Défense : mais quel est le juste prix de la guerre ?

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Si la guerre a un coût, le sang n'a pas de prix. Faut-il se rappeler que lors des attentats de Charlie, du Bataclan et bien d'autres, les Français ont payé le prix du sang.
Si la guerre a un coût, le sang n'a pas de prix. Faut-il se rappeler que lors des attentats de Charlie, du Bataclan et bien d'autres, les Français ont payé le prix du sang. (Crédits : Reuters Staff)
Pour la classe politique française, le juste prix de la guerre s’élève à un effort de 2% du PIB français. Soit 42,5 milliards d’euros par an. Le budget de la défense s’élève aujourd’hui à 32,7 milliards. Mais à quand les 2% ?

Terrorisme islamique, Brexit, élection de Trump, réémergence des Etats-puissances comme la Chine, la Russie et l'Iran, instabilité chronique du Proche et Moyen Orient et de l'Afrique sub-saharienne, multiplication des cyberattaques... En peu de temps, le monde a très rapidement changé. Quel est l'impact de ces transformations sur la politique de défense de la France ? "Dans un monde travaillé par des dynamiques contradictoires, où l'équilibre des puissances est fortement évolutif et où les mécanismes d'une gouvernance mondiale sont enrayés, il est devenu plus essentiel encore de ne pas se tromper sur les révolutions scientifiques et techniques qui vont bouleverser notre futur et toutes les équations de sécurité et de défense", résume ainsi dans une étude prospective le secrétaire général de la défense et de la sécurité Louis Gautier.

Un débat tranché que par les seuls politiques

Face à toutes ces transformations, les responsables politiques ont donné les premiers éléments d'une réponse en France lors de la campagne présidentielle. Toute la question est de savoir si c'est une promesse qui n'engage que ceux qui l'ont entendue, ou est-elle bien ancrée sur le long terme ? En tout cas, l'ensemble de la classe politique a pris conscience qu'il fallait désormais mettre sur la table des moyens financiers supplémentaires pour protéger les Français et, en même temps, pour rester crédible en matière de défense face à un monde qui change.

Tous les candidats ou presque se sont plus ou moins rangés derrière le chef d'état-major des armées, le général de Villiers qui demande raisonnablement un effort financier à hauteur de 2% du PIB dès 2022. Car si la guerre a un coût, le sang n'a pas de prix. Faut-il rappeler que lors des attentats de Charlie, du Bataclan et bien d'autres, les Français ont payé le prix du sang. Une dépense de défense de 2% du PIB représenterait en 2022 un effort budgétaire de 42,5 milliards d'euros en euro constant (hors pensions). Soit 10 milliards d'euros environ de plus qu'en 2017 (32,7 milliards).

Seules la volonté et la détermination du chef des armées peuvent garantir l'atteinte de cet objectif. Il paraît d'ailleurs aberrant de faire la guerre contre le terrorisme et de s'adapter à un nouveau monde qui change tous azimuts entravé par les critères de Maastricht, hérités de la fin de la guerre froide et des fameux dividendes de la paix. "La question des équilibres budgétaires à respecter et la soutenabilité de la défense est en soi un casse-tête que seul un acte politique peut dépasser", confirment l'ex-président du GIFAS Marwan Lahoud et le président d'honneur du Centre d'étude et de prospective stratégique (CEPS), Philippe Cothier dans un ouvrage intitulé "La défense écartelée".

Le président de la République élu le 7 mai dernier, chef des armées, s'est engagé à porter les ressources de la défense à 2 % de la richesse nationale en 2025 (hors pensions et hors surcoûts des opérations extérieures). Le fera-t-il ? La ministre des Armées Sylvie Goulard a confirmé cet objectif... tout en rappelant qu'il fallait rester solidaire pour que le déficit de l'État ne dépasse pas les 3%, selon les critères de Maastricht. De son côté, Bercy a déjà passé le budget 2017 du ministère des Armées à la paille de fer en gelant 2,7 milliards d'euros. A Emmanuel Macron et Sylvie Goulard d'arbitrer...

10 milliards de plus pour quoi faire ?

La France est aujourd'hui confrontée à une très nette aggravation de la menace terroriste. Les incitations répétées à commettre des attaques planifiées ou inspirées contre les Français et les intérêts de la France se sont tragiquement concrétisées par les attentats, qui ont frappé l'Hexagone et l'Europe depuis 2015. Et le retour des combattants étrangers, chassés désormais des sanctuaires des organisations djihadistes, constitue une menace renforcée pour les pays européens d'origine de ces combattants islamiques.

"Cette menace implique donc une continuité absolue de la lutte antiterroriste, de l'intérieur à l'extérieur des frontières française", estime le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) dans son étude prospective intitulée "Chocs futurs". En outre, la réémergence des États puissances (Chine, Russie, Iran...), inquiète également. Le spectre d'un affrontement Est-Ouest a d'ailleurs fait son retour sur le continent européen avec la crise de Crimée en 2014.

Fragilités des armées françaises

Par ailleurs, le modèle militaire français, qui est "complet", selon les propos récents du chef d'état-major des armées, s'use plus vite que prévu. La multiplication des contrats opérationnels des armées "supérieurs de 30%" par rapport aux prévisions du livre blanc et le vieillissement accéléré des équipements en opérations extérieures (OPEX) ne permettra pas à la France de tenir indéfiniment ses engagements.

C'est là tout le paradoxe de l'outil militaire français, comme l'explique dans l'ouvrage "La défense écartelée" le général Jean-Paul Paloméros, ancien chef d'état-major de l'armée de l'air (2009-2012) et commandant allié Transformation au sein de l'OTAN (2012-2015). "La démonstration de force et d'excellence de nos armées contraste avec une fragilité sous-jacente, un manque d'épaisseur organique", précise-t-il. Dans ce cadre, le général de Villiers, qui a rappelé que la France était la deuxième nation occidentale derrière les États-Unis à avoir le plus de militaires sur des théâtres extérieurs, souhaite donc "inscrire une hausse des contrats opérationnels des armées à la mesure de ce que nous faisons actuellement".

Enfin, la hausse du budget de la défense servira à combler les trous dans la raquette en termes de capacités (avions-ravitailleurs, avions de transports, moyens ISR...) et à moderniser la dissuasion française, une des clés de voute de la doctrine de défense française. Le renouvellement des deux composantes de la dissuasion exige de passer de 3,5 à 6 milliards par an à l'horizon 2020. Enfin, elle résoudra le problème des effectifs avec 2.500 militaires supplémentaires par an.

Des investissements intéressants

Investir dans la défense reste intéressant sur le plan économique. C'est d'abord un investissement qui rapporte avec un effet de levier non négligeable : 1 euro investi dans la défense rapporte de 1,5 à 1,70 euro à l'État. Sous quelles formes? TVA, impôts, contributions au financement des organismes sociaux, emplois induits créés localement...Parallèlement, 1 euro de valeur ajoutée investi chez les maîtres d'œuvre dans le secteur de l'aéronautique et du spatial (60,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2016) en génère 4,80 euros de valeur ajoutée dans l'économie, selon l'Insee. À titre de comparaison, cet effet multiplicateur n'est que de 4,1 dans l'automobile, de 2 dans la construction et de 1,5 dans les services et le commerce.

La filière défense, dont l'implantation est bien dispersée sur le territoire national, à l'exception du Nord et de l'Est, fait vivre environ 4.000 ETI et PME en France. Les industries de défense représentent un capital humain de 165.000 emplois directs et indirects à forte valeur ajoutée. Elle a enregistré un chiffre d'affaires de 13,1 milliards d'euros en 2016, en progression de 1,4%. Ces emplois présentent l'avantage de ne pas être délocalisables. Du pur "Made in France"...

Enfin, l'industrie de l'armement contribue positivement à la balance commerciale française malmenée : 14 milliards d'euros environ de prises de commandes en 2016 (chiffre à confirmer), 16,9 milliards en 2015 et 8,2 milliards en 2014. En 2016, la France a livré à l'international des matériels de guerre et matériels assimilés pour une valeur totale de 8,3 milliards d'euros. Dans le même temps, les importations d'armements se sont élevées en 2016, à 1,7 milliard d'euros. Au total, ces matériels ont contribué l'année dernière à hauteur de 6,6 milliards d'euros au solde commercial de la France, le plus haut niveau depuis 2011. Ainsi, les livraisons ont été en 2016 près de cinq fois supérieures aux importations. Des dépenses finalement qui peuvent rapporter gros...

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a écrit le 16/07/2017 à 14:47 :
et le cout des OPEX, il se monte à combien cette année, l'année dernière, etc ?
intégré au budget de la défense, cela ferait combien de % du PIB ?
a écrit le 13/06/2017 à 21:53 :
La ministre Goulard, nommée depuis 4 semaines, est anxiogène, déroutante, consternante pour les Armées. J.P Raffarin Président de la Commission Défense au Sénat, et excellent Diplomate et Commercial de Formation, serait excellent, ou Manuel Valls.
Réponse de le 14/06/2017 à 0:15 :
Valls à la Défense, assurément oui, et aussi un bon Président de l'A.N, ou Président du Groupe LREM à l'A.N, ou à nouveau Ministre de l'Intérieur, ou Ambassadeur de France en Espagne.
Réponse de le 14/06/2017 à 5:23 :
En quoi est elle anxiogène?
a écrit le 13/06/2017 à 11:37 :
LE MEILLIEURS INVESTISSEMENT EN MATIERE DE DEFENSE ET EN PRIORITE LE RENSEGNEMENT ET L INFILTRATION SUR NOTRE TERRITOIRE ET A L ETRANGER LA DIPLOMATIES???
a écrit le 13/06/2017 à 10:58 :
Il faut raison garder. La guerre la plus intelligente, c'est celle qu'on évite.

Il y aussi le budget de l’aide au développement et de la prévention qui devrait être pris en compte dans les calculs de dépenses. Puisque il parait plus efficace en termes de défense, d’éviter de futurs conflits. (voir PSEI |l’ONU et les OMP).

La guerre est inflationniste, de ce que l'on peut en juger de l'histoire : c'est inflationniste financièrement et en vies humaines.

Il faudrait donc disposer de suffisamment de puissance pour dissuader des ennemis de nous attaquer (c’est fait, avec le nucléaire). Sauf si on a des envies d’invasion, comme disait un cinéaste : « Quand j'écoute trop du Wagner, j'ai envie d'envahir la Pologne » , ce qui ne parait pas une bonne idée.

Il est vrai que Trump a fixé d’autres priorités et que cela chamboule beaucoup de choses, mais on ne pourra raisonnablement se prémunir que par une Europe forte. La logique voudrait que l’on mutualise une partie de la défense au niveau européen, puisque qu’il serait suicidaire d’essayer de concurrencer les grandes puissances par notre seule force militaire.
La vente d’armes a des limites, celle de risquer d’équiper de futurs ennemis ou terroristes. On revient à la solution d’équiper uniquement des pays amis ou de construire de l’armement en commun.

De la rationalité :
On a déjà des bretelles avec l’OTAN, qui comprend déjà une majorité de pays de l’OSCE. Et on ne peut en sortir, alors même que d’autres pays y rentrent, ce serait irrationnel.
Pour les chiffres, voir site : http://www.nato.int
site : http://www.touteleurope.eu/actualite/la-contribution-des-etats-europeens-a-l-otan.html
Le financement direct
« l'Allemagne 14,65% du budget commun, la France 10,63%, le Royaume-Uni 9,85%, l'Italie 8,41% et l'Espagne 5,78%. Les autres Etats membres quote-part inférieure à 5% du budget, correspondant même le plus souvent à moins de 1%. Les Etats-Unis ont la contribution la plus importante : 22,14%. » Par contre on dépense déjà beaucoup en équipement au delà de la part de 20%.
Toujours une question d’argent et tout l’argent que l’on investit dans le militaire est pris ailleurs. Risquant de nous affaiblir sur un autre front, celui de la guerre économique.
On peut en plus ajouter une ceinture, mais cela ne sert à rien si on se retrouve en short, en raison d’un déficit de performance économique.

Au niveau des chiffres, données SIPRI, en termes de dépenses militaires par habitant, la France reste en tête des pays Européens avec la Norvège et la Grande Bretagne.

Après on peut toujours discuter de comment est dépensé l’argent…
Réponse de le 13/06/2017 à 12:13 :
En therorie il vaut mieux en effet eviter une guerre que devoir la faire. Mais la nature humaine fait qu il est toujours tentant d aller piller le voisin prospere.
On va rappeller quelques faits:
- l europe n existe pas sur le plan militaire, chaque pays fait sa sauce dans son coin et aucun pays europeen n a seul la capacite de mener une guerre majeure (en Lybie on a du demander aux USA de nous ravitailler en bombes -> stock epuisé)
- la population d afrique va doubler d ici la fin du sciecle et ils sont deja incapable de nourrir leur population actuelle (et vu la corruption des regimes locaux, c ets pas en deversant de l argent qu on va resoudre le probleme)
- A l est, nous avons un pouvoir qui est certes diminué depuis le bon temps de l URSS mais qui reve de prendre sa revanche.
- l armement nucleaire ne peut que difficilement servir. En cas d attaque terroriste, on va pas vaporiser un autre pays (par ex Mitterrand n a pas detruit teheran quand Komeny a envoye ses sbires faire des attentas chez nous). En cas d attaque classique, va t on vraiment atomiser un pays non atomique ? et si celui ci a la capacite atomique, il faut s attendre a etre nous aussi detruit ...
a écrit le 13/06/2017 à 10:09 :
Article tres partial. D abord, l armee n est surement pas la meilleure reponse au terrorisme: on ne va pas eliminer Merah et consorts avec un porte avion ou des chars !
Si on veut eliminer le terrorisme islamiste en France, c est la police qu il faut financer (et surtout les moyens humains, pas l espionnage generalisee des citoyens).
Sur les OPEX, il faut aussi se demander si on est sur le bon chemin. En Afghanistan ou au Mali, ca me semble pas si evident. Et la encore, le probleme n est pas tant militaire que civil. On peut battre les islamistes militairement (les talibans ont pris une raclee, les islamiste maliens aussi) mais comme on est incapable de faire fonctionner decement l etat apres, le mecontentement fait qu ils reviennent
Reste enfin la menace de tonton Vladimir. La en effet porte avions chars et rafale font sens. Surtout que Donald a bien fait comprendre qu il fallait pas trop compter sur lui (et les USA seront de toute facon de plus en plus affaiblit et ne pourront pas toujours nous sauver la mise)

Sinon sur l aspect economique de l investissement dans l armement, je rapellerait a l auteur que si l URSS s est effondré, c est au moins en partie parce qu elle consacrait pres de 20 % du PIB a l armement, au lieu de construire des choses qui auraient ameliore la vie de ses habitants
a écrit le 13/06/2017 à 9:31 :
d'après le SIPRI, la France est à 2,3% PIB contre 1,9% au UK. 1,2% en Germanie.
les US sont passés de 4,7% en 2010 à 3,3% en 2016.
Suède est passée de 1,6% en 2003 à 1% en 2016.
la France dépense 25% en équipement - comme les US - contre 23% au UK et 12% en Germanie (OTAN).
Bloomberg a fait un article en septembre sur les hélicoptères militaires US qui s'écrasent régulièrement du fait de rigueur budgétaire et maintenance défaillante.
a écrit le 13/06/2017 à 8:01 :
Le problème est que le renforcement de nos moyens est impuissant à répondre à une menace terroriste, comme le passé nous le démontre; aux USA, le Pentagone déplore l'appauvrissement du Département d' état et l'éparpillement des théatres d'opération. D'ailleurs, nous n'avons plus jamais gagné une guerre depuis deux siècles: nous aurions avantage à acheter la paix!

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