Elysée 2022 : et pourquoi pas un groupe amphibie permanent français en Indo-Pacifique (LREM)

Sous la coordination du député Fabien Gouttefarde, un groupe de travail de la coalition défense de LREM a bâti des pistes de réflexions dans le cadre de la campagne présidentielle. Il propose notamment le déploiement d'un groupe amphibie permanent dans la zone Indo-Pacifique.
Michel Cabirol

6 mn

Un groupe de travail de la majorité propose comme piste de réflexions dans le cadre de la campagne présidentielle le déploiement permanent d'un groupe amphibie dans la zone Indo-Pacifique
Un groupe de travail de la majorité propose comme piste de réflexions dans le cadre de la campagne présidentielle le déploiement permanent d'un groupe amphibie dans la zone Indo-Pacifique (Crédits : Reuters)

A trois mois du premier tour de l'élection présidentielle, LREM se met enfin en marche pour proposer un programme de défense. Un exercice délicat pour les "marcheurs", les propositions de campagne ne devant pas être interprétées comme des critiques de l'action menée pendant près de cinq ans par la ministre des Armées, Florence Parly. Et en même temps, le programme de la majorité doit symboliser un nouvel élan dans un domaine éminemment régalien et où le contexte géopolitique international exige également de l'audace. Pas simple pour le coordinateur du groupe de travail de la coalition défense de LREM Fabien Gouttefarde au sein d'une petite équipe de six/sept personnes, qui a travaillé en mode commando afin de bâtir des pistes de réflexions.

Selon nos informations, ce groupe commando a construit un programme autour de plusieurs prérequis, qui sont clairement des fondamentaux classiques de la stratégie défense de la France : modèle d'armée complet, dissuasion nucléaire, capacités à assumer un rôle de leader dans une coalition internationale et à entrer en premier sur un théâtre d'opérations.

Un groupe aéronaval permanent en Indo-Pacifique

Selon nos informations, une des pistes de réflexions les plus audacieuses de ce groupe de travail est de recommander le déploiement permanent d'un groupe amphibie dans la zone Indo-Pacifique avec un port d'attache, qui pourrait être la ville État de Singapour. Soit un groupe amphibie en "co-basing" avec d'autres pays européens et composé d'un porte-hélicoptères, d'une frégate et d'un sous-marin nucléaire d'attaque (SNA). "Nous devons changer de dimensions en Indo-Pacifique, précise-t-on à La Tribune. Pour cela, il faut un nouveau point d'appui et de nouvelles capacités avec une présence forte dans cette zone".

Cette proposition a un coût. Elle implique le renforcement des capacités de la marine nationale avec la construction d'un quatrième porte-hélicoptères et celle d'un septième SNA ainsi que la conversion de deux sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) de la classe Triomphant en SNA (comme les Américains l'ont déjà fait avec leur SNLE Ohio) pour renforcer la flotte de sous-marins d'attaque. Soit neuf sous-marins nucléaires d'attaque au total. Ce changement de dimension en Indo-Pacifique passe aussi par l'augmentation de la flotte de dix patrouilleurs océaniques (contre 17 Aviso auparavant) ainsi que celle des avions de patrouille maritime (Falcon 2000). Il passe enfin par le maintien du nombre de frégates de surveillance mais aussi par l'accélération du programme European Patrol Corvette (EPC), dont certains bâtiments iraient renforcer la présence française et européenne dans cette zone.

Un état-major permanent au sein de l'Union européenne

La création d'un état-major permanent, à l'image du Grand Quartier général des puissances alliées en Europe (Shape), fait également partie des pistes audacieuses du groupe de travail. Actuellement, des état-majors sont constitués de façon temporaire par des "prêts" des pays membres d'officiers supérieurs pour des opérations menées par l'Union européenne comme la mission Atalanta. L'objectif du groupe de travail est de créer "une culture d'opérations à Bruxelles", précise-t-on à La Tribune. En outre, il recommande que l'Union européenne organise des exercices militaires grandeur nature comme ceux de l'OTAN de façon à ce qu'il y ait "une acculturation" de toutes les nations européennes à ce type de manœuvres. Cette piste de travail risque de se heurter à une opposition des pays européens très frileux face à ce type d'initiative venue de France, qui pourrait concurrencer l'OTAN, l'alpha et l'oméga de la presque totalité des pays européens.

Enfin, il préconise de confier à l'Union européenne au niveau des chefs d'État l'arbitrage en vue de décider qui est le mieux placé sur le grand export pour vendre tel ou tel système d'arme. Une piste qui permettrait de gommer les compétitions entre les pays européens. Pour autant, elle pourrait introduire une limitation de la souveraineté des États dans leur volonté de nouer des partenariats stratégiques avec des pays au Moyen Orient et en Asie, notamment. En outre, l'Union européenne mettrait un pas dans la porte dans les ventes d'armement de ses membres. En Allemagne, certains partis tentent de mettre en œuvre une stratégie commune au niveau européen dans les ventes d'armes. Ce qui serait inacceptable pour la souveraineté de la France et des autres pays ayant des politiques étrangères différentes les uns et les autres.

Un hélicoptère lourd en coopération européenne

Sans surprise, le groupe de travail LREM préconise le lancement de nouveaux programmes en coopération avec le principe du respect du principe du "Best Atlhete". Pour autant, ce principe n'a pas été respecté à la lettre dans les programmes lancés par le ministère des Armées. Car il est tout simplement impossible à respecter entre des entreprises françaises performantes sur le plan technologique et d'autres un peu moins. Mais si on veut absolument des programmes en coopération en Europe, le principe du "best Athlete" se substitue forcément au principe de retour géographique inévitable. Le groupe recommande le lancement d'un hélicoptère lourd de 13 tonnes sous la maîtrise d'oeuvre d'Airbus Helicopters. Il estime le marché à 300 appareils environ en Europe, dont une centaine pour l'Allemagne, une soixantaine pour la Grande-Bretagne et une cinquantaine pour la France (plus Italie, Pologne et Espagne). "Il y a une fenêtre d'opportunité", estime-t-on à La Tribune.

Par ailleurs, le groupe de travail a enfin identifié quelques lacunes capacitaires. Il a pointé du doigt le faible nombre de frégates de premier rang dans la marine. "En 2007, la marine en avait 21 et la Grande-Bretagne prévoit d'atteindre le format de 24 d'ici à 2030 (contre 18 actuellement, ndlr)", souligne-t-on. La France n'a que 15 frégates de premier rang face à des marines japonaise, indonésienne, coréenne, australienne et indienne qui font un gros effort de montée en puissance. La Chine va quant à elle augmenter de 138% sa flotte de guerre entre 2008 et 2030.

"On demande désormais à la Marine une présence permanente en Atlantique, mais aussi en Méditerranée, avec la mission Irini, et dans le golfe d'Oman, avec la mission Agénor, avait expliqué le chef d'état-major de la marine, l'amiral Pierre Vandier. De plus, la Marine est tenue de participer de manière régulière à des exercices et à des opérations dans l'océan Pacifique, pour incarner la stratégie française en Indo-Pacifique. Avec quinze frégates, nous ne pourrons pas tout faire. Du fait de la pression croissante exercée par les Russes en Atlantique, le besoin de frégates augmente, ce qui diminue notre capacité à réaliser d'autres missions ailleurs".

Le groupe de travail a également identifié deux une lacune dans les drones à la lumière de leur efficacité dans deux conflits récents (Arménie, Libye). "Nous entrons dans une nouvelle ère dans l'emploi des drones sur le plan tactique et stratégique, explique-t-on. Il ne faut pas manquer le tournant des essaims de drones". Il recommande de doter l'armée de l'air d'essaims consommables offensifs. Tout comme il n'oublie pas la lutte anti-drones, essentielle dans les opérations extérieures pour protéger les militaires et pour la protection des sites sensibles français et des grands événements organisés par la France.

Michel Cabirol

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Commentaires 14
à écrit le 13/02/2022 à 0:21
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investir dans un groupe amphibie ? EDF avec 80 mlliars de dettes, un plan de relance nucleaire hors de prix, un deficit record , une industrie brade aux multinational par le propre president (10% du CAC 40) . on parle du meme pays?

à écrit le 19/01/2022 à 3:02
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Personne ne menace ouvertement les territoires français du pacifique. Il est fort peut probable que la Chine envahisse Tahiti avant Taïwan. En outre la tactique de la Chine vis a vis de nos territoires est plutôt l'invasion "pacifique" avec des Chino...

le 23/01/2022 à 12:01
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Tu n'a pas l'air de comprendre la géopolitique Qui a fait perdre le Canada aux français ou plus récemment le contrat des sous marins en Australie? La Chine n'est pas plus menaçante que le monde anglo saxons.

à écrit le 18/01/2022 à 18:01
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on atteint les sommet de la mascarade , groupe de réflexion en mode commando pour envoyer un groupe amphibie Zone indo-pacifique ... Macron lâche le tout pour le tout mais il veut surtout pas que les militaires parlent car on ne contredit pas macron

le 18/01/2022 à 18:59
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Ouais, ils sont nuls en complot ces gens là, c'est pas un groupe amphibien qu'il faut, c'est un groupe reptilien, les lézards gluants de l'espace ils rigolent pas eux. Quand il faudrait des vrais warriors et eux ils nous mettent kermit. Qu'est ce qu...

le 19/01/2022 à 10:01
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le lapin doit vite aller se cacher ! ce qu il faut ce sont des fregates avec des capacites de guerre electronique et de reseignement avec des sonars !

à écrit le 18/01/2022 à 16:04
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"la ville État de Singapour ": quelle idée alors qu'il y a La nouvelle Calédonie dans cette zone. Au moins ce sera gratuit. Pourquoi diminuer le nombre de SNLE ? Les USA nous ont donnés un coup de pied AUKUS, investissons seulement pour protéger nos ...

à écrit le 18/01/2022 à 13:55
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Un groupe commando ! Bigre, les bidasses doivent se marrer. Ces rem sont vraiment ringards.

à écrit le 18/01/2022 à 10:58
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Le progrès est le golem, le frankensten de l'occident. Tout n'est pas noir ou blanc, il y a evidemment du bon dans le progrès mais la vérité est que c'est un canard sans tête qui court à hue et à dia sans fin et sans but, piloté par une seule cause d...

à écrit le 18/01/2022 à 9:59
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Cela sent bon la commission et les retro-commissions pour des civils qui commandent des militaires!

à écrit le 18/01/2022 à 9:59
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Tant qu'on aura pas retrouvé un état fort avec des valeurs à défendre il vaut mieux ne rien faire et stabiliser l'existant: Mali.... Pour le reste la priorité me semble de renforcer les frontières de l'UE à défaut de la France.

à écrit le 18/01/2022 à 8:54
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Un groupe amphibie est peu efficace en combat naval. C’est pour se montrer ou pour combattre? Si c’est pour se battre, 1200 missiles air air+ un escadron de Rafales avec DA et 3 sous marins diesels commenceraient à faire réfléchir. On ajoute à cela ...

à écrit le 18/01/2022 à 8:06
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Un seul groupe! Pour envahir la chine ça risque de faire léger. Avec nos excédents budgétaires on pourrait avoir plus d'ambitions. Quand a une europe de la défense, il n'y a bien que la france qui en veut, ça sert a rien de se monter des plans la des...

à écrit le 18/01/2022 à 8:01
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Oui mais ce serait bien avant tout d'avoir des intérêts économiques là bas permettant un déploiement plus homogène de troupes maritimes et terrestres, comme les éoliennes offshore, un business de transport de marchandises à voiles, une entreprise de ...

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