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Entreprises & FinanceBanques / Finance

Finance participative : 80% des montants collectés auprès des particuliers vont aux entreprises

Propos recueillis par Juliette Raynal

Publié le 14 février 2019 à 06:15 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:57

Stéphanie Savel

Stéphanie Savel, présidente de l'association Financement Participatif France et directrice de la plateforme Wiseed

Wiseed

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Quatre ans après la création d'un cadre réglementaire, le financement participatif français entre dans une phase de maturation et de consolidation. Les prêts sous forme d'obligations prennent aussi de plus en plus d'importance et contribuent à financer de nombreux secteurs de l'économie et pas uniquement les startups. Etat des lieux avec Stéphanie Savel, présidente de l'association Financement Participatif France et dirigeante de la plateforme toulousaine Wiseed.

Avec 175 plateformes enregistrées auprès des régulateurs, la France est le pays européen qui compte le plus grand nombre d'acteurs du financement participatif. Egalement appelée crowdfunding (qui signifie littéralement le financement par la foule) cette activité consiste à collecter des fonds auprès d'un ensemble de contributeurs via une plateforme en ligne dans le but de financer un projet de manière directe et traçable. Cette multiplication des acteurs est directement liée au cadre réglementaire qui, fin 2014, a crédibilisé cette finance alternative. Le marché tricolore entre aujourd'hui dans une phase de maturation. Fermetures, rapprochements, acquisitions... Stéphanie Savel, présidente de l'association Financement Participatif France et dirigeante de la plateforme Wiseed, analyse ses transformations.

LA TRIBUNE - Quel bilan tirez-vous du crowdfunding en 2018 ?

STEPHANIE SAVEL - En 2018, 402 millions d'euros ont été collectés auprès de particuliers via les plateformes de financement participatif. L'année a été bonne puisque nous avons enregistré une augmentation de l'activité de 20%, alors que certains prédisaient la mort du crowdfunding fin 2018 en raison de quelques accidents de parcours [comme la fermeture du site Unilend, ndlr]. Certes, nous ne sommes plus sur des taux de croissance à trois chiffres mais c'est normal, cela montre que le secteur a atteint une certaine maturité, qu'il s'installe dans le paysage du financement en France.

Ce qui se confirme en 2018 c'est que le crowdfunding finance de plus en plus l'économie, donc des entreprises, que ce soient des startups, des TPE, des PME, des entreprises de l'économie sociale et solidaire et des projets portés par des plus grosses entreprises. Aujourd'hui, 80% des montants collectés auprès des particuliers sont fléchés vers le financement du secteur économique. Cela va à l'encontre d'idées reçues qui circulent encore et qui résument le crowdfunding au financement de projets socio-culturels. Cette tendance montre qu'il y a une vraie appétence des particuliers pour financer l'économie. Et, de l'autre côté, les entreprises intègrent de plus en plus ce mode de financement comme un outil de financement parmi d'autres sans que cela ne vienne s'opposer à des financements plus classiques, bancaires par exemple. Il y a de plus en plus de complémentarité.

Derrière cette hausse de 20%, les évolutions sont contrastées selon les différents modes de financement...

Oui, le don est plutôt stable. Nous observons une petite baisse de 2%. Le prêt, lui, a enregistré une croissance significative de 40%. Dans cette catégorie, le prêt aux entreprises est plutôt stable et c'est normal dans un contexte de taux bancaires très bas. En revanche, le prêt sous forme d'obligations a énormément augmenté, notamment auprès des entreprises, car il vient en complément du prêt bancaire classique. Ce type de financement permet aux PME de renforcer leurs quasi-fonds propres et de faire jouer un effet de levier bancaire.

Le prêt en obligations est également proposé pour le financement de projets de promotion immobilière et de production d'énergies renouvelables. Les taux d'intérêts proposés sont très attractifs pour les particuliers. Ils oscillent entre 7% et 10% dans le premier cas et entre 5% et 7% pour le second.

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Enfin, l'investissement en capital enregistre une baisse de 19%. Il y a deux explications à ce recul. La première est assez structurelle. Il s'agit du mode de financement participatif le plus ancien, il y a donc une certaine maturité du marché. Ensuite, il y a ce que j'appelle le cycle de vie de l'investisseur particulier qui, au bout d'un moment, stoppe ses investissements pour en évaluer les retours. Il se reporte alors sur des produits plus courts et moins risqués que l'investissement dans une startup, car ce sont surtout les startups que l'on finance en equity [prise de participation dans le capital, ndlr]. Nous observons ainsi un report vers les obligations. Il y aussi un facteur conjoncturel. Pour certaines plateformes, la suppression de l'ISF, et donc des déductions fiscales qui étaient associées, a eu un impact très fort.

L'année 2018 a été marquée par la liquidation judiciaire d'Unilend....

Oui, cette liquidation judiciaire a fait beaucoup de bruits et a généré des titres racoleurs. C'est normal que dans un secteur jeune il y ait des mouvements d'entreprises. Certaines mettent la clé sous la porte quand d'autres se développent. C'est l'évolution naturelle des entreprises. Unilend a été créée en 2013, c'était donc encore une startup. Cette plateforme était en concurrence directe avec le prêt bancaire sur une population de particuliers prêteurs. Elle a donc été très fragilisée par la baisse des taux bancaires.

D'autres mouvements ont façonné le secteur au cours des derniers mois....

Oui, il y a eu à la fois des rachats des rapprochements. La Banque Postale a fait l'acquisition de KissKissBankBank et de Lendopolis. Il y a eu aussi les rachats de Crédit.fr et d'Humonity par le fonds d'investissement Tikehau Capital. Lumo, une plateforme spécialisée dans les énergies renouvelables, a également été rachetée par la Société Générale.

Ces acquisitions montrent que les acteurs du financement participatif sont crédibles pour les institutionnels alors qu'il y a quatre ans c'était inimaginable. Cela traduit une reconnaissance de la part des acteurs institutionnels du professionnalisme des plateformes, de la valeur ajoutée des systèmes d'information et de la pertinence d'une offre pour leurs clients particuliers et leurs clients personnes morales. Est-ce que cela va continuer ? Probablement.

Ces acquisitions sont-elles positives pour la dynamique du secteur ?

L'enjeu réside dans la diffusion du financement participatif auprès des particuliers, car le vecteur principal de distribution des produits financiers reste les acteurs traditionnels : les banques, les assureurs et les cabinets en gestion de patrimoine. Ces acquisitions, qui contribuent à démocratiser le financement participatif, peuvent donc être positives pour les autres plateformes.

Assiste-t-on à une consolidation du marché ?

La France compte 175 plateformes immatriculées auprès des régulateurs. C'est beaucoup plus que dans d'autres pays européens. Parmi ces acteurs, il y a des stratégies très différentes, de niche, d'implantations territoriales... Il est encore trop tôt pour dire qu'une stratégie est meilleure que l'autre et pour parler de consolidation massive. Nous observons toutefois quelques rachats.

Prêt Up a racheté les actifs d'Unilend et Happy Capital vient de racheter Prexem. Quelques acteurs se rapprochent dans l'optique d'atteindre une certaine masse critique à la fois de projets et d'investisseurs. Ce sont les deux nerfs de la guerre car nos modèles économiques reposent sur la facturation au moment de la levée de fonds. Cela ne veut pas dire que l'on peut prendre n'importe quel projet. Au contraire, il faut être de plus en plus sélectif car c'est un moyen d'attirer et de fidéliser les investisseurs particuliers.

Qu'attendez-vous de la loi Pacte ?

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Nous attendons plusieurs changements. Dans le projet de loi initial, deux mesures nous concernent. Le relèvement du seuil [du plafond de collecte par projet, ndlr] à 8 millions d'euros, contre 2,5 millions aujourd'hui. Cela donne un signal et montre que le gouvernement accorde une crédibilité à ce type de financement. La deuxième mesure c'est l'ouverture du PEA-PME aux obligations à taux fixe, aux mini-bons et aux titres participatifs. Il est pour le moment réservé aux actions. L'idée est de l'ouvrir à d'autres titres financiers, intermédiés par les plateformes de financement participatif. La loi a été vidée de sa substance lors de son passage au Sénat, nous attendons vivement qu'elle repasse à l'Assemblée nationale. La réglementation en 2014 avait largement dopé le marché.

Propos recueillis par Juliette Raynal

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