Nouvelles révélations dans le scandale Wirecard et retour sous les verrous pour le fondateur

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(Crédits : Michael Dalder)
Le feuilleton Wirecard, cette fintech allemande accusée d'une fraude de près de 2 milliards d'euros, continue de secouer le monde financier européen. Les malversations auraient en réalité commencé dès 2015 avec des recettes inventées et des bilans gonflés. Libéré sous caution, le fondateur a finalement été réincarcéré ainsi que deux anciens directeurs.

La justice allemande a annoncé mercredi l'arrestation de l'ancien président et fondateur de la société de paiements en ligne Wirecard, ainsi que de deux ex-directeurs, dans le cadre de l'affaire de fraude présumée portant désormais sur une somme de 3,2 milliards d'euros.

Il s'agit d'un nouvel épisode dans ce vaste scandale financier, marqué par des rebondissements à répétition, depuis la faillite en juin de l'entreprise.

Elle avait alors admis que 1,9 milliard d'euros inscrits à son bilan n'avaient jamais existé.

"L'enquête intensive du parquet de Munich a montré que les charges contre les accusés se sont considérablement étendues", a déclaré le Parquet de Munich, indiquant avoir déterminé, notamment grâce à un témoin principal, que les malversations avaient commencé dès 2015.

Les suspects auraient dès cette époque décidé de "gonfler" la somme de bilan de la société "en inventant des recettes".

Il s'agissait de rendre Wirecard plus attractive pour les clients et les investisseurs, et d'obtenir les fonds nécessaires à la poursuite des activités commerciales.

Lire aussi : Wirecard : le scandale financier tourne au roman d'espionnage

3,2 milliards "probablement perdus"

En réalité, les accusés "savaient déjà au plus tard à la fin 2015 que la société faisait des pertes", selon le parquet.

L'enquête a dévoilé que des banques en Allemagne et au Japon, ainsi que d'autres investisseurs, ont procuré des fonds à hauteur de 3,2 milliards d'euros à la société, sommes "probablement perdues en raison de la faillite de Wirecard", poursuit le parquet.

Le fondateur et ancien président du directoire de la compagnie Markus Braun avait déjà été arrêté pour falsification de bilan, mais remis en liberté sous caution.

Il a de nouveau été incarcéré mercredi à Munich, de même que deux anciens directeurs du groupe. Il s'agit de Burkhard Ley, qui était en charge des finances, et de Stephan von Erffa, responsable de la comptabilité.

Qualifié de "scandale sans équivalent dans le monde de la finance" par le gouvernement allemand, l'effondrement de l'ancien chouchou de la bourse a choqué le pays et mis l'exécutif dans une position délicate.

Déjà averti, le gouvernement est mis sous pression

Le ministre des Finances allemand Olaf Scholz est notamment sous le feu des critiques, après la publication récente d'un rapport révélant sa connaissance, dès 2019, d'un rapport selon lequel l'organe de régulation financière BaFin "enquêtait sur des soupçons de violation de l'interdiction des manipulations de marchés" par l'entreprise.

Selon ce document, produit par le ministère lui-même, Olaf Scholz savait que "la BaFin enquêtait dans toutes les directions".

Ce n'est qu'un an et demi plus tard, en juin 2020, que le scandale a éclaté, après la découverte d'une falsification des comptes de la société de paiements en ligne à hauteur de 1,9 milliard d'euros.

Olaf Scholz sera invité à s'expliquer sur ce sujet fin juillet, devant les parlementaires allemands, lors d'une session extraordinaire de la commission des Finances du Bundestag, la chambre basse du Parlement.

Merkel et la German Tech

La chancelière Angela Merkel a elle aussi été mise en cause, le magazine Der Spiegel affirmant qu'elle avait fait la promotion de la société lors d'un voyage en Chine en 2019, alors que ses services étaient déjà au courant de l'existence d'une enquête.

La délégation allemande en Chine avait connaissance des soupçons mais elle a quand même appuyé l'entreprise, qui cherchait alors à acquérir le chinois AllScore Payments, selon le magazine.

La chancellerie a démenti qu'Angela Merkel ait été au courant si tôt des difficultés de l'entreprise.

Berlin a promis une "réforme des organes de régulation" dont les lacunes ont été mises en lumière dans cette affaire, qui a lourdement terni la réputation de la place financière allemande.

Lire aussi : Le scandale Wirecard va-t-il éclabousser le secteur, en plein boom, des fintech ?

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Commentaires
a écrit le 24/07/2020 à 9:01 :
C'est bien normal que plus personne ne comprenne rien aux comptes des entreprises : les IFRS, qui empilent des nouvelles normes de plus en plus absconses année après année, sont bien pratiques pour ça.
Il est grand temps que le gouvernement de l'Union Européenne s'en préoccupe : cette cata Wirecard pourrait n'être qu'un début.
a écrit le 23/07/2020 à 23:33 :
Il serait temps d'auditer la boite d'audit ... et de demander des comptes aux commissaires aux comptes :) qui pour rappel , sont pénalement responsables.
a écrit le 23/07/2020 à 19:51 :
Je travaille dans une multinationale américaine qui génère 13Musd. J ai vu le cas de personnes qui ont fait des pertes de 6Musd sur un revenu total de 30Musd. La sanction a été de promouvoir les responsables en la qualité de directeur. Le dénonciateur lui est viré en plus de se faire détruire sa réputation. Ne vous étonnez pas que cette personne se transforme en "
terroriste". Cette histoire de malversation est courante chez les corrompus
a écrit le 23/07/2020 à 10:54 :
"La chancelière Angela Merkel a elle aussi été mise en cause, le magazine Der Spiegel affirmant qu'elle avait fait la promotion de la société lors d'un voyage en Chine en 2019, alors que ses services étaient déjà au courant de l'existence d'une enquête"

Et pourquoi donc ? Nos politiciens ne sont plus que ça des vrp des sociétés de l'oligarchie financière, son taf c'est de les promouvoir hein et rien d'autre ! D'ailleurs c'est tout ce qu'elle a fait durant ses 5 mandats faire de la publicité à la finance allemande et personne n'était choqué !

Si déjà notre classe dirigeante avait un minimum de puissance pour au moins lever cette hypocrisie, sa légitimité serait revigorer mais aliénés par leur pathologique cupidité ils ne sont qu'apeurés.

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