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Déchets: et si pour faire évoluer le tri l'argument du civisme ne suffisait pas?

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 16 novembre 2017 à 06:12 - Mis à jour le 16 novembre 2017 à 09:52

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La transformation d'un objet en déchet dépend d'abord de sa perception, sur laquelle l'engagement écologique a peu d'impact. C'est ce que laisse entendre un rapport publié mardi, à la veille de la Journée mondiale du recyclage. Au moyen de l'ethnographie, de l'anthropologie et de la sociologie, cette étude explore les comportements de tri et révèle que les motivations réelles sont bien plus complexes que les habituelles justifications.

Depuis les années 1980, pour inciter les individus à trier leurs déchets, l'écologie et la philosophie du partage sont le fer de lance des campagnes de communication. Mais sont-ils véritablement les plus efficaces? Une recherche menée de manière indépendante par le cabinet de conseil en stratégie et innovation Unknowns, et rendue publique mardi 14 novembre, bien qu'au titre de simple "travail exploratoire", insinue le doute. En utilisant l'ethnographie, l'anthropologie et la sociologie -en dehors de toute analyse quantitative- pour décortiquer la notion de "déchet", elle révèle des motivations des comportements de tri bien plus complexes que leurs justifications, et que la simple valorisation sociale du geste de tri ne suffit pas à briser.

Le mot "déchet" n'est qu'une qualification

En partant du constat que, dans la nature, tout a une deuxième utilisation, l'étude, menée par le sociologue et ethnologue Marc-Antoine Morier, s'est penchée sur les facteurs qui transforment dans le regard des individus un objet en déchet. Vingt entretiens semi-directifs assortis d'observations des lieux de vie des personnes interrogées, choisies pour la diversité de leurs profils et de leurs attitudes vis-à-vis du recyclage, a permis d'en identifier trois, qui influencent directement le destin d'un objet face à la poubelle.

Le premier est la place qu'une chose peut encore occuper dans le présent et le futur d'un l'individu: dès qu'elle n'appartient qu'au passé, elle sera jetée. Le deuxième facteur est la place, physique et symbolique, que l'objet occupe dans l'espace de vie: s'il n'en trouve pas, il devient plus rapidement un déchet. Le troisième est la perception de la propreté, influencée par les normes d'hygiène collectives et individuelles: ainsi, pour les plus intransigeants, tout ce qui tombe par terre peut se retrouver destiné à la poubelle, alors que des bouteilles en verre normalement triées peuvent rejoindre les ordures ordinaires lorsqu'elles contiennent des mégots de cigarettes...

L'argument écologique est trop éloigné

C'est donc sur ces trois facteurs qu'il faut agir pour enclencher le mouvement inverse, et retransformer les déchets en objets, prône le cofondateur d'Unknowns Henri Jeantet, qui espère se servir de son étude pour inspirer des acteurs du recyclage voire des entreprises en mesure d'offrir des solutions commerciales. Si l'argument écologique est sans doute invoqué par la catégorie des déjà 'convaincus' du tri, il est en effet "trop éloigné" pour convaincre les 'intermittents', qui trient plus ou moins en fonction de la pression sociale et des contraintes, et encore moins les récalcitrants, qui utilisent les défauts des dispositifs de tri pour justifier des comportements surtout motivés par leurs propres perceptions, explique-t-il, avant de résumer:

"Il faut revenir à l'individuel proche."

La première stratégie serait en ce sens de restituer leur avenir, et ainsi leur valeur, aux objets, idéalement sous forme monétaire:

"Nous avons abandonné le meilleur système de recyclage, la consigne",regrette Henri Jeantet, pour qui les dispositifs de rétribution du geste de tri par des bons d'achat pourtant existants ne sont pas encore assez connus et accessibles.

Devoir casser les bouteilles incite à trier

La restitution de valeur peut toutefois aussi passer par le recyclage, à condition de simplifier et uniformiser le langage et les dispositifs, afin de délégitimer les arguments de justification. Et sans oublier que plus la transformation est proche et concrète, plus elle donne envie: ainsi, la nécessité de casser les bouteilles en verre dans les colonnes situées sur la voie publique serait l'un des facteurs du succès du tri de ce matériau, puisqu'elle permettrait aux collecteurs de "participer à la première étape de la chaîne du recyclage et du retour à la matière première", souligne Marc-Antoine Morier.

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"Au contraire, plus la transformation est complexe, comme celle de canettes en un vélo, plus elle doit être soutenue par une croyance",observe le chercheur.

Les acteurs du recyclage invités à entrer chez les gens

La notion de déchet dépendant directement de celle de propreté, la communication en matière de normes d'hygiènes joue aussi un rôle fondamental: Unknowns cite notamment une campagne menée en 2009 par une ONG incitant les Brésiliens à uriner sous la douche pour économiser leur eau. Troisième enjeu essentiel pour encourager au tri, selon l'étude, l'aménagement des espace où "se fait l'arbitrage" entre objets et déchets.

"Pour influencer leurs décisions et les impliquer dès le début de la chaîne de tri, les acteurs du recyclage doivent entrer dans la maison des gens",plaide Henri Jeantet.

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Il en est convaincu: de beaux containers voire compacteurs inciteraient les gens à mieux trier car, comme le succès des cafetières automatisées l'a bien démontré, "l'outillage donne de la valeur au processus".

"Des acteurs comme Ikea devraient se saisir de ce marché",souligne-t-il.

Giulietta Gamberini

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