Fusion Monsanto-Bayer : quand les synergies comptent plus que la réputation

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Pour Bayer, l'acquisition de Monsanto, la plus importante de son histoire, est loin d'être anodine. Au total, elle lui coûte environ 63 milliards de dollars (54 milliards d'euros).
Pour Bayer, l'acquisition de Monsanto, la plus importante de son histoire, est loin d'être anodine. Au total, elle lui coûte environ 63 milliards de dollars (54 milliards d'euros). (Crédits : Brendan McDermid)
Bayer, futur acquéreur de Monsanto, a annoncé que la transaction annoncée en 2016 sera clôturée le 7 juin. Face à la mauvaise réputation de l'Américain, le groupe allemand de pharmacie et d'agrochimie a décidé d'en supprimer le nom. Il attend néanmoins une "valeur importante" de la fusion.

Retentissante, la nouvelle n'est pas pour autant surprenante. Bayer, futur acquéreur de Monsanto, a annoncé ce lundi 4 juin son intention de supprimer le nom du géant américain des OGM et des pesticides.

« La nouvelle entreprise conservera le nom Bayer », a déclaré dans un communiqué le groupe allemand de pharmacie et d'agrochimie. « Les produits issus de l'acquisition (tels que les semences de maïs et colza Dekalb et celles potagères Seminis ou De Ruiter, NDLR) conserveront leurs noms de marque et feront partie du portefeuille de Bayer », a-t-il précisé.

La décision concernant le destin du nom du colosse américain, planétairement honni pour sa production dans le passé de l'agent orange, herbicide utilisé comme arme chimique par l'armée américaine lors de la guerre du Vietnam, et aujourd'hui d'OGM et glyphosate, intervient juste au moment où Bayer, qui avait rendu publique son intention d'acquérir Monsanto en 2016, s'approche enfin de la clôture de l'opération.

"Suite à l'obtention de toutes les approbations nécessaires des autorités de la concurrence (30, NDLR, dont le 29 mai celle américaine), Bayer prévoit de conclure l'acquisition de Monsanto le 7 juin", ajoute le communiqué.

L'intégration de Monsanto au sein de Bayer devra alors seulement attendre la finalisation des cessions demandées par les autorités de la concurrence : au total, 7,6 milliards d'euros d'actifs de Bayer dans l'agriculture vendus à Basf - essentiellement hors de France. Elle est prévue "dans un délai de deux mois environ".

Une étape stratégique essentielle

Pour Bayer, cette acquisition, la plus importante de son histoire, est loin d'être anodine. Au total, elle lui coûte environ 63 milliards de dollars (54 milliards d'euros), "en
prenant en compte la dette en cours de Monsanto au 28 février 2018". Pour la financer, le groupe a dû recourir à une combinaison de capitaux propres et de transactions d'emprunt. À cela s'ajoutent les défis à venir : la méfiance de l'opinion publique et l'intégration de quelque 30.000 salariés (15.000 pour Monsanto et 15.000 pour les activités agricoles de Bayer) aux cultures profondément différentes.

Si le groupe allemand s'est lancé dans l'aventure, c'est donc car il y voit "une étape stratégique essentielle". L'objectif est notamment de réaliser une synergie permettant à la nouvelle entreprise de contrôler toute la chaîne agricole, grâce à la puissance de Bayer dans le segment des pesticides, notamment en Europe et en Asie, et à celle de Monsanto sur les marchés des semences et des herbicides, en particulier dans le continent américain. Après la fusion, Bayer, qui aura doublé ses activités agricoles, détiendra 20% du marché global (semences et phytosanitaires), devant Syngenta (15%) et Dow-Dupont (15%).

Des plantes moins consommatrices de produits phytosanitaires

Le renforcement des capacités de recherche et de développement issu de la fusion est aussi mis en avant : elle permettra de "créer un moteur d'innovation de premier plan en agriculture, avec un investissement (cumulé, NDLR) en R&D d'environ 2,4 milliards d'euros en 2017", souligne le communiqué. De ce point de vue aussi, les synergies sont fondamentales. La création de semences de plantes peu consommatrices d'eau et d'intrants est sans doute une importante opportunité de marché face à l'augmentation de la population mondiale et des crises de production agricole liées au dérèglement climatique. Conjuguée à l'agriculture de précision, que Monsanto développe via The Climate Foundation, et dans laquelle Bayer fait aussi ses premiers pas, elle devrait également permettre, à terme, une utilisation plus modérée des produits phytosanitaires, si ce n'est pas leur remplacement.

C'est pourquoi Bayer, dont la moitié du chiffre d'affaires viendra désormais du secteur agricole, attend "une valeur importante" de la fusion, notamment "une contribution positive au bénéfice par action à compter de 2019" laquelle, "à partir de 2021, devrait atteindre un pourcentage à deux chiffres", ainsi que, à partir de 2022, "des contributions annuelles à l'EBITDA de l'ordre de 1,2 milliard de dollars avant éléments spéciaux".

Pas d'alternatives au glyphosate avant 8 ans

Si Bayer estime que les agriculteurs sont positivement attachés aux marques des produits de Monsanto, il est toutefois conscient que la suppression du nom de la société américaine ne suffira pas à elle seule à résoudre le problème de réputation qui l'accompagne. « Cela demandera un travail de fonds, du temps et des preuves », admettait il y a quelques jours le président France de Bayer Frank Garnier, lors d'un déjeuner de presse auquel La Tribune a assisté. Bayer, qui en termes de réputation subit encore les conséquences de la production pendant la Deuxième Guerre mondiale d'un insecticide utilisé dans les chambres à gaz par les nazis, le Zyklon B, affirme aujourd'hui "maintenir les normes les plus élevées en matière d'éthique et de responsabilité" et être attaché à la transparence.

Ainsi, sur le dossier probablement le plus urgent de ce point de vue, celui du glyphosate contenu dans le Roundup, herbicide phare de Monsanto, Bayer, contrairement à ce qu'a fait en septembre 2017 l'Américain, "ne refuserait pas une invitation devant le Parlement européen", soulignait Franck Garnier. L'entreprise compte au contraire publier prochainement l'ensemble des études menées dans la matière dans son site consacré à la transparence cropscience-transparency.bayer.com, lancé fin 2017. Il envisage également de proposer à Bruxelles "de reconduire toutes les évaluations à partir de zéro", dans l'espoir d'obtenir, à l'issue de la nouvelle période de cinq ans pendant laquelle la Commission européenne a ré-autorisé en novembre 2017 l'herbicide, au moins "des dérogations pour de nouveaux usages".

« L'agriculture de précision pourrait un jour permettre d'en utiliser des doses infinitésimales », observe Franck Garnier. « Avant 8 à 10 ans », toutefois, trouver des alternatives concurrentielles à un produit « efficace, pas cher et sur le marché depuis 40 ans » ne sera pas possible, estime le président. Une manière de souligner que la promesse d'Emmanuel Macron d'interdire en France le glyphosate "au plus tard dans trois ans" laisserait les agriculteurs sans solutions. L'Assemble nationale vient d'ailleurs de rejeter des amendements visant à la graver dans la loi agriculture et alimentation... sous la pression des lobbies, dénoncent nombre d'ONG.

Lire aussi : Bayer-Monsanto: pourquoi la fusion inquiète

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Commentaires
a écrit le 04/06/2018 à 23:51 :
Il y a deux évidences dans cette question du glyphosate: le première est la très grande difficulté de trouver un produit capable de le remplacer: il suffit de s'interroger sur les efforts colossaux de tous les grands groupes de l'agrochimie qui auraient rêvé de trouver un concurrent à ce produit, et ce depuis plus de vingt ans; et évidemment, la recherche publique ne dispose ni de l'expertise, ni des moyens, de le faire. La deuxième évidence est de croire que la position française, voire européenne, va être suivie par l'ensemble du monde. Et pourquoi les USA, l'Argentine, l'Afrique du Sud, le Brésil.. le feraient? Pour des raisons de santé ou environnementales? Toutes les agences du Monde ont des positions qui vont à l'encontre de la position du Circ, et au surplus, les avantages environnementaux des technologies OGM+glyphosate des techniques no-till, sur les consommations énergétiques, sur le remplacement herbicides plus problématiques comme les sulfonylurées en soja, sont tels que jamais personne, sauf des négationnistes scientifiques, n'aura jamais la mauvaise idée de suivre les ultras français.. La France se fourvoie, se coupe des innovations, détruit ses avantages compétitifs (nous avions de très grands groupes semenciers dont les politiques sur les pression des verts ont bloqué le efforts de recherche), et pire, veut développer un système agricole qui augmentera les risques alimentaires (détruire les filières par les circuits courts est suicidaire, et les produits phytosanitaires participent évidemment à la gestion du risque alimentaire). il faut revenir à la raison, mais la politique de communication est quasi impossible. Le pays de Descartes s'est perdu..
a écrit le 04/06/2018 à 20:53 :
boycott total de bayer sur tous ses produits, seule alternative à la destruction des essaims, de la flore et de la faune.
a écrit le 04/06/2018 à 14:53 :
Ne plus utiliser de glyphosate n'est pas toujours censé être en le remplaçant par un autre produit d'ici 8 ans mais changer de méthodes, techniques, planter plus tôt pour devancer les mauvaises herbes, etc etc mais ça rend les solutions aussi nombreuses que de contextes (et surcoût éventuel). La SNCF va-t-elle désherber les voies à l'eau surchauffée ? ...

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