Entre défiance et méconnaissance, les Français ont un rapport compliqué à l’argent et aux banques

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(Crédits : Banque de France)
Une vaste enquête de la Banque de France montre que les connaissances des Français, de tous âges, en matière de gestion budgétaire sont « limitées » et « perfectibles ». Ils ont une confiance « mitigée » à l’égard des banques.

Des années que la culture financière des Français est jugée peu brillante et insuffisante. Une vaste enquête réalisée par l'institut Audirep pour la Banque de France montre que les Français ne sont effectivement pas très au fait de notions assez simples comme l'effet de l'inflation sur le pouvoir d'achat ou le calcul des intérêts pour un placement. Ce sondage, mené en ligne et par téléphone auprès d'un échantillon représentatif de 2.154 personnes de plus de 18 ans, reprenait dans les grandes lignes les questions d'une enquête de l'OCDE sur les connaissances financières dans 30 pays en 2016.

« La situation n'est pas catastrophique mais il y a du travail » résume Mark Béguery, directeur de l'éducation financière à la Banque de France, qui a le rôle d'opérateur national de la stratégie d'éducation économique, budgétaire et financière des publics.

Il relève que la France était plutôt bien positionnée dans le classement OCDE (surtout dans l'aspect comportemental plus que dans les compétences). Cette nouvelle enquête est publiée à la veille de la « semaine de l'éducation budgétaire », qui se tiendra du 25 au 29 mars, dans le cadre de la « Global Money Week » à l'initiative d'une ONG néerlandaise (Child & Youth Finance International), à laquelle la Banque de France participe pour la deuxième année. Cette semaine a vocation à sensibiliser les publics, en particulier les jeunes et les populations défavorisées, aux questions d'argent.

« Dans un monde où l'on ne peut pas vivre sans compte bancaire et où les moyens de paiement sont de plus en plus dématérialisés, il faut être armé » fait valoir Mark Béguery.

Posture prudente, jeunes tentés par les crypto-actifs

Lucides, les Français ne sont que 17% à considérer qu'ils ont « une connaissance très ou assez élevée sur les questions financières », 51% la jugeant « moyenne ». Interrogés sous forme de quizz, les sondés n'ont été que 43% à répondre correctement à la question sur l'inflation (sous forme de QCM), que 40% sur le calcul d'un taux d'intérêt sur cinq ans, 49% sur la définition d'un crédit renouvelable. Mais ils comprennent bien ce que sont les agios facturés par leur banque (75% de réponses correctes) ! Et ils ont une bonne connaissance de leur situation financière, grâce au suivi attentif de leurs comptes.

> Consulter l'intégralité de l'enquête Audirep pour la Banque de France

Dans l'ensemble, les Français ont d'ailleurs « une posture prudente et timide avec l'argent » note l'enquête : ils sont 77% à ne pas aimer discuter de leur situation financière avec des gens qu'ils connaissent bien et ne sont que 39% à penser que « l'argent c'est fait pour être dépensé. » Une aversion au risque forte (seuls 18% sont prêts à risquer une partie de leur argent lorsqu'ils font un placement), moins présente chez les plus jeunes (27%), qui s'avèrent beaucoup plus tentés par les crypto-actifs comme le Bitcoin : 29% des sondés de 18-24 ans ont déclaré croire que c'était « le bon moment » pour investir dans ces actifs - le questionnaire a été réalisé en juin, avant la dégringolade de fin d'année (le Bitcoin a perdu 72% de sa valeur l'an dernier). Ils ne sont que 7% à le penser chez les plus de 45 ans.

« Confiance mitigée » à l'égard des banques

Dans ce sondage, 43% des répondants ont le sentiment de ne pas disposer d'informations suffisamment fiables et neutres pour gérer efficacement leur budget et seuls 27% considèrent disposer de sources d'informations utiles et compréhensibles sur les débats économiques.

« Les répondants sont plutôt méfiants à l'égard des institutions financières » selon l'enquête, qui fait ressortir un niveau de « confiance mitigée » vis-à-vis de la banque principale : 45% disent être plutôt confiants, 18% très confiants, soit 63% au total et 57% seulement chez les 25-44 ans.

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Confiance banque BdF

[Vis-à-vis de votre banque principale, diriez-vous que vous êtes... Crédits : Audirep Banque de France]

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Ils ne sont que 29% à penser que « l'argent déposé dans une banque sera en sécurité, même si elle fait faillite » et 30% que les organismes financiers vont le servir « au mieux de [ses] intérêts. »

Confiance argent banque BdF

[Je fais confiance aux organismes financiers pour me servir au mieux de mes intérêts. Je crois que l'argent déposé dans une banque sera en sécurité même si elle fait faillite. Gris : Ne sait pas. Rouge : Pas du tout d'accord. Rose : Plutôt pas d'accord. Jaune : Ni d'accord ni pas d'accord. Vert clair : Plutôt d'accord. Vert foncé:  Tout à fait d'accord. Crédits : Audirep Banque de France]

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Le dernier sondage de la Fédération bancaire française (FBF) en  2016 faisait état d'une image des établissements français « au plus haut depuis 10 ans » avec 68% de bonnes opinions (78% pour sa propre banque).

Les banques jouent d'ailleurs leur part dans l'éducation financière, avec la publication de brochures pédagogiques (« Les clés de la banque ») et une initiative de terrain, "J'invite un banquier dans ma classe" qui existe depuis cinq ans : les employés sont encouragés à se rendre dans les écoles élémentaires, dans des classes de CM1-CM2, pour expliquer leur métier avec un jeu de plateau coopératif sur les questions de budget.

« Le dispositif de la FBF est positif, ce sont des employés volontaires qui n'affichent pas leur banque et ne font pas la promotion de produits. Nous sommes vigilants sur les conflits d'intérêts » insiste le directeur de l'éducation financière à la Banque de France.

De son côté, l'institution publique, qui édite un portail "Mes questions d'argent", met à la disposition des professeurs de collège des contenus pédagogiques et mène des actions de sensibilisation, en particulier dans les zones d'éducation prioritaire. La Banque de France a le projet d'expérimenter une sorte de "passeport" en classe de 4ème (sur le modèle de ce qu'il existe sur la sécurité routière) sur les questions budgétaires et financières. Elle n'exclut pas à l'avenir de suivre l'exemple de l'Autorité des marchés financiers (AMF), qui s'est associée à un Youtubeur (Heu?reka, qui vulgarise l'économie) afin d'expliquer les pièges à éviter avec les crypto-actifs, pour toucher un public plus jeune et plus large.

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Commentaires
a écrit le 24/03/2019 à 9:20 :
LEs français ont donc une méfiance envers les banques du fait de leur nullité en comptabilité, alors ça il fallait l'oser !

Sinon dans le classement des trois professions les moins aimées, après politiciens et journalistes les banquiers pointent troisième, or ce n'est pas parce qu'ils nous procurent de moins en moins de services, tout en éradiquant l'humanité et la planète, non bien sûr, c'est parce qu'on les connait pas vraiment en fait !?

LA finance détruit le monde et nous continuons de l'alimenter.
Réponse de le 25/03/2019 à 9:20 :
J'ai l'impréssion que vous sortez ce classement des métiers les moins aimés de votre chapeau. Ou peut-on trouvez ca? Google me donne des résultats différent: banquier, d'agent immobilier et de député quand c'est jugé par les autres. Clerc de Notaire, Chef de pub et agent de police quand c'est jugé par les salariés eux même.
Nul part je vois journaliste.
a écrit le 23/03/2019 à 20:20 :
Et les Français ont raison de se méfier des Banquiers, qui inventent sans cesse des "produits financiers" tous plus opaques les uns que les autres destinés à..."rincer", "essorer" les clients, et plus particulièrement les plus vulnérables.
L'autre fonction des Banques est de prêter aux particuliers et (malheureusement) aussi aux Etats, aux collectivités...de l'argent qu'ils n'ont pas où tout le moins pas plus de 8/10%!
Cet argent est virtuel, il n'existe QUE sur la promesse de l'emprunteur de rembourser avec intérêt évidemment. Un Loto à tout les coups gagnant (ou presque vu le faible taux des défauts).
Les Banques=l'arnaque des siècles et des siècles.Amen.
a écrit le 22/03/2019 à 20:11 :
Forcément avec leurs salaires de misère, ils n'ont aucune marge pour épargner et donc avoir à gérer leur argent plus ou moins savamment...

Les banques réclament des profits pour prêter de l'argent qu'elles n'ont pas et sans risques puisque les états viennent à la rescousse si elles ont merdé... Que ce soit auprès des particuliers ou des entreprises.
Le principale revenu des banques repose sur la désinformation, les dissymétries de marché, elles ont donc tout interet à opacifier...
Réponse de le 23/03/2019 à 0:04 :
Les français détiennent plus de 400 milliards sur des livrets et 1 600 milliards en assurances vie, un des plus gros encours au monde.
Réponse de le 23/03/2019 à 0:07 :
Les français détiennent plus de 400 milliards sur des livrets et 1 600 milliards en assurances vie, un des plus gros encours au monde.
Réponse de le 23/03/2019 à 8:26 :
... et moins ils comprennent, plus ils ont des avis tranchés sur le sujet.
Merci pour cet exemple caricatural.
Pas étonnant que vous soyez fauché.
Réponse de le 23/03/2019 à 11:45 :
Laissez moi deviner, vous n'y comprenez rien et vous manifestez tout les Samedis?
Réponse de le 23/03/2019 à 17:57 :
Vous n'avez pas compris comment fonctionnent les banques: elles ne prêtent pas "l'argent de leur profits" mais l'argent qu'elles empruntent elles-mêmes auprès de la BCE, ainsi que l'argent des déposants. .. c'est à dire votre salaire. Vous trouvez qu'elles ne prennent pas assez de risques pour prêter ? Vous souhaiteriez donc qu'elles prennent plus de risques avec l'argent qui est sur votre compte ?
a écrit le 22/03/2019 à 18:34 :
Si je n'ai pas le droit de répondre à l'idiot de multipseudos vous virez mon commentaire de base, vous ne l'instrumentalisez pas. Merci.
a écrit le 22/03/2019 à 18:34 :
Si je n'ai pas le droit de répondre à l'idiot de multipseudos vous virez mon commentaire de base, vous ne l'instrumentalisez pas. Merci.
a écrit le 22/03/2019 à 18:29 :
Et sur le rendement des assurances vies ? Ah! Ah! Savez-vous que ceux qui les gèrent sont obligés d'acheter des emprunts d'état aux taux si bas que certains sont négatifs ?
Qui vous le dit ? Le gouvernement ? Les médias ? Et non ! Personne et surtout pas votre gestionnaire qui se rétribue pour sa gestion contrainte par de nombreuses règles de ce tonneau.
Réponse de le 23/03/2019 à 14:51 :
Et le même gouvernement encourage les assurances vies à constituer des "réserves" censées "lisser" les a-coup de la conjoncture.
Autrement dit : quelqu'un qui retire une partie de son argent de l'assurance vie a été privé d'une partie de ses intérêts antérieurs pour constituer des réserves dont bénéficieront ceux qui n'ont pas retiré (et les nouveaux venus attirés dans le piège). L'épargnant n'est même pas propriétaire des réserves prélevées sur ses gains !
a écrit le 22/03/2019 à 18:24 :
La désinformation systématique du gouvernement et des médias y est aussi beaucoup pour quelque chose. Prenons un exemple, le livret A. Que dit le gouvernement et que retranscrivent les médias sans pratiquement aucune critique: Peu importe les règles, peu importe les engagements passés, c'est moi qui fixe le taux de rémunération et celui-ci sera de 0,75% ! Je vous explique : Ce taux est bon pour le financement des logements sociaux et pour l'économie ! - Fermer le ban ! Ce que devrait expliquer le gouvernement et les médias : Le crédit pratiquement à 0% offert par la BCE aux banques à peine majoré pour les grandes entreprises, fait que nous n'avons plus besoin de votre épargne de gagne-petit, et donc plus besoin de la rémunérer. Pensez donc à ce qui arriverait aux finances publiques si nous laissions les taux d'intérêt variés en fonction des risques de faillite, comme avant. La France ne pourrait plus payer les intérêts de ses emprunts et nous ne pourrions plus financer le déficit chronique du budget voté chaque année par des parlementaires tremblant sous la menace d'une dissolution de l'Assemblée Nationale. Notre incompétence à gérer apparaîtrait au grand jour alors que nous prétendons être l'élite de la nation et vous montrez le chemin qui mène à la croissance heureuse de notre économie, à condition que vous supportiez encore quelques temps les sacrifices que nous vous imposons.
a écrit le 22/03/2019 à 14:38 :
Le principal c'est que les français maintiennent leur méfiance vis a vis des banques parce le contraire ne leur rendrait pas service!
a écrit le 22/03/2019 à 13:01 :
Le gouvernement sous la pression des gilets jaunes a accordé des augmentations d'argent pour eux. On constate aujourd'hui que la collecte du Livret A a explosé. On peut légitimement se poser la question sur les réclamations de ceux-ci!!!!!!!!!
a écrit le 22/03/2019 à 8:24 :
LEs français ont donc une méfiance envers les banques du fait de leur nullité en comptabilité, alors ça il fallait l'oser !

Sinon dans le classement des trois professions les moins aimées, après politiciens et journalistes les banquiers pointent troisième, or ce n'est pas parce qu'ils nous procurent de moins en moins de services, tout en éradiquant l'humanité et la planète, non bien sûr, c'est parce qu'on les connait pas vraiment en fait !?

LA finance détruit le monde et nous continuons de l'alimenter.
a écrit le 22/03/2019 à 8:07 :
Pas étonnant....cette culture doit venir, au cours de la vie, de certains medias qui ne font plus aucune éducation économique...ainsi des chaines d'infos comme BFMTV, qui au départ s’étaient positionnées pour parler d'économie et d'entreprise "Business FMTV" sont devenues des antres de débats politico-politicienne pure avec pas mal d'intervenants de l’extrême gauche qui ne veulent rien comprendre à l'économie et c'est pas leur but : "partage des richesses", "on payera pas nos dettes d'états", contre la "finance internationale"...
Cette chaine s'est même vantée de faire plus d'audience en couvrant en boucle les exactions des Gillets Jaunes...en perdant des annonceurs d'ailleurs....bref, ces derniers temps, on peut pas dire qu'ils participent à l'éducation des masses !
Aucun autre pays n'a de chaines d'info ou on peut librement dire n'importe quoi en économie !
Réponse de le 22/03/2019 à 10:12 :
Au Loup, je suis 100% d'accord avec vous.
Réponse de le 22/03/2019 à 11:25 :
@ LeLoup (dans la bergerie)
L' avant dernier paragraphe de votre commentaire semble être l'aveu que le marché des annonceurs est corrélé au contenu et à l'orientation des organnes d'information, d'où souvent le manque d'objectivité de ces derniers. Ils doivent choisir entre audience et/ou annonceurs.
a écrit le 22/03/2019 à 6:47 :
A l'échelle de l'ignorance crasse des français en termes de mécanismes économiques, y compris de la part de ceux qui sont sensés informer et décrypter, les journalistes. On a un peu trop vite mis dans le même sac toutes les banques pour désigner les boucs émissaires de la crise financière de 2008-2012,or, exception faite de Dexia, elles ne sont en rien responsables ni coupables. Elles n'ont eu besoin que d'une petite aide transitoire en trésorerie pour faire face aux blocages liés aux défaillances d'autres banques. Vu le taux que l'état leur faisait elles se sont empressées de la rembourser. Le "sauvetage" des banques françaises, non seulement n'a rien coûté aux contribuables, mais il a même rapporté un peu d'argent à l'état. Et ça, ça n'a pas été dit. Nous avons la chance d'avoir un système bancaire remarquablement solide et fiable (et c'est l'un de nos trop rares atouts économiques), il faut le souligner.
Réponse de le 22/03/2019 à 19:47 :
bravo vous avez gagné le premier prix du révisionnisme de l'histoire économique. Évidemment, 10 ans après les subprimes, dédouaner le système bancaire, il fallait oser, mais vous n'êtes plus à cela près.
Réponse de le 22/03/2019 à 20:53 :
Je parle des banques systémiques françaises.

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