Livret A, LDDS, LEP : où va votre argent et à quoi sert-il ?

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Photo d'illustration. En 2018, 55 millions de Français détenaient un Livret A.
Photo d'illustration. En 2018, 55 millions de Français détenaient un Livret A. (Crédits : Kai Pfaffenbach)
Si, historiquement, l'argent déposé sur un livret d'épargne réglementée (Livret A, LDDS, LEP) sert à financer des programmes d'intérêt général dans le logement social ou à l'échelle locale, un accent a été mis récemment sur le financement de projets liés à la transition écologique.

C'est du jamais vu : les Français ont mis de côté 85,6 milliards d'euros entre mars et juillet dernier, selon une note mensuelle de la Banque de France sur la « Situation financière des ménages » publiée début septembre. Une épargne en partie dite « forcée » ou de « précaution » en raison de la crise sanitaire.

Sur ce total, plus de 30 milliards d'euros ont été placés sur les livrets d'épargne réglementée, d'après un communiqué du ministère de l'Économie et des Finances et de la Caisse des dépôts (CDC), le bras financier de l'État. Mais où va cet argent et à quoi sert-il ? La réponse en six points.

  • Qu'est-ce que l'épargne réglementée ?

Selon la définition du ministère de l'Économie, l'épargne réglementée « comprend tous les comptes, livrets et autres placements bancaires dont la législation et le fonctionnement sont strictement identiques d'une banque à l'autre. » Autrement dit, ajoute le site de la Fédération bancaire française (FBF), ce sont des livrets « dont le mode de fonctionnement (taux, montant et modalités de placement) sont imposés par l'État. »

Le Livret A, le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) et le Livret d'épargne populaire (LEP), qui constituent l'objet de cet article, sont des produits d'épargne réglementée.

  • Des placements plébiscités

Malgré son surnom, le Livret A n'est pas le placement préféré des Français. Il arrive en effet en seconde position, derrière l'assurance-vie (bien que celle-ci ait connu un nouvel épisode de décollecte en août, pour le sixième mois d'affilée, dans un contexte marqué par de fortes incertitudes économiques) et devant le Plan épargne logement (PEL).

Ce produit reste toutefois extrêmement populaire : selon le rapport de l'Observatoire de l'épargne réglementée portant sur l'année 2018, 55 millions de Français en détiennent un. Le LDDS compte de son côté 24,1 millions d'adeptes, contre 8,5 millions pour le LEP, selon ce même organisme rattaché à la Banque de France.

Lire aussi : Livret A : le "placement préféré des Français" est-il si populaire qu'on le dit ?

  • Le circuit de l'argent

L'épargnant dépose de l'argent sur son produit d'épargne (Livret A, LDDS ou LEP).

100% de cette épargne est collectée par les banques, puis répartie, en ce qui concerne le Livret A et le LDDS, à 40,5% pour les banques et à 59,5% pour la Caisse des Dépôts.

Pour ce qui est du LEP en revanche, le ratio est de 50-50.

  • À quoi sert votre argent ?

S'agissant de la partie gérée par la CDC spécifiquement, 70% de l'argent collecté est ensuite utilisé afin de financer des programmes d'intérêt général, essentiellement dans le logement social et des projets à l'échelle locale.

Ce financement se fait, via la Banque des Territoires, par l'octroi de prêts à des taux de long ou très long terme, pouvant aller jusqu'à 80 ans.

« Les 30 % restants sont placés dans des actifs financiers (essentiellement des obligations et des actions dans des entreprises françaises) qui rémunèrent l'épargne et garantissent sa liquidité en cas de retrait des épargnants », détaille la Caisse des Dépôts sur son site.

Cette répartition à 70%-30% ne concerne que le Livret A et le LEP.

Concernant le LDDS en effet, la Caisse des Dépôts s'est engagée, fin 2017, à ce que 100% des sommes épargnées sur ce livret soient affectées au financement de projets dans les territoires ayant un impact positif pour le climat.

Lire aussi : L'épargne solidaire gonfle à plus de 15 milliards d'euros en 2019, un record

  • Concrètement, quels projets sont financés grâce à mon épargne ?

Outre le financement de programmes de logements sociaux, la CDC peut être amenée à financer des « opérations de renouvellement urbain ou encore des infrastructures diverses pour les collectivités locales (hôpitaux, universités, transports (tramway), réseaux d'eau, très haut débit numérique, etc.) », comme elle l'explique sur son site.

Plus concrètement, la Caisse des Dépôts a par exemple participé au financement de logements étudiants bas-carbone situés près de l'Université Paris-Est Marne-la-Vallée, d'un écoquartier dans le 15ème arrondissement de la capitale, ou encore d'un Ehpad nouvelle génération à énergie positive à Ormesson-sur-Marne (Val-de-Marne). La CDC a également contribué à la réhabilitation du parc du logement minier du Nord-Pas-de-Calais qui se compose, au total, de 23.300 logements individuels.

  • Un accent mis sur la transition écologique

Récemment, le gouvernement a « donné son accord à la Caisse des Dépôts pour faire évoluer les conditions des prêts accordés à partir des livrets d'épargne réglementée », explique le ministère de l'Économie dans un communiqué.

Ces prêts, précise le texte, pourront « financer des projets prioritaires dans le cadre de la transition écologique et énergétique [TEE], la santé ou encore le tourisme ».

Ils « soutiendront également les projets des élus en matière de transports propres, de production d'énergies renouvelables ou encore de rénovation énergétique des bâtiments publics comme les écoles ».

Si la Caisse des Dépôts soutenait déjà des projets liés au développement durable, elle est donc incitée à le faire davantage. Et ce, grâce à trois leviers.

D'une part, « de nouvelles entités seront autorisées à emprunter auprès [de la Banque des Territoires] notamment les Agences de l'eau, de grandes fondations et associations reconnues d'utilité publique qui portent des projets liés à la transition écologique et énergétique ou les ports maritimes ».

D'autre part, le montant du prêt ne sera pas plafonné et pourra donc atteindre 100% de la somme nécessaire à la réalisation du projet.

Enfin, les taux des prêts accordés dans ce cadre seront plus avantageux.

« Dans les cinq prochaines années, près de 70 milliards d'euros de prêts nouveaux seront distribués par le réseau de la Banque des Territoires pour permettre la construction et la rénovation énergétique de logement sociaux ainsi que la transition énergétique des territoires pour améliorer la qualité de vie des citoyens. », a déclaré Olivier Sichel, directeur de la Banque des Territoires, cité dans un communiqué.

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Commentaires
a écrit le 29/09/2020 à 8:30 :
Intéressant. Une fessée pour les journalistes économiques ignares qui nous parlent d'argent qui dort.
Je croyais que c'était 30% du dépôt pour les banques et non 40.5, étonnant qu'on les ai pas encore entendus râler contre cet apport d'argent frais (qu'ils avaient bataillé pour obtenir) qui doit leur coûter en excess reserves a la bce.
a écrit le 29/09/2020 à 8:26 :
Ben vu les dernières révélations du consortium de journalisme, notre argent peut très bien alimenter un trafic ou des meurtres quelconques non ? Où sont les gardes fous quand politiciens et finance ne font qu'un ?

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