Pannes informatiques en série chez les néobanques françaises

 |   |  936  mots
(Crédits : Shine)
Les néobanques Qonto et Shine, mais aussi l'application Lydia ont rencontré des dysfonctionnements majeurs le week-end dernier. En cause : un incident informatique survenu chez Treezor (groupe Société Générale) qui fournit à ces startups de la finance des micro-services bancaires.

[Article publié le 14/06/2019 à 9h27, mis à jour à 11h00 avec le nombre de clients actualisés de Qonto et Lydia]

Les grandes banques ne sont pas les seules à subir des pannes informatiques. « Nous subissons actuellement quelques difficultés techniques pouvant affecter vos paiements », tweetait la néobanque pour PME Qonto, vendredi 7 juin dernier. « Nous avons connu quelques dysfonctionnements en fin de semaine dernière », explique aujourd'hui sur Twitter son concurrent Shine. « Services rétablis : vous pouvez à nouveau payer avec votre mobile en sans contact, avec la carte Lydia et avec vos cartes Internet », informait, pour sa part, le 8 juin dernier, la startup Lydia, qui s'est fait connaître pour sa fonctionnalité de paiement entre particuliers avant d'évoluer vers un modèle de néobanque.

--

--

Ce n'est pas un hasard si ces trois Fintech tricolores ont dû faire face à une interruption de leurs services au même moment. Toutes ont un point commun : elles sont clientes d'une autre Fintech : Treezor.

Rachetée par Société Générale en septembre dernier, cette jeune pousse fondée par Eric Lassus et Xavier Labouret se présente comme une plateforme de « Banking-as-a-service ». Disposant du statut d'établissement de paiement, elle développe différentes fonctionnalités bancaires sous la forme de micro-services accessibles à la demande par des entreprises tierces par l'intermédiaire d'interfaces de connexion. Les startups de la finance peuvent ainsi piocher différentes briques, fastidieuses à construire en interne, qu'elles proposent ensuite à leurs propres utilisateurs, comme l'ouverture de compte, le paiement et l'identification des clients (KYC). « Nous n'apparaissons à aucun moment, nous opérons systématiquement en marque blanche », nous expliquait Eric Lassus, lors d'une précédente interview.

40 Fintech clientes de Treezor

Treezor travaille aujourd'hui avec une quarantaine de Fintech qui fait appel à ses services pour arriver le plus rapidement possible sur le marché. Parmi elles : l'application grand public Lydia (2 millions d'utilisateurs), la néobanque pour PME Qonto (40.000 entreprises clientes), son concurrent Shine (30.000 travailleurs indépendants clients), mais aussi la nouvelle appli bancaire pour ados Xaalys, son concurrent Pixpay ou encore Lunchr, spécialisée dans la dématérialisation des tickets restaurant, qui vise les 200.000 utilisateurs d'ici la fin de l'année.

Toutes ces startups ont subi, par ricochet, la panne informatique de Treezor, mais avec des niveaux d'ampleur différents.

« Celles qui ont été le plus impactées sont celles qui ont le plus de flux. Une Fintech ayant 3.000 porteurs de carte avait moins de chance de subir les conséquences de cette panne qu'une autre qui en compte 500.000 », indique Eric Lassus à La Tribune. « Selon nos calculs, 6% des porteurs de cartes ont été impactés par cet incident », ajoute-t-il.

Seules trois startups ont communiqué ouvertement sur les réseaux sociaux sur cette panne. Particulièrement touchée (impossibilité de valider l'ouverture d'un compte, de faire un virement ou d'en recevoir, et de payer avec sa carte), Shine a joué le jeu de la transparence. La néobanque a publié le 13 juin un post de blog détaillant, étape par étape, les raisons de ces dysfonctionnements.

Aucune donnée bancaire compromise

La panne informatique n'est pas liée à une cyberattaque mais à un problème rencontré par l'un des hébergeurs informatiques de Treezor. « Notre outil de monitoring a alors détecté un problème de cohérence des données. Il n'était plus possible de faire l'analyse de l'intégrité des données. Par mesure de précaution, nous avons donc choisi de mettre en pause notre système et de lancer celui de secours », nous détaille Eric Lassus.

Sur son blog, la néobanque Shine explique que l'origine de la panne est identifiée le vendredi 7 juin à 11h chez Treezor. À 13h, celle-ci est rétablie mais la connexion importante des clients n'ayant pas pu réaliser leurs opérations les heures auparavant provoque une surcharge de connexion sur les infrastructures de Treezor conduisant à une nouvelle indisponibilité. Chez Shine, la situation a finalement été stabilisée dans la soirée du samedi 8 juin. Eric Lassus affirme qu'il s'agit de « la première panne informatique de cet acabit » à laquelle sa société a dû faire face et précise « qu'aucune donnée personnelle ou bancaire des clients n'a été compromise ». « Nous allons rejouer l'incident et nous communiquerons auprès de nos clients pour leur expliquer précisément ce qu'il s'est passé », ajoute le cofondateur de Treezor.

Problème de dépendance

Cet incident pose évidemment la question de la dépendance des néobanques et Fintech françaises vis-à-vis d'un seul fournisseur de micro-services bancaires. Pionnière, Treezor était jusqu'il y a peu la seule entreprise à proposer ce type de services dans l'Hexagone. Un concurrent a récemment vu le jour. Natixis Payments (groupe BPCE) et Visa se sont associés pour lancer Xpollens afin de fournir des briques de paiement en marque blanche à des acteurs tiers. La Fintech Linxo, connue pour sa fonctionnalité d'agrégation de comptes bancaires mais qui souhaite faire évoluer son modèle vers celui d'une néobanque, figure parmi les premiers clients de cette nouvelle solution. Treezor, elle, mise sur le soutien de Société Générale pour se développer à l'international. Pour proposer un service plus fiable et gagner en indépendance, la néobanque Qonto, qui détient désormais son agrément d'établissement de paiement, développe actuellement son propre "core banking system".

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :