Lendopolis suspend ses prêts aux TPE-PME

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(Crédits : lendopolis)
Multiplicité des acteurs, taux bancaires bas... Les acteurs du financement participatif aux entreprises peinent à tirer leur épingle du jeu. Après la fermeture d'Unilend en octobre dernier, la plateforme Lendopolis (KissKissBankBank) a décidé de mettre en sommeil cette activité. Le site va mettre l'accent sur le financement des énergies renouvelables et poursuivre son incursion dans le financement de l'immobilier.

Le marché du financement participatif tricolore poursuit sa mue. A partir de ce vendredi 1er mars, la plateforme de prêts participatifs Lendopolis détenue par KissKissBankBank, pionnier du crowdfunding en France et filiale de La Banque Postale depuis 2017, n'accepte plus les projets de financement de PME et TPE.

«Nous mettons cette activité en sommeil. Cela ne veut pas dire que nous ne ressortirons pas du bois à un moment ou un autre», indique à La Tribune Vincent Ricordeau, fondateur et dirigeant de KissKissBankBank.

Une décision qui n'est pas irréversible

Dans une lettre ouverte adressée à la communauté de prêteurs, Nicolas de Feraudy, directeur général de Lendopolis, écrit : « Cette décision stratégique sur les TPE-PME n'est en aucun cas irréversible et pourrait être opportunément infléchie. Nous continuons à croire fondamentalement en ce marché, et en la complémentarité entre ce mode de financement et les financements plus traditionnels, mais nous estimons que le contexte actuel n'est tout simplement pas optimal. (...) Nous continuerons bien évidemment à assurer la gestion courante des projets TPE-PME en cours selon les standards de qualité existants ».

Lancée début 2015 dans le cadre de la stratégie de diversification de KissKissBankBank, spécialisée dans le financement de projets culturels par le don en échange de contreparties, la plateforme Lendopolis s'articulait jusqu'à présent autour de trois grands segments : les TPE-PME, les énergies renouvelables et depuis peu l'immobilier.

Un taux de défaut trop élevé

« Il y a beaucoup de liquidités en ce moment sur le marché et les taux bancaires sont très bas. Nous nous retrouvons donc avec les entreprises les plus fragiles [à financer, ndlr]. Le taux de défaut est assez important. Il s'élève à 15%. Nous n'avons pas réussi à trouver le bon équilibre entre le volume nécessaire et la qualité. C'est un marché complexe et le modèle du 100% crowd [financement par la foule exclusivement, ndlr] qui s'inscrit dans notre ADN peine à fonctionner», reconnaît Vincent Ricordeau.

Lendopolis n'est pas la première plateforme de prêt participatif à rencontrer des difficultés. En octobre dernier, Unilend, l'un des précurseurs du crowdlending, s'est déclaré en cessation de paiement. Le site Finsquare, également spécialisé dans les prêts participatifs aux PME, avait fermé en 2016. October (ex-Lendix), leader sur ce marché, en avait racheté le fonds de commerce. Contrairement à d'autres plateformes, October a fait le choix de faire appel aux investisseurs institutionnels pour financer les projets des PME aux côtés des investisseurs particuliers. Aujourd'hui 70% des montants prêtés le sont par les institutionnels. Un moyen pour October de décrocher des projets plus importants et de renforcer son efficacité commerciale.

Pleins feux sur les énergies renouvelables

De son côté, Lendopolis entend se concentrer sur le financement des projets d'énergies renouvelables. « Les énergies renouvelables ont représenté près de 50% des 10,5 millions d'euros collectés sur Lendopolis en 2018. En 2019, nous pensons doubler, voire tripler ce segment », indique le dirigeant, qui met en avant des synergies très fortes avec La Banque Postale : « Les conseillers de La Banque Postale distribuent ces produits auprès de leurs clients patrimoniaux. Ils sont aussi distribués via sa banque privée, la BPE ».

Dans le financement de l'immobilier, Lendopolis entend avancer plus prudemment car « les synergies ne fonctionnent pas à plein régime » avec La Banque Postale sur ce segment. Selon le dernier baromètre du crowdfunding immobilier, publié par la plateforme Fundimmo, 185 millions d'euros ont été collectés à travers 343 projets en 2018. Un montant en hausse de 83% par rapport à l'année précédente, où 101 millions d'euros avait été réunis.

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a écrit le 01/03/2019 à 16:42 :
Cela devrait être aux établissements financiers classiques de financer l'économie si leurs propriétaires-milliardaires étaient un temps soit peu éclairés. Il est évident que dans ce cas présent il est bien plus difficile de tenir le coup imposant un rendement plus rapide ne pouvant que mettre la pression sur les deux protagonistes.

Mais quand est-ce qu'ils vont enfin faire leur boulot les banquiers ?
Réponse de le 01/03/2019 à 22:58 :
Contrairement à ce que vous prétendez, les banquiers font plutôt correctement leur job; c'est même pour cela que Lendopolis suspend le crédit aux PME et TPE, parce que les banquiers ont d'excellentes techniques d'appréciation du risque. Lorsqu'une banque prête de l'argent à une PME, ce n'est pas l'argent d'un "miliardaire" comme vous semblez le croire, c'est l'argent des déposants: vous et moi. Et comme la banque sait que ça nous embêterait beaucoup, vous et moi, de perdre de l'argent, elle évalue avec prudence le risque que la PME fasse defaut. Donc oui, cela aboutit à refuser de prêter à beaucoup de TPE qui du coup ont du mal à se financer et se tournent alors.... vers le crowdfunding, malgré les taux d'intérêts plus élevés, dont certaines plateformes ne sont pas très regardantes sur le risque. Revers de la médaille, sur certaines plateformes, plus de 25% des prêts (oui, 1 sur 4, et pas seulement 15%) finissent par faire défaut partiel ou total. Et les investisseurs perdent leur argent. Beaucoup tombent de haut. C'est ce que vous souhaitez que fasse votre banque avec votre argent ? Alors, vous pensez toujours que les banquiers ne font pas leur job ? Et vous, prêtez - vous votre argent à des TPE fragiles ?
Réponse de le 02/03/2019 à 10:34 :
@ multipseudos:

"Lorsqu'une banque prête de l'argent à une PME, ce n'est pas l'argent d'un "miliardaire" comme vous semblez le croire, c'est l'argent des déposants: vous et moi"

C'est vrai vous avez raison les propriétaires milliardaires des banques ont leur argent à eux placés dans les paradis fiscaux, s'il faut prendre des "risques" c'est avec l'argent des petits épargnants et pas le leur, mais où avais je la tête ?

Par contre je peux vous donner deux exemples directs de mon entourage qui ont monté des micros entreprises qui tournaient mais pour lesquelles les banquiers n'ont pas levé le petit doigt.

Et vous vous pouvez me donner des exemples de banques ayant prêté à des gens sans capitaux et réseaux svp ?

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