Alors que le climat continue de se réchauffer, le marché va-t-il pousser le géant français des hydrocarbures TotalEnergies à se décarboner plus vite que ce qu'il avait planifié ? De fait, la stratégie du groupe n'est pas dictée par l'offre, mais « par la demande » des clients dans le monde, a répété hier son patron, Patrick Pouyanné, lors d'une réunion avec les investisseurs. Or, n'en déplaisent aux rois du pétrole, force est de constater que celle-ci évolue : la consommation d'or noir risque de décliner rapidement, en raison d'une pénétration plus forte que prévu des véhicules électriques au détriment des voitures thermiques, notamment en Europe.
Résultat : la major tricolore, qui n'entend pas revenir sur son « objectif ultime » de croissance, prévoit de se détourner en partie de ce combustible fossile très polluant. De quoi lui permettre de renforcer, à court terme, certain de ses objectifs climat : les émissions de gaz à effet de serre liées à l'utilisation de ses produits pétroliers (kérosène, carburant...) devront diminuer de 30% d'ici à 2025 par rapport à 2015, au lieu de 2030 jusqu'alors, a annoncé hier son PDG. D'ici à la fin de la décennie, la réduction devra même atteindre 40%. Quant à la cible englobant toutes les émissions indirectes de l'entreprise (rejeter « moins de 400 millions de tonnes » de CO2 contre 410 millions en 2015, soit environ l'impact de la France), celle-ci est également avancée en 2025, même si l'objectif pour 2030 reste le même.