Les dix défis de Pierre Eric Pommellet à la barre de Naval Group

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Pour Pierre Eric Pommellet, amateur de rugby, il n'y aura pas de round d'observation même si il a eu le temps en coulisse de se préparer à la gestion de la crise du Covid-19 très violente
Pour Pierre Eric Pommellet, amateur de rugby, il n'y aura pas de round d'observation même si il a eu le temps en coulisse de se préparer à la gestion de la crise du Covid-19 très violente (Crédits : Thales)
Pierre Eric Pommellet prend les commandes de Naval Group ce mardi. Il arrive en pleine tempête (Covid-19), qui déstabilise toutes les entreprises dans le monde.

Pierre Eric Pommellet (PEP pour les initiés) avait surement imaginé une autre arrivée à la barre de Naval Group. Présent depuis un mois environ au siège du groupe naval, il s'assoit dans le fauteuil du pacha en pleine crise sanitaire, qui provoque des sueurs froides à tous les patrons de France et de Navarre, et au-delà bien sûr, en raison des répercussions du Coronavirus sur la vie des entreprises au quotidien comme au niveau stratégique.

Une entrée en matière musclée

Pour cet amateur de rugby, il n'y aura donc pas de round d'observation même si il a eu le temps en coulisse de se préparer à la gestion de cette crise très violente, qui oblige toutes les entreprises à lancer dans l'urgence des plans d'économies pour traverser au mieux cette période inédite et brutale. Naval Group n'y échappera certainement pas (1er défi). Ce sera bien sûr l'un de ses tous premiers défis avec la constitution d'une équipe de direction loyale (2ème défi). Bref, PEP devra avoir du peps pour aller "au charbon" d'entrée de jeu. D'autant qu'il va devoir en même temps montrer très vite ses qualités de chef pour la première fois (3ème défi) tout en gérant dans une période très compliquée la solitude de celui qui tranche au plus haut niveau.

Venu de Thales, avec qui Naval Group entretient des relations tourmentées, il devra en outre se faire accepter par le corps social du groupe naval (4ème défi), qui va scruter ses premières décisions, notamment celles concernant les relations entre son nouveau groupe et son actionnaire industriel. Comme tout PDG qui arrive dans une entreprise, il devrait découvrir, après avoir passé les comptes à la paille de fer, quelques "mines" cachées et prendre quelques provisions en vue de s'assurer un peu de tranquillité. C'est d'ailleurs ce qu'avait fait Hervé Guillou qui avait pris en 2015 d'importantes provisions (entre 200 et 400 millions). Cet exercice sera peut être un plus compliqué à réaliser en raison du plan d'urgence lié à l'ouragan Covid-19 qu'il faudra combiner avec un plan d'économies stratégiques (5ème défi).

Les défis assignés par le ministère des Armées

A la nomination de Pierre Eric Pommellet, la feuille de route que l'Etat actionnaire (62,25 %) lui a assigné a été claire : poursuivre le cap tracé par Hervé Guillou. C'est lui qui a été choisi par le gouvernement pour faire le job. Car il cochait toutes ses cases : "profil industriel, connaisseur du grand export, connaisseur du milieu défense, loyal et compétent". Dans ce contexte, l'Etat lui demande de livrer dans les délais et dans les clous les programmes nationaux (6ème défi), notamment les les sous-marins nucléaires d'attaque Barracuda, puis les frégates de défense et d'intervention (FDI) et les SNLE de 3e génération. De l'aveu même d'Hervé Guillou, "c'est la guerre" pour rattraper les retards du deuxième exemplaire du programme Barracuda. "Le deuxième exemplaire a toujours eu du retard créé par l'effet de domino du premier. Mais nous sommes en train de le rattraper", a expliqué l'ex PDG de Naval Group à La Tribune.

Il devra également pacifier les relations entre Naval Group et Thales, compliquées et de temps en temps très orageuses (7ème défi). L'Etat lui demande par ailleurs de mener à bon port le contrat australien, qui génère beaucoup de "black marketing" de la part de concurrents déçus (8ème défi). Le prochain jalon important de ce programme hors-norme est fixé début 2021. Il devra enfin faire vivre la coopération franco-italienne au sein de Naviris (9ème défi), la société commune entre Naval Group et Fincantieri, Naviris, qui est opérationnelle depuis le 13 janvier. Elle reste sous surveillance étroite de la France. Sera-t-elle poursuivie ? A suivre.

 Des propects commerciaux à finaliser

Sur la pile de dossiers exports sur son bureau (10ème défi), il devra gérer finement plusieurs campagnes difficiles à conclure en dehors de l'Australie. C'est le cas en Roumanie, qui a sélectionné Naval Group pour la construction de quatre corvettes Gowind. Cette commande, qui a failli capoter à plusieurs reprises ces derniers mois, n'a toujours pas été signée par Bucarest. C'est également le cas aux Pays-Bas où Naval Group est en piste pour une commande de quatre sous-marins océaniques. "Pour Naval Group, la campagne néerlandaise est fondamentale", a estimé Hervé Guillou. Si l'équipe de France est solide et a fait une proposition très sérieuse, le groupe naval français n'a pas que des amis aux Pays-Bas. En Grèce, Naval Group a de très bonnes chances de signer un contrat. A Pierre Eric Pommellet de conclure cette campagne très bien orientée.

Naval Group a également des campagnes très intéressantes en Indonésie (entre deux et quatre sous-marins Scorpène) et aux Philippines (deux Scorpène). Les ministres de la défense philippin en décembre et celui de l'Indonésie fin janvier ont exprimé "tous les deux une ferme volonté de poursuivre", explique-t-on à La Tribune. Enfin, Naval Group lorgne le Maroc où il poursuit plusieurs campagnes : deux patrouilleurs (Kership), projet de reprise d'infrastructures dans le port de Casabianca et, enfin, sous-marins. Bref, Pierre Eric Pommellet n'a pas fini de prendre les avions pour faire gagner la France à l'étranger.

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Commentaires
a écrit le 24/03/2020 à 10:53 :
ils nous fatiguent ces marchands de canon.... il y a d´autres sujets plus important en ce moment...

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