L'immobilier, locomotive du financement participatif

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L'essentiel des fonds collectés sur les plateformes participatives finance des activités économiques, en premier lieu des projets immobiliers suivis des énergies renouvelables.
L'essentiel des fonds collectés sur les plateformes participatives finance des activités économiques, en premier lieu des projets immobiliers suivis des énergies renouvelables. (Crédits : KPMG)
Près de 4 millions de Français ont financé des projets par le biais de plateformes de crowdfunding. Ce marché a progressé de 44% avec 336 millions d'euros collectés, dont un tiers dans l'immobilier, où les montants ont doublé. Un placement au rendement élevé mais pas sans risque.

[Article mis à jour à 16h avec précisions d'Anaxago sur les programmes Terlat]

La croissance se tasse mais "le crowdfunding s'inscrit durablement dans le paysage". Selon le dernier baromètre réalisé par le cabinet KPMG et l'association professionnelle Financement Participatif France, les montants collectés en France sur les plateformes de financement participatif ont augmenté de 44% en 2017 à 336 millions d'euros, représentant toujours la plus grande part de la "finance alternative" (par rapport aux banques, aux marchés financiers ou aux fonds dans le non-coté), qui pèse 940 millions d'euros dans son ensemble. Cette finance alternative comprend aussi les prêts à la consommation en ligne (comme Younited Credit), pour 231 millions d'euros, les cagnottes en ligne (comme LePotCommun), pour 155 millions d'euros, et les fonds de prêts aux PME (comme Lendix) qui ont explosé leur collecte, à 215 millions d'euros (multipliés par 2,5).

 « Cette croissance a été rendue possible grâce à l'ouverture du secteur à différents types d'outils financiers (émissions obligataires, mini-bons, titres participatifs...) qui rendent accessibles aux particuliers des financements jusqu'alors réservés aux investisseurs professionnels et institutionnels » fait valoir Stéphanie Savel, présidente de Financement Participatif France et présidente de Wiseed.

En 2017, ce sont au total 1,65 million de personnes qui ont contribué à financer un ou plusieurs projets sur un de ces sites. Au total, depuis le lancement de ces plateformes, 3,89 millions de Français ont joué ce rôle de financeurs alternatifs.

Doublement des fonds collectés pour l'immobilier

Les trois quarts des fonds collectés ont servi à financer des activités économiques, plutôt que culturelles ou sociales. L'immobilier, la valeur sûre des épargnants français, domine avec un tiers des montants (42% de la catégorie "secteur économique") soit 109 millions d'euros, devant l'environnement et les énergies renouvelables (22% soit 57 millions).

« Tout cela est tiré par l'immobilier et alors ?» a réagi Stéphanie Savel lors de la présentation à la presse. « L'immobilier c'est l'économie réelle, c'est créateur d'emplois. Il y a certes une sur-représentation de l'immobilier et des énergies renouvelables mais je parie que l'an prochain il y aura de nouveaux secteurs. En 2017, on a ainsi observé une percée de l'agriculture.»

La semaine dernière, l'agrégateur Hellocrowdfunding et le site Fundimmo avaient publié leur propre baromètre annuel du crowdfunding immobilier, réalisé auprès de 23 plateformes. Il en ressortait que les montants collectés avaient presque doublé, passant de 55,2 millions en 2016 à 101 millions d'euros en 2017, tout comme le nombre de projets (de 134 à 220). Il s'agit à 92% d'investissements en obligations et la durée moyenne de placement est de 18 mois.

« Le crowdfunding immobilier est un produit de placement atypique pour le grand public et une source de financement alternative pour les promoteurs immobiliers, qui rencontre aujourd'hui un franc succès », avait commenté Jérémie Benmoussa, le cofondateur de Fundimmo.

Selon ce baromètre, 78% des collectes de fonds portaient sur des projets résidentiels, 7% des aménagements, 5% des commerces et 4% de l'immobilier de bureaux. Les régions les plus actives sont l'Ile-de-France, l'Auvergne-Rhône-Alpes, la Provence-Alpes-Côte d'Azur et la Nouvelle Aquitaine. Le taux de défaut depuis 2012 serait seulement de 1,33%.

Si les projets rapportent un rendement élevé, de l'ordre de 9,9% par an en moyenne, ils ne sont pas sans risque. Wiseed et Anaxago, les deux leaders français du crowdfunding immobilier, ont souffert de la faillite du promoteur Terlat. Wiseed a remboursé intégralement l'un des projets concernés, l'autre s'est soldé par une perte totale du capital et des intérêts. Anaxago a annoncé  le 10 janvier le rachat de deux programmes de Terlat, sur ses fonds propres. Les deux autres programmes n'ont pas été repris mais, contrairement à ce que nous écrivions, Anaxago nous précise que les investisseurs n'ont pas perdu leur capital car les quatre programmes ont fait l'objet d'un protocole "afin de proposer un plan de reprise commun et intéressant l'ensemble des souscripteurs". Les investisseurs des deux programmes repris seront remboursés en priorité lors de la commercialisation de ceux-ci, les autres en second rang.

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a écrit le 20/01/2018 à 9:47 :
Le moteur du financement participatif est le niveau des intérêts payés, supérieur à celui des banques......tout en se voulant social.
a écrit le 20/01/2018 à 9:02 :
D’après Stéphanie Savel « L'immobilier c'est l'économie réelle, c'est créateur d'emplois… ». Tiens d’après notre Président et Bercy, «l’immobilier est un investissement non productif », donc taxable à outrance !
Je me pose donc la question : Qui a raison, qui ment?
A moins que chacun dise sa vérité selon son intérêt
Réponse de le 22/01/2018 à 9:28 :
@capcha
"Je me pose donc la question : Qui a raison, qui ment?"

Ceux qui raisonnent à très courte vue diront que "ça crée des emplois" (quelques emplois d'ouvriers peu qualifiés importés de pays pauvres pour les payer moins cher, et quelques artisans par-ci par-là, mais pas beaucoup au vu de l'état du parc).
Ceux qui ont un peu plus de clairvoyance vous diront que le niveau indécent actuel des loyers et prix immo saigne à blanc l'Économie française. Quand il faut qu'un couple de cadres voire cadres sup s'endette au taquet sur 30 ans pour acheter une passoire thermique que n'importe quel ouvrier pouvait se payer sur 12 ans jusqu'à la fin des années 90, et quand les loyers ont atteint leur niveau indécent d'aujourd'hui, ça a des conséquences très claires. Les cadres et classes moyennes, qui sont censées être à l'aise financièrement et être les moteurs de la consommation, se retrouvent à la place à vivre chichement et engloutir des sommes folles dans le poste "logement", au profit de vendeurs nets qui eux partent finir leurs jours au Portugal. Et, deuxième effet de bord : devant l'explosion du coût du logement, les Français se logent toujours plus loin des emplois, font exploser les temps de trajet, sont plus fatigués, plus stressés, et par conséquent moins productifs. Bref, dépression de la demande, baisse de la productivité, la politique du logement cher étrangle le pays.

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