Biodiversité : en écho au plan Hulot, 65 entreprises s'engagent

 |   |  978  mots
Le ministre de la Transition écologique et solidaire a laissé planer la menace de mesures réglementaires si celles volontaires ne devaient pas suffire.
Le ministre de la Transition écologique et solidaire a laissé planer la menace de mesures réglementaires si celles volontaires ne devaient pas suffire. (Crédits : DR)
Dix engagements communs et 427 engagements individuels ont été présentés le 10 juillet dans le cadre d'une démarche promue par l'association Entreprises pour l'environnement. Volontaires et rarement assortis d'échéances précises ou d'objectifs mesurables, elles représentent néanmoins une nouvelle dynamique, a reconnu Nicolas Hulot, tout en soulignant sa détermination à aller plus loin.

Lors de la présentation de son plan interministériel pour la biodiversité, le 4 juillet, le ministère de la Transition écologique et solidaire avait insisté sur la philosophie qui le sous-tend : rassembler l'ensemble des acteurs autour d'une cause jusqu'à présent négligée. Le 10 juillet, le monde économique a voulu montrer qu'il a reçu le message. Lors d'une cérémonie hébergée par la fondation GoodPlanet de Yann Arthus-Bertrand, les patrons de 65 entreprises de toutes tailles et tous secteurs ont présenté leurs engagements volontaires, afin d'intégrer la protection de la biodiversité dans leurs activités.

Initiée par l'association Entreprises pour l'environnement (Epe), la démarche, dénommée "act4nature", a rencontré les derniers mois un succès plus grand qu'espéré, a expliqué Jean-Dominique Senard, président d'Epe, en avouant qu'au départ il comptait sur une petite vingtaine d'adhésions. Des partenariats avec divers réseaux d'entreprises, dont l'Afep et le Medef, y ont sans doute contribué. Des institutions scientifiques (notamment le Museum national d'histoire naturelle), des ONG environnementales (France nature environnement, la Fondation pour la nature et l'homme, le WWF, etc.) ainsi que l'Agence française pour la biodiversité ont aussi été associées afin d'éviter les pires dérives du greenwashing.

Actions anciennes et nouvelles

Dix engagement communs ont ainsi été souscrits par toutes les entreprises adhérentes, allant de l'intégration de la biodiversité dans la stratégie d'entreprise à la sensibilisation des collaborateurs, en passant par le dialogue avec les parties prenantes, le développement "en priorité" de solutions fondées sur la nature, la recherche "d'au moins une absence de perte nette" voire "d'un gain net de biodiversité". Des exemples d'actions, parfois déjà en cours depuis plusieurs années, parfois nouvelles, et plus ou moins assorties d'échéances précises et d'objectifs mesurables, sont venues illustrer ces positions communes.

Ainsi, BNP Paribas s'engage à éliminer la déforestation de son portefeuille avant 2020, en exigeant "de ses clients des secteurs de l'agriculture, de l'huile de palme, de la pâte à papier et de l'extraction minière de protéger strictement les forêts à hautes valeurs de conservation" ou "à haute teneur en carbone". À la même échéance, le promoteur Icade vise 25% de ses nouvelles constructions en biodiversité positive. Encore en 2020, Antalis, leader européen de la distribution de papier et de solutions de communication et d'emballage, compte, grâce à une plateforme dédiée, garantir la traçabilité et la soutenabilité de 85% de son approvisionnement en produits fibreux. Et Primagaz, qui applique déjà un prix interne du carbone pour ses plans d'investissement, veut y associer dès cette année dès règles en matière de biodiversité.

Un "patchwork non homogène"

Total s'est, pour sa part, limité à rappeler qu'il ne conduit pas d'activité d'exploration ou d'extraction dans le périmètre des sites naturels inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco, ni en zone de banquise arctique, tout en promettant des études sur des modalités de compensation de ses activités de transformation de l'huile de palme. Bayer, qui vient de terminer sa fusion avec Monsanto, a insisté sur sa volonté de transparence, incarnée par un site listant les études sur la sécurité de produit, ainsi que sur l'intention d'accélérer ses programme de recherche et développement en matière de génétique, et de solutions de biocontrôle afin de remplacer les produits phytosanitaires. Au total, 427 engagements individuels sont ainsi venus s'ajouter aux dix collectifs.

Ce "patchwork non homogène" n'est qu'un premier pas, a reconnu Jean-Dominique Senard, estimant toutefois qu'il ne permet désormais aucun retour en arrière. L'élan doit notamment inciter désormais les entreprises à participer activement aux rendez-vous prévus d'ici 2020 : la tenue en France en 2019 de la séance plénière de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) et d'un G7 présidé par Emmanuel Macron puis, l'année suivante, du 7e Congrès mondial de l'Union internationale pour la conservation de la nature, et enfin la COP15 de la Convention sur la diversité biologique en Chine. L'objectif de l'Epe est également "d'exercer une forme d'influence à l'international".

Hulot "moins seul"

« J'ose espérer que votre engagement va au-delà du simple verdissement de la communication », a réagi Nicolas Hulot en fin de cérémonie, tout en reconnaissant l'émergence d'une nouvelle dynamique et en promettant de l'accompagner.

« Les ONG et les citoyens seront là pour en mesurer les résultats, comme d'ailleurs ceux de mon plan », a-t-il souligné.

Le ministre a néanmoins insisté sur la nécessité d'aller plus loin sur certains sujets au centre du plan interministériel mais négligés par les entreprises, en laissant planer la menace de mesures réglementaires si celles volontaires ne devaient pas suffire. Il a notamment rappelé vouloir "organiser un dialogue" avec les entreprises responsables de l'aménagement du territoire afin de définir une échéance de l'objectif "zéro artificialisation des sols", ainsi que la nécessité de revenir en arrière sur la présence systématique de supermarchés dans les périphéries des villes. Il a aussi insisté sur la nécessité de contribuer à l'objectif "zéro plastique rejeté en mer".

Convaincu de l'importance de substituer à la logique de compensation une approche de résilience, le ministre a enfin insisté sur la nécessité de créer rapidement des outils permettant de mesurer l'empreinte de toutes les entreprises - un enjeu d'ailleurs mis en avant par de nombreux adhérents d'act4nature. Les perturbateurs endocriniens, le glyphosate, les néonicotinoïdes sont autant d'autres sujets que Nicolas Hulot a promis de traiter avec "grande détermination", tout en admettant :

« Je me sens un peu moins seul aujourd'hui ».

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 12/07/2018 à 11:49 :
"Les perturbateurs endocriniens, le glyphosate, les néonicotinoïdes sont autant d'autres sujets que Nicolas Hulot a promis de traiter avec "grande détermination"": Mais c'est très bien tout cela; reste seulement à s'assurer de regarder les données avec un esprit ouvert, et surtout détaché de négationnisme scientifique trop présent dans la communauté écolo. Cela nous changera..et surtout permettra de nous recentrer sur les problèmes importants.
a écrit le 12/07/2018 à 8:36 :
Une chose est certaine est que si on recyclait les milliards de tonens de paroles déversées par nos politiciens et nos hommes d'affaires dépensées à promettre et bavasser toute la journée et qu'on pouvait le transformer en énergie le pays serait tranquille pour le reste de sa vie.

Agissez au lieu de bavasser, il y a urgence, merci.

Le néolibéralisme où quand les hommes d'affaires sont devenus aussi bavards que les politiciens et les politiciens aussi avides que les hommes d'affaires.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :