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Entreprises & FinanceBanques / Finance

Crédit Agricole : paiement, finance verte, les points clés du plan stratégique 2022

Photo de Delphine Cuny

Delphine Cuny

Publié le 06 juin 2019 à 13:40 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:33

Crédit Agricole revenus 2022

Crédit Agricole revenus 2022

Crédit Agricole

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Le leader français de la banque de particuliers a dressé ses priorités à horizon 2022 : le groupe compte conquérir un million de clients en France et en Italie, investir 450 millions d’euros dans les paiements et devenir le numéro un européen de l’investissement responsable, avec une stratégie climat excluant le financement du charbon.

De la conquête, des synergies, des investissements pour l'avenir : Crédit Agricole a dévoilé ses nouvelles ambitions dans son plan moyen terme 2022 ce jeudi 6 juin. Le groupe français, qui rappelle sa position de troisième banque européenne et dixième mondiale (en taille de bilan, 13ème en termes de fonds propres selon le classement de The Banker), veut asseoir ses positions de leader à tous les étages, « sur tous [ses] marchés ». Voici les points importants à retenir des 118 pages présentées lors de sa journée investisseurs.

Le groupe mutualiste, qui compte 25 millions de clients du côté des caisses régionales et 6 millions chez LCL, soit un taux de pénétration de 35% dans la banque de particuliers dans l'Hexagone, se fixe l'objectif de gagner plus d'un million de clients supplémentaires en France et en Italie, où elle est le numéro six du marché, contre 635.000 conquis entre 2015 et 2018. Dans le détail, les caisses devront aller chercher 600.000 nouveaux clients, LCL 160.000 de plus, la discrète banque en ligne BforBank plus de 200.00 clients (un quasi doublement par rapport aux 215.000 à fin octobre 2018) et la filiale italienne 105.000 (sur 4 million actuellement).

Crédit Agricole s'est fixé l'ambition d'être « une banque digitale de référence » a déclaré Philippe Brassac, le directeur général de Crédit Agricole S.A. Le groupe compte « acquérir de nouveaux clients sur les réseaux sociaux et grands sites d'e-commerce » et lancer des plateformes innovantes de services financiers et extra-bancaires.

Le groupe entend aussi croître auprès de la clientèle des agriculteurs (où il a déjà une part de marché très élevée), des professionnels, notamment de santé, des PME et ETI en développant les services de flux (gestion de trésorerie, trade finance) et une offre complète allant de la retraite collective à l'épargne salariale en passant par les complémentaires santé « dans le droit fil de la loi Pacte. »

« Nous voulons êtrela banque des DRH» a résumé Xavier Musca, le directeur général délégué de Crédit Agricole S.A, lors d'une conférence de presse jeudi.

Acquisitions de Fintech dans les paiements

Pour séduire ces nouveaux clients, outre de meilleurs services et des gammes d'offres accessibles à tous comme Eko et LCL Essentiel à 2 euros par mois, Crédit Agricole a identifié les paiements comme « un levier majeur de fidélisation et de conquête ». La Banque Verte avait plutôt laissé ce terrain à d'autres jusqu'ici, étant la dernière à ne pas proposer Apple Pay, dont BPCE avait été le pionnier : elle promet désormais d'offrir « tous les services de paiement aux meilleurs standards », comme les cartes biométriques et tous les systèmes de paiement mobile sans contact dont Apple Pay pour l'iPhone qui sera enfin disponible au Crédit Agricole à la fin de l'année (en 2020 chez LCL), tout comme Samsung Pay. Le groupe relève qu'il est « leader historique en France avec 27% de parts de marché (10 milliards de transactions annuelles) et dans le Top 5 européen » ce qui lui donne de solides atouts.

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« Le paiement est un métier difficile, qui connaît des évolutions réglementaires majeures et où se produisent les innovations de rupture les plus fortes. Nous nous trouvons dans une situation très favorable car c'est un métier de masse, de volumes. Nous n'avons pas besoin d'acquisitions transformantes,nous ferons sans doute des acquisitions de Fintechpour nous renforcer » a indiqué Xavier Musca.

Face à la montée en puissance des Adyen, PayPal et autres Stripe, Crédit Agricole pense avoir une carte à jouer, mais n'a pas l'intention de racheter Ingenico comme l'avait envisagé un temps Natixis, qui avait auparavant acheté la petite Fintech Dalenys, mais peut-être une startup du profil de Treezor, reprise par Société Générale l'été dernier. La Banque verte prévoit d'investir 450 millions d'euros dans les paiements sur quatre ans, sans préciser davantage. Il table sur une « croissance naturelle de 7% en Europe avec un potentiel de développement important en France en remplacement du fiduciaire [les espèces] et du chèque ». Le groupe espère réaliser 150 millions d'euros de produit net bancaire supplémentaire dans l'activité de paiements en 2022 : il va notamment créer un établissement de paiement (PSP) pour proposer par exemple des cartes prépayées et adresser de nouveaux segments de marché, tels que les marketplaces et les cartes d'entreprises.

Crédit Agricole va aussi s'appuyer sur son partenariat avec la Fintech allemande Wirecard dans le but de proposer « une offre monétique paneuropéenne pour les grandes enseignes et une gamme compète e-commerce à compter de 2019 », allant des caisses digitales et mobiles pour petits commerçants à la valorisation des données.

Dix milliards d'euros de synergies

Autre levier de croissance du chiffre d'affaires, les synergies entre les métiers. Crédit Agricole a annoncé son ambition de générer 10 milliards d'euros de synergies de revenus, soit 1,3 milliard de plus par an en 2022, dont 1 milliard venant de la filiale italienne. L'essentiel viendra de l'assurance (800 millions d'euros), suivie des services financiers spécialisés (crédit conso, affacturage, leasing, pour 300 millions), plus marginalement de la gestion d'actifs et de la banque de financement et d'investissement. Déjà premier assureur en France, le groupe veut encore accélérer dans l'assurance dommages, la prévoyance individuelle et la santé collective, en augmentant le « taux d'équipement » des clients en France et en Italie. Dans la Botte plus précisément, où Crédit Agricole emploie 15.000 personnes et réalise 3,5 milliards d'euros de revenus et 600 millions de bénéfice, le groupe va relancer l'activité et des trois banques régionales rachetées en 2017 et intégrer Banca Leonardo à sa banque privée Indosuez Wealth Management.

Les synergies découleront aussi de systèmes d'information plus interopérables : le groupe entend allouer plus de 15 milliards d'euros à l'informatique dans le cadre de sa « transformation technologique » dont 40% d'investissements à proprement parler (en hausse de 13% par rapport au précédent plan). Crédit Agricole va recruter plus de 2.000 collaborateurs pour réduire sa dépendance aux services externes et renforcer ses compétences technologiques, en particulier en cybersécurité, en intelligence artificielle. Le groupe va aussi créer une « université du SI » afin d'assurer la formation aux nouvelles technologies de ses informaticiens. Crédit Agricole va aussi ouvrir 17 nouveaux Villages by CA en France et en Italie, portant à 46 le nombre de ses pépinières à startups, pour accélérer sa dynamique d'innovation.

De quoi aider le groupe à atteindre l'objectif d'une croissance moyenne de 2,5% des revenus par an à 22 milliards d'euros en 2022 (dont +3% en Grandes clientèles, institutionnels et grandes entreprises) et de 3% par an du bénéfice net qui devrait dépasser 5 milliards d'euros en 2022.

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Finance verte et décarbonée

Suivant les traces d'Atos ou de la Maif, le groupe Crédit Agricole a décidé de se doter de sa « raison d'être » comme le prévoit la loi Pacte : « agir chaque jour dans l'intérêt de nos clients et de la société ». Une promesse pas si anodine à l'heure où les Français ne sont pas toujours convaincus que les banques agissent précisément dans leur intérêt, comme le relevait en mars une étude de la Banque de France.

Voulant ancrer son engagement mutualiste dans un projet sociétal, le Crédit Agricole a décidé de « faire de la finance verte l'une des clés de croissance du groupe ». Il a annoncé ce jeudi son intention de « sortir du charbon thermique en 2030 dans l'UE et l'OCDE » : il s'engage à ne plus avoir « de développement de relation avec les entreprises dont l'activité charbon représente plus de 25% » de leur activité sauf avec celles qui ont publié ou prévoient de « publier avant 2021 un plan de fermeture des actifs charbon thermique. » Il n'aura pas non plus de relation commerciale avec les entreprises développant ou projetant de nouvelles capacités en charbon thermique. Une « tolérance zéro vis-à-vis de l'expansion de ce secteur » saluée par les ONG Les Amis de la Terre France et Oxfam France.

« Crédit Agricole n'est pas la première banque ou institution financière à s'engager à sortir progressivement mais totalement du charbon, maisc'est la première à exiger que les entreprises publient un tel plan de sortie» saluent les deux associations dans un communiqué conjoint. « Ce sont les meilleures pratiques jamais adoptées par l'industrie financière sur le secteur du charbon » se réjouit Lucie Pinson, des Amis de la Terre. « CréditAgricolevient certainement de couper l'herbe sous le pied à AXA et BNP Paribas jusqu'à présent considérés leaders en matière climatique » relève-t-elle.

Autres engagements : la Banque verte va financer un projet d'énergies renouvelables sur trois en France, avec l'ambition de devenir « un acteur majeur en Europe », et compte doubler la taille de son portefeuille de « prêts verts » (green loans) dont l'encours atteindra 13 milliards d'euros en 2022.

Déjà premier arrangeur mondial de « green bonds » (obligations vertes), le Crédit Agricole se fixe l'objectif de devenir « le premier acteur européen de l'investissement responsable » : il va notamment placer 6 milliards d'euros du portefeuille de liquidités du groupe sur des produits financiers socialement responsables (ISR). Sa filiale de gestion d'actifs Amundi, le numéro un européen, prendra en compte les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans 100% des fonds gérés, tandis que Crédit Agricole Assurances le fera pour tous ses nouveaux investissements. Le groupe publiera l'an prochain sa stratégie climat, qui sera en ligne avec les recommandations du groupe de travail sur le reporting financier des risques liés au climat (TCFD), dont la mise en oeuvre sera certifiée par un tiers. Il attribuera aussi une note de transition aux grandes entreprises clientes « afin de structurer le dialogue » sur leur trajectoire de transition énergétique.

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Si les ONG ont applaudi, l'ensemble du plan stratégique n'a semble-t-il pas totalement convaincu les investisseurs. L'action Crédit Agricole a perdu 1,68%  ce jeudi, quand le CAC 40 n'a cédé que 0,26%.

Delphine Cuny

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