"C'est pire que je n'imaginais" : le nouveau patron de Boeing charge son prédécesseur

 |   |  635  mots
M. Calhoun (en photo) a par ailleurs suggéré que les pilotes d'Ethiopian Airlines et de Lion Air auraient une part de responsabilité dans les accidents du 737 MAX.
M. Calhoun (en photo) a par ailleurs suggéré que les pilotes d'Ethiopian Airlines et de Lion Air auraient une part de responsabilité dans les accidents du 737 MAX. (Crédits : Reuters)
David Calhoun, qui a pris ses fonctions le 13 janvier, affirme avoir hérité d'une situation bien plus mal embarquée qu'il ne l'avait imaginé: des relations tendues avec les compagnies aériennes, le lien rompu avec les autorités de l'aviation internationales et la nécessité d'apaiser le président Donald Trump, furieux contre Boeing, qu'il accuse de lui avoir gâché son bilan économique.

David Calhoun, le nouveau patron de Boeing, a vertement critiqué son prédécesseur dans un entretien au New York Times publié jeudi, et suggère que les pilotes d'Ethiopian Airlines et de Lion Air auraient également une part de responsabilité dans les accidents du 737 MAX ayant fait au total 346 morts.

M. Calhoun, qui a pris ses fonctions le 13 janvier, affirme avoir hérité d'une situation bien plus mal embarquée qu'il ne l'avait imaginé: des relations tendues avec les compagnies aériennes, le lien rompu avec les autorités de l'aviation internationales et la nécessité d'apaiser le président Donald Trump, dont le bilan économique est quelque peu mis à mal par les déboires du 737 MAX qui affectent l'activité manufacturière aux États-Unis.

"C'est pire que je n'imaginais, honnêtement", a déclaré M. Calhoun, en référence aux problèmes auxquels il est confronté. "ça reflète la faiblesse de la direction" précédente, a-t-il ajouté.

Son prédécesseur Dennis Muilenburg a été limogé en décembre, après une gestion de crise jugée calamiteuse. Ses relations avec l'agence fédérale de l'aviation (FAA), principal régulateur de Boeing, avaient atteint un point de non-retour, avaient assuré à l'AFP en janvier des sources réglementaires.

M. Calhoun n'est toutefois pas étranger à l'ancienne direction puisqu'il est membre du conseil d'administration depuis 2009, soit deux ans avant le développement du MAX, dont deux accidents rapprochés ayant fait 346 morts ont conduit à son immobilisation au sol depuis le 13 mars 2019. Boeing travaille actuellement sur les changements exigés par les régulateurs pour obtenir une remise en service de cet avion vedette.

Lire aussi : En pleine crise, le nouveau patron de Boeing appelle le groupe à être "humble"

Plan de secours

"Les Conseils d'administration croient en un directeur général jusqu'à ce qu'ils n'y croient plus", se défend maintenant M. Calhoun, qui avait été promu président du conseil en octobre dernier. Il avait dans la foulée défendu M. Muilenburg, qui essuyait les critiques des politiques américains, des familles des victimes et des pilotes.

"Nous avions un plan de secours [...] J'étais le plan de secours", assure-t-il désormais, accusant par ailleurs son prédécesseur d'avoir augmenté les cadences de production alors même que les fournisseurs n'étaient pas prêts.

"Je ne pourrai jamais savoir ce qui motivait Dennis, si c'était le cours de l'action qui montait, montait ou alors si c'était pour battre le concurrent sur la nouvelle augmentation de cadence" de production, avance M. Calhoun, prenant nettement ses distances.

M. Calhoun et le reste du conseil d'administration de Boeing n'avaient jamais remis en question la stratégie de M. Muilenburg, dénoncée pourtant par des analystes qui déploraient la culture du coût zéro adoptée depuis les années 2000.

"Si nous avons été complaisants de quelque façon que ce soit, peut-être, peut-être pas; je ne sais pas", dit-il. "Nous avons soutenu un directeur général qui voulait prendre des risques, et dont le pedigree suggérait qu'il s'en sortirait bien en le faisant".

Si les premières conclusions des enquêtes ont montré que le système anti-décrochage MCAS était une des principales causes des accidents de Lion Air et d'Ethiopian Airlines, M. Calhoun suggère que les pilotes des deux avions auraient également une part de responsabilité.

Ces deux compagnies "sont celles où les pilotes sont très loin d'avoir la même expérience qu'aux États-Unis", dit-il, refusant d'élaborer davantage si les journalistes veulent le citer.

Cette ligne de défense qui consiste à rejeter une partie de la faute sur les pilotes est semblable à celle utilisée par Dennis Muilenburg lors des premiers jours ayant suivi l'accident d'Ethiopian Airlines.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 08/03/2020 à 15:18 :
Tout montre qu'il y a des erreurs de conception majeure de cet avion parce qu'on a voulu faire du neuf avec du vieux en remotorisant le 737 avec des moteurs inadaptés à la structure, conduisant à une instabilité statique, qu'on a voulu corriger par logiciel mais en se basant sur une sonde non redondée pour détecter les décrochages. Plus grave encore, la formation des navigants a été faite au rabais, pour les pilotes déjà certifiés sur 737 (1h sur ...Ipad sans passage sur simulateur) alors qu'il s'agit d'avions aux comportements radicalement différents.
a écrit le 06/03/2020 à 18:45 :
Il manque pas d'air le nouveau PDG car des experts canadiens ont révélé une faiblesse dans l'aileron de queue qui sert à stabiliser l'avion.
Cet aileron est actionné par des câbles d'acier et des freins à disque une technologie des années 60 date de la mise en service du premier exemplaire de 737.
Cet aileron n'a pas été modifié depuis l'origine alors que le 737 max est 60% plus imposant et 2 fois plus puissant que le premier 737.
Cet aileron de stabilisation fait partie de la chaîne de sécurité du logiciel MCAS et aurait dû être certifié avec le logiciel ce qui n'a pas été le cas
Les experts canadiens ont révélé que cet aileron avait bougé dans les deux derniers crashs sans que les boîtes noires indiquent une commande.
Boeing a éludé l'étude des experts canadiens qui potentiellement peut mettre à la ferraille tous les exemplaires de 737.
Dans l’hypothèse où les 737 seraient inaptes au vol et compte tenu que cela pourrait mettre en faillite Boeing et des intérêts supérieurs la FAA subira des pressions.
L’agence Européenne subira aussi des pressions aussi car de nombreux sous -traitants européens dépendent de Boeing.
Il ne reste plus à espérer que les Chinois ou les Indiens soient plus exigeants ou bien en dernier recours il ne restera que le personnel navigant et les passagers pour refuser de monter dans ce cercueil volant.
a écrit le 06/03/2020 à 13:39 :
Conclusion seul les américains savent piloter les avions Boeing.

Dont acte. Serieux ?

Heureusement il reste Aurbus et un jour Comac.

Oser faire porter la responsabilité de 2 crash successifs sur les pilotes étrangers donc non americain donc mauvais.... faut oser
a écrit le 06/03/2020 à 13:27 :
Le compte n'y est toujours pas ! Il faudra qu'un jour Boeing prenne conscience du coût obligatoire de la sécurité ! Les deux accidents ne sont pas liés aux pilotes, mais à l'architecture de l'avion. Il faut la repenser complètement ou arrêter de faire voler cet avion. Si cet avion devait revoler et à nouveau se crasher, c'est l'avenir de la compagnie qui serait en jeu. Alors, ne jouez pas avec la sécurité ! Mettez le bon prix. Ce n'est dans l'intérêt de personne de perdre le principal concurrent d'Airbus.
a écrit le 06/03/2020 à 13:26 :
Le compte n'y est toujours pas ! Il faudra qu'un jour Boeing prenne conscience du coût obligatoire de la sécurité ! Les deux accidents ne sont pas liés aux pilotes, mais à l'architecte de l'avion. Il faut la repenser complètement ou arrêter de faire voler cet avion. Si cet avion devait revoler et à nouveau se crasher, c'est l'avenir de la compagnie qui serait en jeu. Alors, ne jouez pas avec la sécurité ! Mettez le bon prix. Ce n'est dans l'intérêt de personne de perdre le principal concurrent d'Airbus.
a écrit le 06/03/2020 à 10:40 :
Voilà du Bonnet Blanc et du blanc bonnet: 2 gars qui sortaient du même moule et se cooptaient tt en ayant entraîné B. ds cette galère et cette catastrophe financière, puisque la décision sur le Max en 2010 est largement postérieure à la présence de ce type chez B.
Ils en retiraient de copieux avantages pecuniers car Mullenberg emargeait à 22 m $, reléguant nos PDG à des gagné petit tte proportion gardée bien sûr.
a écrit le 06/03/2020 à 10:35 :
plus cynique qu'un americain aux affaires ? Deux americains.
a écrit le 06/03/2020 à 10:00 :
Cela leur va comme un gant à force de se faire du fric à tout va au détriment de la sécurité et de la vie humaine.
C'est tellement plus facile de mettre la faute sur les pilotes, c'est bien à l'image de boeing.
Histoire lamentable !

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :