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ClimatEnergie & Environnement

Energie : négocier la transition dans un contexte géopolitique mouvant

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 28 novembre 2016 à 16:25 - Mis à jour le 29 novembre 2016 à 13:48

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La transition énergétique, qui met au défi tous les grands acteurs du secteur, se déroule de surcroît sur fond de bouleversements géopolitiques. C’est sur cette concomitance que s’est penché cette année le Forum Energie organisé par l’Université de Paris-Dauphine avec le soutien d’Engie.

L'ancien président de la COP21 Laurent Fabius, l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, l'ambassadeur Jean-David Levitte, les économistes Jean-Hervé Lorenzi et Olivier Pastré, le général Jean-François Parlanti, mais aussi Saïd Mouline, directeur général de l'Agence nationale pour les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique du Maroc, Corinne de Bilbao, présidente de General Electric France, Patrick Pouyanné, PDG de Total, Pierre-André de Chalendar, PDG de Saint-Gobain... ces personnalités, et quelques autres étaient réunies jeudi 24 novembre pour débattre des « nouvelles guerres de l'énergie ».

Premier constat largement relayé depuis des mois dans les médias économiques : les difficultés des grands acteurs européens de l'énergie face à l'effondrement des prix de gros lié à la surcapacité due au développement des énergies renouvelables. Ces difficultés sont largement reflétées par des situations financières fragiles, que le Français EDF partage avec les allemands RWE et E.ON encore plus mal en point. « Celles qui se sont tournées le plus tôt vers les énergies renouvelables s'en sortent un peu mieux », souligne néanmoins le financier Bertrand Jacquillat.

« La transition énergétique est en route, mais elle est difficile et douloureuse, notamment en raison de très fortes perturbations sur les marchés spots », a témoigné Colette Lewiner, conseillère du président de Capgemini.

Décentralisation, apparition de consommateurs également producteurs, et, surtout, évolution trop rapide sur le plan régulatoire impliquant un fort financement des énergies renouvelables coûteux pour le consommateur... telles sont aux yeux de la consultante les principales difficultés auxquelles sont en butte les grands électriciens. Elle rappelle que l'Allemagne a dû renoncer à construire de nouveaux parcs éoliens offshore faute de réseau de transport des champs éoliens de Mer du Nord aux zones de consommation du Sud.

Implication indispensable du secteur privé

Tout juste sorti de la COP22 pour laquelle il était en charge des partenariats public/privé, Saïd Mouline, par ailleurs directeur de l'agence marocaine des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique, a redit l'importance de ces alliances. « Le privé innove, investit en R&D et finance », a-t-il rappelé. Et d'évoquer l'appel d'offres marocain dans l'éolien qui a attiré pas moins de 19 investisseurs étrangers et s'est soldé par le tarif éolien le plus bas au monde, à 3 centimes d'euros le kilowattheure.

Comme Patrick Geoffron, directeur du centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières, il a souligné le potentiel de création d'emplois des énergies renouvelables et plus largement de la transition énergétique. Ainsi que le rôle qu'elles peuvent jouer dans le maintien d'une certaine stabilité, en limitant l'émigration climatique.

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Patrick Pouyanné, pour sa part, a insisté sur le besoin d'une énergie « propre, fiable, et bon marché » et, tout en rappelant le rôle des énergies fossiles dans le développement des pays émergents, il a réaffirmé la stratégie de son groupe : concentration sur des actifs pétroliers à bas coût, accélération sur le gaz et consolidation de sa position dans les renouvelables.

Sur un plan plus géopolitique, il a rappelé l'extrême concentration des réserves de gaz et de pétrole, et souligné que le monde restait suspendu à la réunion de l'OPEP du 30 novembre prochain à Vienne, qui pourrait, espère-t-il, déboucher sur un accord limitant la production et faisant remonter le cours du baril. La principale inconnue à ce jour restant l'incidence de l'élection de Trump sur le dialogue au sein de l'OPEP et notamment le rôle de la Russie.

Et Trump dans tout ça ?

Le prochain président américain a été évoqué par l'ensemble des participants. Laurent Fabius a d'abord voulu salué les avancées réalisées depuis la COP21 tout en avertissant qu'on était encore très loin du compte, notamment en matière de mix énergétique, qui reste encore composé à 82% d'énergies fossiles. Il a rappelé la nécessité d'un mariage entre la finance, la technologie, les pouvoirs publics et la société civile. Concernant Trump, l'ancien Président de la COP21 ne craint pas tant qu'il dénonce l'Accord de Paris (ce qui prendrait quatre ans), ni même qu'il sorte de la Convention Cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC), ce qui pourrait se faire en un an. « Le risque est plutôt d'ordre politique », a conclu le Président du Conseil Constitutionnel, rappelant que les Etats-Unis financent 30% des organisations internationales présentes au chevet du climat. Trump pourrait néanmoins adopter une politique énergétique nationale allant à l'encontre des objectifs climatiques. Candidat, il avait en effet martelé qu'il ré-ouvrirait les mines de charbon. Mais comme l'a rappelé Patrick Pouyanné, cela n'aurait aucun sens d'un point de vue purement économique, le gaz américain (de schiste...) étant durablement plus compétitif que le charbon.

Au-delà des acteurs économiques, « Les Etats, les villes, les ONG,les entreprises, des personnalités de premier plan... ont pris conscience du rôle fondamental de l'écologie, de l'existence d'une « compétitivité écologique », et Trump ne pourra pas détruire tout cela à lui tout seul », a conclu Hubert Védrine.

L'inquiétude, finalement, proviendrait plutôt de l'Arabie Saoudite. Après un accueil plutôt enthousiaste de la jeunesse, la transition vers un avenir moins dépendant au pétrole, défendue par le prince Mohammed ben Salmane, suscite maintenant des réticences liées à la forte baisse des revenus pétroliers qui contraint le pays à puiser dans ses réserves et à mettre en place des mesures d'austérité.

Le cercle vicieux entre incertitude et croissance

L'économiste Jean-Hervé Lorenzi a insisté sur le cercle vicieux créé par les incertitudes pesant à la fois sur les volumes et les prix de l'énergie et son impact sur la croissance : « Comment investir dans ces conditions ? On ne sait même pas dire si la baisse des cours du pétrole est positive ou négative pour nous... »

Et de marteler « on ne fera pas évoluer le monde de façon satisfaisante pour nous tous si on ne remet pas de la régulation et de la coordination ».

Il verrait bien l'agence internationale de l'énergie (AIE) jouer ce rôle, à condition qu'elle s'élargisse aux pays hors OCDE. « Et qu'elle redevienne plus pressante sur le sujet climatique », insiste Jean-Marie Chevallier, professeur émérite à Paris-Dauphine. Ce dernier conclut d'ailleurs les échanges sur un « danger, danger, danger », et rappelle que le sujet est l'affaire de tous, gouvernements, citoyens, ONG, villes, entreprises...

Le changement climatique, facteur de mobilisation générale

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Le mot de la fin est revenu à Isabelle Kocher. La directrice générale d'Engie a constaté la convergence de vue sur le point d'arrivée : une énergie décarbonée par étapes, mais in fine totalement, veut-elle croire,  décentralisée à 50% ; digitalisée à l'extrême, et un monde dans lequel l'accès à l'énergie joue un rôle de maintien de la paix en favorisant l'éducation, la santé, etc. sans faire dérailler le climat. Elle a rappelé les stratégies adaptées par Engie pour évoluer dans ce monde défini par la volatilité, l'incertitude, la complexité et l'ambiguïté (VUCA pour les anglo-saxons) : ne plus mettre en œuvre que des technologies soutenant la transition énergétique ; céder en trois ans pour 15 milliards d'actifs ne respectant pas ces critères et donc accepter de diminuer temporairement de taille ; être au cœur du renouvellement technologique, en affirmant sa présence dans un écosystème réunissant startups et grands groupes et en investissant 1,5 milliard en trois ans ; et adopter un mode de fonctionnement beaucoup plus décentralisé et fondé sur la co-création.

« C'est un chemin, une transition, c'est exigeant, cela demande un degré de compétitivité exceptionnel, a-t-elle reconnu. Mais le changement climatique est peut-être aussi l'occasion de déclencher quelque chose de nouveau. A l'inverse de ce qui se passe dans l'eau (un secteur qu'Isabelle Kocher connaît bien en tant qu'ancienne patronne de Lyonnaise des Eaux, ndlr), pour la première fois ce qui se passe dans un pays donné a des conséquences globales et une gouvernance mondiale émerge. »

Dominique Pialot

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