GDF Suez accélère son virage stratégique vers l'Asie

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Après l'Amérique latine et le Moyen-Orient, GDF Suez veut mettre les bouchées doubles en Asie pour profiter de la forte croissance régionale. Une nécessité pour le groupe pénalisé en Bourse par la faiblesse de ses perspectives.

Gérard Mestrallet était omniprésent en fin de semaine dernière à Bangkok. Jeudi matin, le patron du géant de l'énergie GDF Suez participait aux premières sessions de la déclinaison asiatique du World Economic Forum, entouré de ministres indonésiens et thaïlandais. L'après-midi, il réunissait tous les patrons de la zone Asie de son groupe et de sa filiale Suez Environnement, pour une super "business review". Y compris les responsables de la toute nouvelle salle de trading, la troisième du groupe après Paris et Bruxelles, qui va ouvrir cette semaine à Singapour. Vendredi, avant d'aller clôturer le mini Davos asiatique qu'il co-présidait, il a couru inaugurer une centrale à charbon ultramoderne, sur les bords du Golfe de Thaïlande à 220 kilomètres au Sud de Bangkok. Le tout sans avoir l'air le moins du monde incommodé par l'intense chaleur humide qui régnait.

Il est crucial pour le patron de GDF Suez de montrer que le centre de gravité de son groupe se déplace à vitesse grand V vers l'Asie. Le continent a enregistré une croissance de 5 % de son PIB en 2011. Les experts tablent sur une croissance durable autour de 6 % pour les dix pays de l'Asean (hors Chine et Inde) dès 2013 quand l'Europe et les Etats-Unis tourneront laborieusement autour de 2 %. Pénalisé en Bourse depuis des mois par des perspectives jugées atones, GDF Suez a besoin de démontrer sa volonté d'aller capter la forte croissance asiatique.

Un plongeon de 35 % en Bourse depuis un an

Depuis un an, GDF Suez a plongé de 35,6 % en Bourse quand sa filiale à 70 %, le britannique International Power (IP), qui regroupe désormais l'essentiel des actifs internationaux de GDF Suez, a, elle, bondi de 31,15 %. C'est d'ailleurs une des raisons, qui a mené le géant franco-belge de l'énergie à proposer ces dernières semaines 8,4 milliards d'euros pour racheter les 30 % qu'il ne détenait pas dans IP. Avec cette opération, la taille du groupe a d'ores et déjà doublé en Asie Pacifique (avec l'Australie) dans la production d'électricité. Le groupe dispose de 13,2 gigawatts de capacités installées (à titre de comparaison le parc français est d'environ 100 GW) et 25 % supplémentaires sont en construction.

GDF Suez collectionne les premières places dans la région : 1er producteur d'électricité à Singapour avec 30 % de part de marché, 1er producteur privé en Thaïlande, en Indonésie, et au Pakistan avec cependant 10 % seulement du parc des compagnies publiques dominantes. Le potentiel reste immense dans cette zone pour tous les métiers du groupe. "Pour sa production d'électricité, dans les dix ans à venir, l'Asie du Sud Est aura besoin de 300 à 350 GW supplémentaires, soit des investissements de 300 à 350 milliards de dollars. Si les pays veulent alléger le fardeau de la dette publique, ils peuvent renforcer leur recours au secteur privé. Un tiers confié au privé leur permettrait d'éviter une dette de 100 milliards de dollars", martelait sur place Gérard Mestrallet.

L'Inde, la Birmanie, la Mongolie sont désormais ciblés

GDF Suez veut désormais accélérer son développement dans de nouveaux pays ou de nouveaux domaines. En Indonésie, eldorado de la géothermie, le groupe étudie trois gros projets de centrales géothermiques (660 MW en tout). Les premiers forages sont prévus pour le mois d'août. Ce serait, de loin, les plus grandes centrales de ce type opérées par GDF Suez. Le groupe étudie également des projets de centrales hydrauliques au Laos, pour alimenter la Thaïlande. Il vient de répondre à un appel d'offres en Mongolie. "En Birmanie, l'ouverture politique récente offre des possibilités à moyen terme", ajoute Gérard Mestrallet. Même l'Inde, longtemps exclue, fait partie des cibles aujourd'hui, "compte tenu des changements de conditions notamment régulatoires", précise le directeur général adjoint, en charge de la branche Energie International, Dirk Beeuwsaert. "On envisage d'acheter des projets assez près de leur finalisation", précise-t-il. La Chine reste, elle, un pays où la production privée d'électricité n'est pas envisageable, selon lui.

Ce métier de "producteur indépendant d'électricité", dont GDF Suez tient le premier rang mondial en le pratiquant depuis longtemps en Amérique latine et au Moyen-Orient, est particulièrement rentable. Un prix de vente de l'électricité garanti sur le très long terme permet de rémunérer généreusement le financement reposant sur un fort effet de levier. Au Moyen-Orient, cette activité rapporte environ 300 millions d'euros de résultat net, plus que les quelque 200 millions d'euros de bénéfice générés par l'activité GNL du groupe qui est pourtant le 3ème importateur de GNL dans le monde.

60 % des échanges mondiaux de GNL se déroulent en Asie

L'Asie offre également des perspectives alléchantes dans le gaz. "La demande mondiale de gaz va croître de 1,5 à 2 % par an dans le monde d'ici à 2020, elle bondira de 4 % en Asie, dont 7 % pour le GNL, [gaz naturel liquéfié]", affirme le directeur général adjoint de GDF Suez, en charge de la branche Gaz et GNL, Jean-Marie Dauger. Dans cette zone, très friande en GNL car peu équipée ou peu accessible aux gazoducs, GDF Suez a redéployé sa stratégie GNL mise en place, au départ, pour les Etats-Unis. Le gaz de schiste ayant diminué radicalement les besoins américains, le groupe franco-belge a détourné bateaux et investissements en terminaux méthaniers vers l'Asie. Ses livraisons ont cru de 60 % sur place l'an dernier, contre une hausse de 30 % globalement. L'Asie représente aujourd'hui la moitié de ses ventes de GNL aux tiers.

GDF Suez dispose de participations dans de nombreux terminaux de regazéification dans la région, notamment en Inde et en Chine. "Notre partenariat avec le fonds souverain chinois CIC, qui a pris une participation dans notre branche d'exploration et de production de gaz, nous fournit un parrainage commercial très utile dans la région", souligne Jean-Marie Dauger. Le groupe étudie notamment avec le pétrolier chinois CNOOC un projet de terminal flotttant.

Une usine de liquéfaction flottante au large de l'Australie

Dans l'amont gazier, la grande affaire locale du groupe reste le projet Bonaparte, au large de l'Australie. Pour exploiter des permis gaziers offshore prometteurs mais trop loin des côtes pour construire un gazoduc, GDF Suez envisage de construire une usine flottante de liquéfaction, une structure dont Shell est en train de construire le premier exemplaire au monde. Un projet de 7 à 8 milliards de dollars, pour lequel le groupe cherche actuellement des partenaires. La décision finale d'investissement est prévue pour 2014.

GDF Suez mise aussi sur l'essor des services à l'energie. "Cette région n'a pas d'autres choix aujourd'hui de se lancer, comme l'Europe il y a 10 à 15 ans, dans des programmes d'efficacité énergétique", estime le PDG de Cofely Asia, Pierre Cheyron. Enfin, GDF Suez s'appuie également en Asie Pacifique sur la forte présence historique de sa filiale Suez Environnement, qui fournit des services de gestion de l'eau et des déchets à plus de 14 millions de personnes en Chine où elle est présente depuis 30 ans. En Australie, Suez Environnement facture un milliard d'euros par an pour ces services.

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