La grève chez Boeing menace la « reprise » de l'activité
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Les quelque 33.000 salariés de Boeing de la région de Seattle, employés à la fabrication notamment du best-seller 737 MAX et du gros porteur 777, ont voté la grève à 96%.
POOL
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Les quelque 33.000 salariés de Boeing de la région de Seattle, employés à la fabrication notamment du best-seller 737 MAX et du gros porteur 777, ont voté la grève à 96%.
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[Article publié le vendredi 13 septembre 2024 à 08H18 et mis à jour à 20H02] La situation est « très complexe » pour Boeing a reconnu son directeur financier Brian West ce vendredi. Et pour cause, les quelque 33.000 salariés de Boeing de la région de Seattle, employés à la fabrication notamment du best-seller 737 MAX et du gros porteur 777, ont voté la grève à 96%. Une majorité simple était suffisante pour mettre en œuvre l'accord qui ratifie la nouvelle convention, annoncé le 8 septembre, et deux tiers des votes nécessaires pour lancer un arrêt de travail dès l'expiration de la convention actuelle, vieille de seize ans. Une annonce qui a fait baisser le cours de l'action Boeing de 0,48% à 17h (heure de Paris) à 161 dollars.
En dépit du vote massif en faveur de la grève, le groupe Boeing a déclaré dans un communiqué être « engagé » dans la négociation. « Nous restons déterminés à rétablir nos relations avec nos employés et le syndicat, et nous sommes prêts à retourner à la table des négociations pour parvenir à un nouvel accord », a réagi Boeing dans un communiqué jeudi soir.
La dernière grève chez l'avionneur américain, en 2008, avait duré 57 jours.
Ce n'est pas le résultat qu'espérait le responsable syndical. « Nous avons obtenu tout ce que nous pouvions » au cours de ces négociations engagées le 8 mars, avait-il assuré avant le vote. « Nous recommandons la ratification, car nous ne pouvons garantir que nous obtiendrons davantage en faisant grève ». Mais dans un entretien au Seattle Times publié lundi soir, il avait déclaré : « Je pense que (...) nos membres vont approuver la grève ».
Cette nouvelle convention, qui concerne les adhérents de l'IAM dans la région de Seattle, prévoit une hausse salariale de 25% sur quatre ans ainsi qu'un engagement d'investissements dans la région. Et aussi la construction du prochain avion - annoncé pour 2035 - dans le berceau historique de l'avionneur qui assurerait des emplois pour plusieurs décennies.
Le groupe espérait que les concessions accordées suffiraient à esquiver une grève, alors que sa situation financière est précaire depuis le crash de deux 737 MAX 8 en 2018 et en 2019, ayant coûté la vie à 346 personnes, et une multitude de problèmes de qualité de la production. « Ce n'est un secret pour personne : notre activité traverse une période difficile, en partie à cause de nos propres erreurs du passé. (...) Une grève mettrait en péril notre reprise commune », avait ainsi prévenu mercredi soir Kelly Ortberg, qui a succédé le 8 août à Dave Calhoun au poste de directeur général. Il avait exhorté les employés à ne pas « sacrifier » les progrès futurs à cause de « frustrations liées au passé ».
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La grève va paralyser la production du 737, du 777 et du 767 cargo, dont les livraisons cumulent déjà les retards. Brian West, le directeur financier de l'avionneur a même reconnu ce vendredi que « la grève va affecter la production, les livraisons et les activités, et elle va menacer notre reprise », a-t-il dit lors d'une conférence organisée par une banque, ajoutant que cela dépendrait de la durée du débrayage. « La grève injecte tellement d'incertitudes » qu'il s'est refusé à toute prévision financière pour 2024 et 2025, en particulier concernant l'ampleur de la fonte des liquidités du groupe. « Notre principale priorité est de nous concentrer complètement sur des mesures pour préserver nos liquidités », a-t-il relevé.
Et pour cause, ce mouvement social paralysait d'ailleurs dès vendredi matin les deux grandes usines d'assemblage de Renton et d'Everett, qui produisent le 737 MAX - best-seller de Boeing -, le 777 et le 767 (version cargo et ravitailleur militaire), dont les livraisons cumulent déjà les retards. La production d'autres sites, notamment une usine de pièces détachées à Portland (Oregon) tout proche, étaient également à l'arrêt, tout comme le réusinage de dizaines de 787 Dreamliner effectué à Everett depuis plusieurs mois. En revanche, l'assemblage du Dreamliner n'était pas perturbé à ce stade car l'usine se trouve en Caroline du Sud (est) et n'est pas concernée par cette convention collective.
Une situation d'autant plus problématique que l'avionneur encaisse la plus grosse partie du paiement (environ 60%) à la remise des avions. Selon les analystes de TD Cowen, une grève de 50 jours priverait Boeing de 3 à 3,5 milliards de dollars de liquidités et aurait un impact de 5,5 milliards sur le chiffre d'affaires.
Une semaine après sa prise de fonction, le nouveau patron du constructeur s'était engagé à « réinitialiser » la relation avec l'IAM. Mais à la lecture de l'accord, de nombreux syndiqués ont réagi négativement et plaidé pour un arrêt de travail.
Les mécontents arguent que la hausse salariale est trop éloignée des demandes du syndicat (+40% initialement) et que le volet sur les retraites est insatisfaisant. Stephanie Pope, présidente de Boeing Aviation Commerciale (BCA), a défendu cet accord octroyant la plus importante hausse salariale jamais accordée malgré l'endettement de quelque 60 milliards de dollars de l'avionneur. « Nous avons donné le maximum », a-t-elle assuré. Le règlement de l'IAM prévoit que les grévistes reçoivent 250 dollars par semaine à partir de la troisième semaine d'arrêt de travail.
Selon Brian West, la direction de Boeing est « déçue » par ce rejet. « A l'origine, nous étions assez ravis: nous étions parvenus à un accord de principe inédit qui était soutenu de manière unanime par la direction du syndicat » des machinistes IAM-District 751, a-t-il ajouté. « Mais, au fil des jours, il est devenu très clair (...) que l'offre ratait le coche avec nos employés syndiqués », a-t-il poursuivi, évoquant une « déconnexion » entre la direction du syndicat et ses adhérents. Boeing souhaite désormais retourner rapidement à la table des négociations pour « boucler un accord », a affirmé le directeur financier, indiquant que le nouveau patron Kelly Ortberg s'était rendu cette semaine dans les usines concernées pour discuter directement avec les ouvriers.
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Boeing fait l'objet d'une supervision accrue depuis un incident en vol début janvier sur un 737 MAX 9 d'Alaska Airlines. Survenu après une série de problèmes de conformité et de contrôle qualité, il a ravivé les questions soulevées sur ces mêmes lacunes après les deux crashes.
(Avec AFP)
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