Nucléaire franco-chinois: les clés pour comprendre le double jeu d'EDF
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La moutarde est visiblement montée au nez du ministère de l?Economie. Selon le Canard enchaîné de mercredi, l?Inspection générale des finances (IGF) a ouvert une enquête sur la manière dont EDF a négocié un projet d?accord avec son homologue chinois CGNPC pour la construction commune d?une nouvelle centrale. L?objectif ? Faire la lumière sur des informations embarrassantes concernant de possibles transferts de technologie, lesquels pourraient notamment s?avérer préjudiciables pour Areva.
? En avril 2010, un projet d?accord entre EDF et CGNPC
D?après le Nouvel Obs, un protocole d?accord aurait été signé le 29 avril 2010 entre le patron d?EDF, Henri Proglio, et He Yu, le président de CGNPC (China Guangdong Nuclear Power Holding Corporation). Le projet de partenariat porte sur l?association du groupe chinois à la "conception" de centrales nucléaires, ainsi qu?une "fourniture de technologie". L?information, révélée fin janvier 2012 -soit en pleine campagne présidentielle et sur fond de défense du "made in France"-, fait l?effet d?une bombe. Jean-Marc Ayrault (alors député de la Manche) et son homologue socialiste Bernard Cazeneuve (député de Loire-Atlantique) se fendent alors d?une lettre à Matignon : ils s?inquiètent pour l?avenir de la filière de l?atome, et pour la place d?Areva dans ce partenariat. Le groupe "sera-t-il placé par son propre gouvernement en situation de concurrence face à une entreprise publique chinoise?", demandent-ils. Le projet sera finalement retoqué par le gouvernement Fillon.
? Le cavalier seul d?EDF
Même s?il s?est fait tirer l?oreille, il semble que l?électricien français ait voulu poursuivre ses négociations en solo avec CGNPC. En septembre, le Nouvel Obs révèle que les deux groupes étaient prêts en avril dernier à signer un "accord cadre". Il précise qu?EDF envisageait la conception conjointe d?un réacteur de 1.000 mégawatts (contre 1.600 pour l?EPR), lequel concurrencerait directement l?Atmea développé par Areva et Mitsubishi dans la même gamme. Le gouvernement Fillon s?oppose une nouvelle fois à cet accord, qui fait état d?importants transferts de technologie. Dans cet accord cadre, EDF se dit notamment prêt à aider CGNPC à devenir un de ses fournisseurs de "gros composants", de "maintenance" et d? "ingénierie". A ce moment-là, l?électricien français répond simplement que ce projet d?accord a été présenté à ses administrateurs, qui l?ont boudé. La nouvelle surprend d?autant plus que dans le même temps, Areva et EDF négociaient également ensemble avec le groupe chinois.
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? Un nouvel accord tripartite en octobre 2012
Le 19 octobre 2012, un accord tripartite est finalement signé entre Areva, EDF et CGNPC. Toutefois celui-ci demeure ultra-confidentiel. Aucun communiqué n?est publié. Du côté des syndicats, l?inquiétude s?élève concernant de possibles transferts de technologie. Secrétaire CFDT du comité de groupe européen d?Areva, Maureen Kearney monte au créneau. Elle demande la communication de l?accord et menace de mener une action en justice. Mais Luc Oursel, le patron d?Areva, s?y refuse.
? Une agression qui fait jaser
Alors qu?elle allait justement saisir la justice, Maureen Kearney est agressée le 17 décembre, chez-elle. Selon Libération, l?agresseur qui a bâillonné, ligoté et menacé la syndicaliste a dessiné un "A" sur la victime. Un "A" comme Areva? Dans l?entourage de la déléguée syndicale, on estime que des "éléments [?] de l'agression établissent un lien quasi direct" avec le spécialiste de l?atome.
? Une enquête de l?Inspection générale des finances
Mercredi, le Canard enchaîné révèle que l?IGF a ouvert une enquête visant Henri Proglio, concernant le premier accord (non signé) avec CGNPC. Le lendemain, selon l?AFP, qui cite des sources gouvernementales, le patron d?EDF serait dans la ligne de mire de l'Etat, premier actionnaire du groupe. Le gouvernement souhaiterait notamment le débarquer après les résultats annuels, fin février ou début mars. Il serait alors remplacé par Guillaume Pépy. Mais de son côté, le président de la SNCF a assuré vendredi sur France 2 qu?il n?était "candidat à rien" et "pressenti pour rien".
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