters)
Plus de la moitié des Français donne une place importante à l'engagement sociétal des banques dans le choix de leur établissement financier, et même 71% des 18-24 ans, selon un sondage Elabe pour le cabinet Wavestone. Peu convaincus par l'action environnementale, ils demandent plus d'efforts sur le pouvoir d'achat, la réduction des inégalités sociales et la lutte contre la fraude fiscale.

Fondations, mécénat, engagements pour le climat : si les banques multiplient les initiatives pour se présenter comme des entreprises citoyennes, il y a encore du chemin pour en convaincre les Français. Un sondage* réalisé en mai par l'institut Elabe pour le cabinet de conseil Wavestone, publié ce jeudi 13 juin, montre que les attentes sont fortes mais pas toujours là où les institutions financières déploient le plus d'efforts. Aiguillonnées par les ONG et par une prise de conscience générale après la COP21 du rôle clé de la finance dans la transition énergétique, les banques, françaises notamment, de BNP Paribas au Crédit Agricole, ont rivalisé d'annonces sur le charbon, les gaz de schiste, etc. Pour l'instant, sans grand résultat en termes d'image semble-t-il.

"Les banques sont les plus attendues sur les dimensions sociales" souligne l'enquête. "La transition écologique n'est pas le terrain sociétal sur lequel les banques sont les plus attendues par les Français. Pour les trois quarts des Français [79%], les banques ne contribuent pas à la transition écologique" relèvent Elabe et Wavestone dans leurs conclusions.

Mais ils ne sont que 18% à souhaiter qu'elles en fassent plus dans ce domaine. Leurs priorités sont ailleurs.

Lire aussi : Oxfam épingle les banques françaises pour leurs politiques climatiques "insuffisantes"

Près d'un tiers des Français (31%) place les banques parmi les acteurs qui devraient s'engager plus fortement dans des actions utiles à la société dans son ensemble, ce qui place le secteur en quatrième position, derrière les fournisseurs d'énergie (45%), la grande distribution (43%) et l'agroalimentaire (39%), devant les assureurs (20%) et opérateurs télécoms (18%).

Surtout, près de 6 Français sur 10 (59%) donnent une place importante à l'engagement sociétal des banques dans le choix de leur établissement financier, ce qui se reflète aussi dans la part de marché prépondérante des établissements mutualistes (Crédit Agricole, Crédit Mutuel, Banques Populaires, Caisses d'Epargne), mettant en avant les valeurs de proximité et de solidarité. La proportion grimpe à 71% chez les 18-24 ans.

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Banques engagement

[Parmi les raisons de choisir une banque ou de rester client d'une banque, quelle place tient, pour vous personnellement, son niveau d'engagement dans des actions sociales, sociétales environnementales, utiles à la société dans son ensemble ? Crédits : Elabe / Wavestone]

Pouvoir d'achat et territoires

Les banques, dont la mission première consiste à financer l'économie, sont perçues comme les plus utiles à la société dans quatre domaines : la protection des données personnelles, le développement de l'entrepreneuriat ainsi que celui des territoires, la lutte contre la fraude fiscale. Cependant, ces sujets ne font pas tous consensus.

"Si 55% des Français qui vivent dans des communes de plus de 100.000 habitants estiment que les banques contribuent au développement des territoires, cette opinion n'est partagée que par 40% des habitants des communes rurales" analyse l'étude.

Une fracture qui fait écho au débat sur la désertification bancaire et l'accès aux espèces en zone rurale.

Lire aussi : Dans les territoires, des "espèces" en voie de disparition

Les attentes sont aussi plus fortes chez les Français les plus modestes sur le plan social. "L'amélioration du pouvoir d'achat est l'attente majeure des Français vis-à-vis des banques", citée par 57% des sondés et par 65% de ceux se trouvant en situation financière très tendue ou se désignant comme ouvriers. Or les Français sont 74% à répondre que les établissements financiers ne contribuent "plutôt pas" ou "pas du tout" à l'augmentation du pouvoir d'achat des Français, ce qui peut recouvrir deux types d'explication : la faiblesse des taux d'intérêt, qui génère de piètres rendements pour les produits d'épargne, et les frais perçus comme élevés et frappant davantage les moins aisés, plus souvent dans le rouge.

Une enquête de 60 Millions de consommateurs et de l'Union nationale des associations familiales (Unaf) en 2017 avait évalué à 6,5 milliards d'euros les commissions pour frais d'incident facturées en cascade par les banques, principalement aux clients en difficulté.

Lire aussi : Frais bancaires : "des milliards" sur le dos des clients en difficulté

Gilets jaunes et micro-crédit

Les pouvoirs publics avaient demandé aux banques de plafonner ces frais pour les 3,6 millions de clients identifiés comme fragiles, en septembre 2018, puis un gel des tarifs en 2019 en réponse à la crise des Gilets jaunes. Cette mesure devait représenter "500 à 600 millions de pouvoir d'achat redistribués aux Français" selon une estimation de la Banque de France.

C'est d'ailleurs sur la réduction des inégalités sociales que les banques sont le plus mal jugées, 79% des sondés estimant qu'elles n'y contribuent plutôt pas ou pas du tout, tandis que 39% souhaiteraient qu'elles s'y attellent davantage (50% chez les personnes en situation financière tendue).

Le moyen d'action qui arrive en tête des attentes est le micro-crédit (51% et même 63% chez les plus de 50 ans, 59% chez les ouvriers) "pour permettre aux plus pauvres de financer leurs projets", loin devant les produits financiers socialement responsables (33%, mais 48% à 49% chez les cadres et diplômés Bac +5).

"Ce que montrent clairement les résultats de cette enquête, c'est que c'est avant tout par le prisme de leurs produits financiers (micro-crédits, fonds d'investissement socialement responsables, épargne solidaire, financement participatif, etc.) que les banques pourront apparaître aux yeux de l'opinion comme plus contributives à la société" a commenté Julien Bouchigny, directeur associé chez Elabe.

Enfin, sur la lutte contre la fraude fiscale, 55% des Français considèrent que les banques y contribuent, mais ils sont 49% à penser qu'elles devraient le faire plus encore. L'effet sans doute d'une série de scandales comme l'affaire Cum Ex ou la récente condamnation d'UBS.

* enquête menée auprès d'un échantillon de 1.010 individus âgés de 18 ans et plus, représentatif de la population française, interrogé les 21 et 22 mai 2019.

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Commentaires
a écrit le 20/06/2019 à 21:34 :
envoyez par -mail-diampasizongoiyakonga@yahoo.fr ou tel0758550943
a écrit le 14/06/2019 à 9:38 :
Bien peu crédible leur mea culpa, ma fille à la caisse d'épargne après des années de couverts et découverts donc des amendes considérables se voit bloquer son compte pourtant en positif, ce ne Sont que des marchands de misère.
a écrit le 13/06/2019 à 16:39 :
Les banques ne sont pas des bureaux de bienfaisance . Il y a le loto et les jeux de grattage pour le bon peuple ...
a écrit le 13/06/2019 à 10:59 :
Les banques ont perdu leur humanité, car faire crédit, c'est d'abord faire confiance aux investisseurs et donner confiance aux épargnants. L'épargne est très réglementée et favorise largement l'assurances vie paradis fiscal. La production bancaire est dès à présent gérée par l'intelligence artificielle, et les employés de banque ne peuvent passer outre. Difficile pour une entreprise de se financer quand ses ventes sont irrégulières. Facile pour une start-up de se financer en vendant du rêve dans la tonalité à la mode. IA + bonne com serait la clé du succès d'une banque nous dit l'article. Quant au coeur du métier de banquier, l'intermédiation financière, il disparaît du tableau alors que toute entreprise est d'abord missionnaire de la valeur ajouté, qui concoure à la prospérité générale grâce aux marchés.
a écrit le 13/06/2019 à 8:30 :
"Enfin, sur la lutte contre la fraude fiscale, 55% des Français considèrent que les banques y contribuent,"

Sondage qui n'est pas sérieux donc puisque nous savons que ce sont les banques qui génèrent l'évasion fiscale via leurs filiales, ce ne sont pas les banques des paradis fiscaux qui attirent en masse, ce sont les banques conventionnelles qui attirent leurs clients vers cette fraude massive fiscale.

Ou bien on peut également conclure de ce sondage que les français sont très mal informés ce qui au final est certainement le plus crédible vu qu'on nous cache toutes ces pratiques qui sans l'aval de politiciens ne pourraient pas avoir lieu.

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