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En renonçant à investir dans Ampere, Mitsubishi assoit son envie d’autonomie

Photo de Agathe Perrier

Agathe Perrier

Publié le 20 mai 2025 à 15:04 - Mis à jour le 30 septembre 2025 à 19:41

Mitsubishi Motors a rejoint en 2016 l'alliance Renault-Nissan, qui leur a permis de mutualiser leurs technologies et leurs productions.

Mitsubishi Motors a rejoint en 2016 l'alliance Renault-Nissan, qui leur a permis de mutualiser leurs technologies et leurs productions.

TORU HANAI

Le Quotidien Numérique

27 juin 2026

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Mitsubishi Motors a décidé lundi de ne finalement pas investir dans Ampere, la filiale électrique et logiciels de Renault. Comme Nissan avant lui, le groupe japonais veut privilégier à la place des collaborations ponctuelles pour se concentrer sur ses propres priorités stratégiques et financières. Le temps des grandes alliances entre constructeurs semble bel et bien révolu.

Mitsubishi Motors n'investira finalement pas 200 millions d'euros dans Ampere, la filiale de Renault consacrée aux voitures électriques. Le groupe japonais a indiqué revenir sur cette promesse dans un communiqué publié lundi soir sur son site Internet.

« Mitsubishi Motors a décidé de ne pas poursuivre son investissement dans Ampere. Le groupe continue de s'engager à explorer les axes potentiels de collaboration, parmi lesquels les véhicules OEM [Original Equipment Manufacturer, fabricant d'équipement d'origine]fournis par Renault et Ampere », a-t-il simplement fait savoir, sans plus de détails.

Fin mars, c'était déjà son compatriote Nissan qui avait annoncé un tel revirement. La somme qu'il devait investir était toutefois trois fois plus importante, 600 millions d'euros. Mais, en accord avec Renault, le constructeur nippon avait décidé de les garder pour mener à bien la restructuration drastique qu'il a engagée — Nissan traverse une période compliquée avec une perte nette qui a atteint 4,1 milliards d'euros en 2024-2025.

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Ampere « n'a pas besoin d'argent frais et garde l'objectif d'être rentable cette année », avait alors assuré le directeur financier de Renault, Duncan Minto. Ce lundi, une porte-parole de la filiale a aussi balayé les conséquences de ce nouveau désistement, affirmant qu'Ampere génère suffisamment de revenus pour appuyer son développement « sans avoir recours au financement de la part d'actionnaires minoritaires ».

Clients plutôt qu'investisseurs

Ainsi, plutôt qu'investisseurs, les deux groupes japonais préfèrent finalement être des clients d'Ampere. Et privilégier des collaborations ponctuelles avec la filiale de Renault plutôt qu'un investissement capitalistique direct, pour garder plus d'autonomie.

Concrètement, Ampere fabrique déjà en France la version électrique de la Nissan Micra, sur la base de sa Renault 5, attendue pour la fin d'année. La filiale de la marque au losange devrait aussi se voir confier la production d'un autre petit modèle électrique pour le compte de Nissan, dérivé de sa Twingo, destiné au marché européen.

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Mitsubishi Motors n'est pas en reste puisqu'il s'appuie sur Ampere pour son petit SUV ASX, qui découle du Renault Captur, et pour sa citadine Colt, cousine de la Clio. Il va en outre prochainement lancer l'Eclipse Cross, un modèle électrique compact issu du Renault Scenic, ainsi que le Grandis, un SUV qui tire son origine du Renault Symbioz.

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Ces désengagements ne sont toutefois pas synonymes de divorce total entre les trois constructeurs, liés par une alliance de longue date. Pour rappel, elle remonte à 1999 entre Renault et Nissan, à laquelle s'est greffé Mitsubishi Motors en 2016, et leur a permis de mutualiser leurs technologies et leurs productions. Elle a été remise à plat fin 2023 et a encore été assouplie fin mars, compte tenu des difficultés de Nissan.

Diversifier les partenaires

Plus globalement, les deux constructeurs japonais souhaitent recentrer leurs efforts sur les marchés qui leur sont plus favorables et garder les mains libres pour nouer des partenariats avec d'autres acteurs. Mitsubishi Motors a ainsi récemment annoncé avoir signé un protocole d'accord avec le géant technologique taïwanais Foxconn. Celui-ci développera pour lui, grâce à sa filiale Foxtron, un modèle de voiture électrique qui sera produit à Taïwan par le groupe automobile Yulon. Sa commercialisation est attendue au second semestre 2026 et démarrera par l'Australie et la Nouvelle-Zélande, l'Asie du Sud-Est étant le marché le plus porteur pour Mitsubishi Motors.

Nissan, de son côté, avait un temps été en pourparlers avec son compatriote Honda pour fusionner et affronter ensemble le crucial virage des voitures électriques. Ils envisageaient même d'y associer Mitsubishi Motors pour mieux négocier encore ce coûteux tournant. Mais les discussions ont pris fin mi-février. Honda, en situation de force, souhaitait transformer Nissan en simple filiale, ce que ce dernier a farouchement refusé.

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Le défi de l'électrique

Si les constructeurs nippons misent autant sur l'électrique, c'est parce que le gouvernement japonais a fait de l'électrification des véhicules son fer de lance ces dernières années. N'hésitant pas à débloquer d'importantes subventions afin de réindustrialiser les batteries au sein de la péninsule. Le pays rêve de créer une rupture technologique majeure, comme sur les véhicules hybrides dont ses constructeurs ont été les pionniers. Mais ils ont pour le moment un train de retard en la matière par rapport à leurs rivaux chinois.

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Reste que l'engouement autour des véhicules électriques semble quelque peu s'essouffler. L'automobile est un secteur actuellement sous pression face au renchérissement des coûts de production, au durcissement des règles environnementales, à l'effritement inexorable des ventes... L'évolution de la demande s'affiche désormais plutôt en faveur des véhicules hybrides compte tenu de l'assouplissement des règles en matière d'émissions carbones et d'objectifs de vente. « Il est vraiment difficile de lire le marché », a reconnu ce mardi le directeur général de Honda, Toshihiro Mibe. Prudence et flexibilité seront probablement clés pour passer la crise.

Agathe Perrier

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