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ClimatEnergie & Environnement

Retour sur le CES 2019 : à Las Vegas, du concret pour ménager la planète

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 20 janvier 2019 à 07:00 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:03

Solar Cow

Une installation en forme de cache pour recharger les portables, proposée par Solar Cow aux ruraux des pays pauvres... qui scolarisent leurs enfants.

Yolik

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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Parmi des centaines d'innovations liées à la santé, à la sécurité et aux transports futuristes, présentées la semaine dernière au CES, elles étaient quelques-unes à viser d'abord la sobriété énergétique.

Les jeunes pousses françaises se révéleraient-elles plus vertes ? La French Tech a en effet trusté quatre des sept prix Climate Change Innovators décernés pour la deuxième année consécutive par la CTA (Consumer Technology Association) aux startups prenant le mieux en compte l'enjeu climatique. Mais, à l'instar des lauréats, et parmi la débauche d'innovations plus ou moins dispensables (pour la plupart énergivores et boulimiques de métaux rares), quelques exposants semblaient aussi se soucier un tant soit peu du bénéfice apporté par leurs inventions en matière d'efficacité énergétique. La smart home (maison intelligente) était particulièrement à l'honneur cette année dans les travées de Las Vegas. La plupart des innovations étaient de fait liées à la sécurité et, plus largement, à la gestion de son pas-de-porte, avec une multitude de « portiers » connectés et de serrures intelligentes.

Le confort thermique n'était pas en reste. Cette année, Netatmo dévoilait sa sonnette connectée, permettant via son smartphone de visionner à distance toute présence à sa porte (livreur Amazon ou personnage malintentionné), le cas échéant d'échanger avec le visiteur, voire, à terme, de lui ouvrir la porte grâce à une serrure connectée. Le français, racheté par Legrand en novembre 2018, s'est d'abord fait connaître pour son thermostat connecté dessiné par Starck. Pilotable à distance, ce dernier peut être associé à des chaudières, à des radiateurs électriques de la marque Muller et même à des fenêtres de toit Velux, dont les persiennes et le cadre s'entrouvrent au gré des conditions extérieures (humidité, luminosité, température), afin de maintenir dans le logement la température programmée.

Des solutions pour rationaliser la consommation d'énergie

Tous ces produits seront à terme compatibles avec les outils d'assistance vocale Alexa, d'Amazon, Google Home ou Apple - l'assistance vocale devenant un élément incontournable de la smart home. « Cela aide le consommateur à comprendre l'intérêt des applis connectées », reconnaît le fondateur de Netatmo, Fred Potter. Avant tout présentées sous l'angle du confort, ces solutions n'en contribuent pas moins à lisser et à limiter la consommation d'énergie dans le logement. D'autres visent plus directement cet objectif. C'est le cas de la startup Lancey, lauréate du Best of CES Innovation Awards, en 2018, pour ses radiateurs intelligents et connectés, équipés de batteries permettant de stocker l'électricité en heures creuses et de la réinjecter dans le circuit de la maison pour alimenter les autres appareils électriques, notamment pendant les pics de consommation.

Ces radiateurs, qui favorisent aussi l'utilisation d'électricité verte et l'autoconsommation, sont connectés à un système de gestion de l'énergie sur le cloud. En analysant les informations de leurs capteurs, ils s'adaptent aux habitudes des occupants, à la météo... et optimisent leur fonctionnement en économisant jusqu'à 50 % sur la facture de chauffage, qui pèse de 50 % à 70 % de la consommation d'énergie pour le tiers des ménages français se chauffant à l'électricité.

Des batteries de vélos électriques recyclées dans les radiateurs

Nouveauté de cette année : le radiateur utilise la seconde vie des batteries usagées. En l'espèce, Lancey récupérera 20000 batteries de vélos électriques de La Poste. « Cette solution est particulièrement adaptée à l'évolution de la réglementation des bâtiments », observe son jeune fondateur, Raphaël Meyer. En effet, à compter de 2020, celle-ci ne tiendra plus seulement compte de la consommation d'énergie au mètre carré, mais aussi du bilan carbone des bâtiments. Et, dans ce cas, on considère que les émissions liées à la fabrication de la batterie ont été amorties pendant sa première vie.

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Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

Illustration de la newsletter Climat & environnement

A l'échelle des villes, le poste d'économies le plus facile à attaquer se situe au niveau de l'éclairage public, qui représente la moitié de la facture électrique. Le remplacement des lampes à incandescence par des LED permet déjà de diviser la consommation par huit, une performance encore améliorée par des capteurs de présence. Avec son système hybride (solaire et secteur), Lumi' iN, à l'origine spécialisé dans les lampadaires solaires destinés aux pays du Sud, vise désormais aussi les villes européennes. Connectée et adaptable à tout type de lampadaire, sa batterie intégrée et son panneau solaire permettent de réduire jusqu'à 90 % la facture de l'éclairage public, ce qui lui a valu d'être désigné Climate Change Innovator.

Au-delà de leur efficacité énergétique, ces lampadaires connectés peuvent devenir des maillons essentiels de la smart city, notamment en y greffant des applications basse tension, telles que des capteurs de mouvement, de pollution, de fumée, des chargeurs de smartphones, des extensions wi-fi ou 4G. Le lampadaire Lumi' iN a été labellisé GreenTech par le ministère français de l'Écologie pour sa capacité à collecter des données. « La mairie de Las Vegas vient de nous demander si l'on disposait de la détection de fusillade », témoigne son fondateur, François Vaute, qui évoque un brevet détenu par la filiale d'EDF, Citelum.

InteliLight, développée par la startup roumaine Flashnet, l'une des 20 solutions présentées sur le stand d'Engie - qui l'a rachetée récemment -, propose des fonctions similaires. Se présentant comme un « enabler » (facilitateur) d'applications pour la smart city, elle opère déjà comme intégrateur dans une ville roumaine et est actuellement en discussion avec des collectivités belges. Toujours sur le stand d'Engie, Livin' est un logiciel destiné aux gestionnaires d'infrastructures urbaines. Entre autres applications, il accompagne les mesures de diminution de la pollution à Bari (Italie), de fluidification du trafic dans des villes brésiliennes, ou encore aide les automobilistes à trouver une place de parking à La Baule.

En attendant les taxis volants...

« 30 % du trafic automobile en ville correspond à des gens en train de chercher une place », rappelle Pierre-Julien Harbonnier, fondateur de Parkki, qui propose aux gestionnaires de parkings des solutions permettant une supervision en temps réel de leurs espaces de stationnement en voirie, en parking fermé, en ville, sur les parkings d'entreprises, dans les centres commerciaux, etc., et une fluidification du trafic. Contrairement à ce que pourrait laisser croire ce CES placé sous le signe des véhicules du futur, la mobilité de demain ne se résume pas à l'avènement à plus ou moins long terme du véhicule autonome et encore moins du taxi volant présenté par Bell et Uber.

Le déploiement d'infrastructures de recharge de véhicules électriques, notamment à hydrogène, suscite également l'innovation. Atawey propose ainsi des stations de petite taille permettant de recharger jusqu'à cinq véhicules par jour. « Nous sommes leader européen sur ce segment de marché, qui, par un maillage plus fin, complète parfaitement les stations de grande taille », précise son président, JeanMichel Amaré. Atawey participe aux côtés d'Engie, de Michelin et de la région Auvergne-Rhône-Alpes au projet « Zero Emission Valley », qui prévoit le déploiement de 20 stations autour de Chambéry, et travaille également à la livraison du « dernier kilomètre » dans le cadre du projet « Last mile », avec le producteur indépendant d'énergie renouvelable Akuo, JC Decaux et Galeries Lafayette.

Charge & Go, solution développée par Engie, a vocation à récupérer, en partenariat avec les villes, les surplus d'électricité inutilisés pour alimenter des flottes de véhicules électriques. « Adaptée à tous les types de réseaux, donc de pays, et à tous les types de batterie, donc de constructeurs ou d'opérateurs de bus », comme le précise le directeur de l'innovation d'Engie, Hendrik Van Asbroeck, Charge & Go fournit déjà 150 bus à Santiago du Chili et travaille sur un projet pilote à Aix-enProvence.

Équilibrer ou supprimer les réseaux

En dé-zoomant au-delà de la ville, on trouvait aussi à Las Vegas des solutions destinées à équilibrer le réseau et à lui permettre d'intégrer de plus en plus d'énergies renouvelables intermittentes. Grâce à leur capacité de stockage, les radiateurs Lancey (voir plus haut) peuvent participer à l'« effacement électrique » : en décalant la consommation dans le temps, ils permettent de la lisser afin de passer plus facilement les pointes. Kiwi Power, startup britannique partenaire d'Engie, se targue de proposer des solutions d'effacement « B to B » à base de batteries, à un coût cinq fois moins important que ses concurrents, grâce à un produit développé en interne. Ses clients sont de gros consommateurs d'énergie (unités de pompage d'eau, fabricants de verre, hôpitaux, data centers, etc.) dotés d'équipements de flexibilité à forte inertie (réfrigérateurs, fours, solutions de secours au fioul...). « Grâce à nos prix bas, nous pouvons travailler avec des clients de taille modeste, voire avec des particuliers », précise son représentant.

Engie EPS, lui, est spécialisé dans les systèmes de stockage et les micro-réseaux, particulièrement adaptés aux zones insulaires. « Nous sommes à même de stocker toutes les énergies, sur tous types de supports », précise Hendrik Van Asbroeck, qui souligne qu'EPS envisage, entre autres, d'utiliser des batteries d'occasion. Enfin, même si cette population est très éloignée de son coeur de cible, le CES abritait néanmoins quelques jeunes pousses ayant vocation à fournir une énergie propre au 1,5 milliard de personnes dans le monde encore totalement privées d'accès à quelque énergie que ce soit, à l'exception d'équipements très polluants, et onéreux, au charbon ou au kérosène. Le français GoSun (également désigné Climate Change Innovator) a développé un système de cuisine solaire portable, aussi bien destiné aux campeurs qu'aux villageois non connectés au réseau.

Pour inciter les habitants des zones rurales des pays pauvres d'Afrique et d'Asie à scolariser leurs enfants, les fondateurs coréens de Solar Cow ont eu l'idée de leur offrir une batterie portable pour leurs petits appareils électriques, notamment leur téléphone. Pour la recharger gratuitement, leurs enfants doivent se rendre à l'école, où sont installés des panneaux solaires. L'entreprise, qui a noué un partenariat avec une école au Kenya, tire son nom de son design, les batteries apportées par les enfants ressemblant à s'y méprendre au pis d'une vache (voir page 18)... Fenix international, dans le giron d'Engie, présente des systèmes solaires prépayés pour le hors réseau en Afrique. Le « pay as you go » permet aux clients de régler par téléphone l'électricité solaire produite par les panneaux placés sur leur toit, à partir de 15 centimes par jour. La startup, d'origine californienne, compte 200 000 clients en Ouganda, où elle a transféré son siège social.

« Grâce à la relation que nous avons développée avec nos clients, nous pouvons leur proposer d'autres formes de crédits, par exemple pour régler les frais scolaires de leurs enfants », témoigne son représentant. Autre solution adaptée aux pays en développement : celle de Homebiogas, tout d'abord destinée aux maisons occidentales, qui transforme en trois semaines les déchets organiques en gaz de cuisson et en engrais liquide. Implantée en Afrique de l'Est, elle permet à une famille totalement déconnectée du réseau d'abandonner des modes de cuisson polluants comme le charbon. Actuellement vendu 300 dollars, l'équipement s'achète aussi en deux ans en leasing. « Les versements mensuels ne dépassent pas le coût du charbon qu'ils utilisaient auparavant », affirme Oshik Efrati, qui vise une baisse des coûts de production grâce à des économies d'échelle.

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Ensemble, les deux structures proposent des solutions couplées électricité-gaz à des familles rurales africaines. Ces innovations de niche pourraient gagner du terrain dans les prochains CES, ne seraitce que pour élargir, à terme, le marché et proposer des produits plus sophistiqués.

Dominique Pialot

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