La corruption dans le collimateur des investisseurs "responsables"

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Les grandes affaires de corruption, sanctionnées par de lourdes peines, se sont multipliées, ces 15 derniers mois, affirme Stéphane Voisin, responsable de la recherche Investissement responsable chez Kepler Cheuvreux. Copyright Reuters
"Les grandes affaires de corruption, sanctionnées par de lourdes peines, se sont multipliées, ces 15 derniers mois, affirme Stéphane Voisin, responsable de la recherche Investissement responsable chez Kepler Cheuvreux. Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Les investisseurs signataires de la charte PRI (Principes pour l'investissement responsable), élaborée à l'initiative des Nations Unies, représentent 32.000 milliards de dollars d'actifs gérés, soit 15% du total des actifs sous gestion dans le monde. Ces derniers mois, les affaires de corruption ont pris le pas sur leurs préoccupations environnementales.

Dans l'investissement responsable aussi, les modes changent. Il y a quelques années, les investisseurs institutionnels dits responsables - qui ne jugent pas les entreprises sur la base de leurs seules performances financières - s'intéressaient beaucoup à l'impact de ces dernières sur l'environnement. Mais aujourd'hui, les émissions de gaz à effet de serre, la consommation de papier et autres pratiques écologiquement incorrectes ne sont plus au centre de leurs attentions. "La préoccupation numéro un des investisseurs responsables, aujourd'hui, c'est l'éthique des affaires", assure Stéphane Voisin, responsable de la recherche "Développement durable et investissement responsable" au sein de la société de courtage Kepler Cheuvreux.

Une amende de 1,6 million de dollars pour Ralph Lauren

C'est que les affaires de corruption et, surtout, les amendes qui les ont sanctionnées, ont pris de l'ampleur, ces quinze derniers mois. Accusé d'avoir versé des bakchich à des fonctionnaires des douanes en Argentine, afin de contourner la politique protectionniste du pays, le groupe de prêt-à-porter Ralph Lauren vient d'écoper d'une amende de 1,6 million de dollars, infligée par le ministère américain de la Justice et par la SEC, le gendarme de la Bourse aux Etats-Unis.

En France, le groupe pétrolier Total est mis en cause dans le procès pétrole contre nourriture. De l'autre côté du Rhin, ThyssenKrupp est accusé de corruption et de participation à des cartels. Et l'on pourrait continuer à égrener la liste, avec les noms de Rolls-Royce, de Saipem, ou encore de BAE.

Une récompense de 10% à 30% du montant de l'amende, pour les " lanceurs d'alerte"

En réalité, ce sont moins les affaires de corruption qui se multiplient, que les régulateurs qui redoublent de sévérité. Aux Etats-Unis, la loi Dodd-Frank de 2010 a renforcé la protection des "lanceurs d'alerte", ces salariés qui dénoncent la corruption pratiquée par leur entreprise, et a augmenté le montant des récompenses auxquelles ils peuvent prétendre. Un montant qui représente "entre 10% et 30% de l'amende totale", précise Stéphane Voisin.

Une sacrée incitation, quand on sait que certaines amendes se chiffrent en millions de dollars ou d'euros. Voire en milliards, dans le cas de Siemens : le 15 décembre 2008, le conglomérat allemand, empêtré depuis deux ans dans une gigantesque affaire de pots-de-vin versés pour décrocher des contrats à l'étranger, avait été condamné par les autorités judiciaires américaines et allemandes à une pénalité record de 1,2 milliard d'euros.

Des investisseurs qui pèsent 32.000 milliards de dollars

Aussi colossale soit-elle, cette amende "ne représentait que la partie émergée de l'iceberg", souligne Stéphane Voisin. Car, à la pénalité elle-même, "il faut ajouter les coûts juridiques de l'affaire et le manque à gagner lié à la suspension éventuelle de contrats." De fait, pour Siemens, la facture totale s'était élevée à...2,5 milliards d'euros.

C'est dire si les fonds de pension et autres investisseurs institutionnels exercent une pression croissante sur les entreprises dont ils sont actionnaires pour les inciter à davantage d'éthique. Et ils pèsent de plus en plus lourd, ces investisseurs responsables : les 1.000 signataires de la charte PRI (Principes pour l'investissement responsable), élaborée à l'initiative des Nations Unies, représentent 32.000 milliards de dollars d'actifs gérés, soit 15% du total des actifs sous gestion dans le monde, contre 4.000 milliards lors du lancement des PRI, en 2006.

 

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a écrit le 19/06/2013 à 11:39 :
au contraire, une entreprise qui utilise la corruption obtient plus de marchés et fait plus d'argent donc est plus performante, sinon il faudrait aussi jeter un coup d??il à toutes les ONG et surtout les salaires indignes de leurs dirigeants et leurs potes
a écrit le 15/06/2013 à 1:32 :
Deux petits commentaires pour rigoler: l'ONU en chantre crédible de la transparence et de la lutte contre la corruption? Vous rigolez je suppose? Par ailleurs, mettre en avant les 10 à 30% d'incitation pour les "lanceurs d'alerte", alors que les US n'ont jamais autant poursuivi, emprisonné et harcelé les leurs me fait doucement rigoler. Qu'on commence par obliger les ONGs et les organisations internationales de se plier aux mêmes obligations de transparence que celles qu'on nous impose et on en reparlera. On pourrait par exemple réduire fortement toutes les exceptions du droit (immunités) données à ces milliers d'organismes et leurs membres sans aucune justification.

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