La France ne se prépare pas assez au choc climatique, alerte le Haut conseil pour le climat

Grande oubliée des politiques climatiques, la question de l'adaptation aux conséquences du changement climatique, qui se font déjà sentir, doit désormais être systématiquement prise en compte. Dans son rapport annuel, le Haut conseil pour le climat juge insuffisante la stratégie nationale d'adaptation existante. Il plaide pour l'intégration de jalons temporels, d'objectifs chiffrés et d'indicateurs de mesure, à l'image de la stratégie nationale bas carbone.
Fragilisées par le changement climatique, les forêts françaises n'ont capté que les 3/4 des émissions escomptées sur la période 2015-2019.
Fragilisées par le changement climatique, les forêts françaises n'ont capté que les 3/4 des émissions escomptées sur la période 2015-2019. (Crédits : Pixabay)

"Les impacts d'un climat qui change se font déjà sentir. Deux tiers de la population française est déjà fortement ou très fortement exposée au risque climatique. Nous devons être proactifs dans notre réponse à l'adaptation", a alerté Corinne Le Quéré, présidente du Haut conseil pour le climat (HCC), lors de la présentation de son troisième rapport annuel. Pour la première fois, ce document consacre un chapitre entier aux enjeux de l'adaptation.

"Dans un climat qui change, la gestion des crises qui se succèdent ne peut se réduire à des réponses ponctuelles, essentiellement réactives. Il est nécessaire d'adopter une logique préventive et d'utiliser les connaissances sur le changement climatique attendu au cours des prochaines décennies pour anticiper et se préparer. C'est le but de l'adaptation", explique l'organisme indépendant.

En janvier dernier, le Centre mondial sur l'adaptation (Global Center on Adaptation, GCA) rappelait déjà l'importance des deux volets de la lutte contre le changement climatique : la réduction des émissions des gaz responsables du réchauffement de l'atmosphère d'une part, et l'élaboration de solutions facilitant l'adaptation de la planète à ses conséquences d'autre part. Il s'alarmait des conséquences de la pandémie sur les financements de ces solutions, déjà très faibles.

Parent pauvre des politiques climatiques

Parent pauvre des politiques publiques climatiques en France et en Europe, l'adaptation doit venir compléter les politiques d'atténuation, qui elles consistent à diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

"L'atténuation et l'adaptation sont toutes les deux complémentaires et indispensables", insiste la climatologue.

L'Hexagone s'est bien doté d'une stratégie nationale d'adaptation au changement climatique en 2006, puis d'un plan national d'adaptation au changement climatique (PNACC1) en 2011, révisé en 2018 pour aboutir au PNACC2 actuel, mais ces textes restent très peu directifs et pâtissent de plusieurs lacunes, expliquent les experts.

"Il faut des jalons temporels, des objectifs chiffrés, des priorités sectorielles et des indicateurs pour mesurer efficacement les politiques publiques d'adaptation, explique Magali Reghezza-Zitt, géographe spécialiste de la réduction des risques naturels et de la capacité d'adaptation et de résilience des individus et des territoires. Nous avons besoin d'une approche beaucoup plus systémique. Nous avons besoin d'un pilotage national", ajoute-t-elle.

Une hausse de 228.57 % des jours de vague de chaleur à Paris

Très concrètement, le changement climatique se traduit actuellement par une dégradation en quantité et/ou en qualité des ressources en eau douce et en biodiversité. "Les secteurs qui dépendent de ces ressources et, plus largement, des températures et des précipitations seront particulièrement affectés : agriculture, élevage et sylviculture, pêche et aquaculture, énergie, tourisme", précise le rapport. En France, les forêts, déjà fragilisées par le changement climatique, n'ont ainsi capté que les 3/4 des émissions de CO2 escomptées sur la période 2015-2019.

Toutefois, c'est bien l'augmentation de la fréquence et/ou de l'intensité des extrêmes météorologiques et climatiques qui aura les conséquences les plus importantes sur ces mêmes activités.

Selon les anticipations de Météo France, les vagues de chaleur pourraient sensiblement s'intensifier dans les années à venir. Paris passerait ainsi à 7 jours de vague de chaleur en moyenne chaque année, sur la période 1976-2005, à 23 jours sur la période 2041-2070, soit une progression de 228,57%. La ville de Lyon passerait, elle, de 10 à 36 jours, soit une hausse de 260%.

"Des activités importantes pour les territoires vont être fortement modifiées", prévient Magali Reghezza-Zitt.

Une gamme de réponses

Quelle forme peut alors prendre une politique d'adaptation pour limiter les conséquences d'un climat qui change ? "Il existe une gamme de réponses", affirme Corinne Le Quéré. Dans l'agriculture, par exemple, cela peut consister à simplement changer les dates des semis ou à modifier les variétés plantées. La réponse peut aussi reposer sur un changement plus structurel comme concevoir des nouveaux systèmes agricoles. Autre piste : recouvrir les sols de matière organique pour améliorer leur capacité à retenir l'eau.

Si l'adaptation doit être intégrée de manière systématique dans les politiques climatiques, celle-ci ne doit pas, en revanche, être le prétexte d'une inaction sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, souligne le HCC.

"Plus on repousse l'action d'atténuation dans le temps, plus les efforts à consentir seront importants. Il faut faire en sorte que l'atténuation et l'adaptation aillent de paire", insiste Magali Reghezza-Zitt.

S'inspirer des villes

L'organisme indépendant recommande aux pouvoirs publics de s'inspirer des bonnes pratiques mises en place par certaines villes et grandes régions urbaines. Les experts citent notamment le réseau 100 resilient cities, impulsé par la fondation Rockefeller. Dans ce cadre, Paris a adopté en 2017 une stratégie de résilience intégrant des problématiques d'adaptation aux changements climatiques. "D'autres collectivités ont engagé des réflexions prospectives exemplaires sur les impacts et les vulnérabilités territoriales comme en Nouvelle Aquitaine dans le cadre du projet AcclimaTerra", souligne le rapport.

"Aujourd'hui, il n'existe pas d'exemple de pays ayant adopté une stratégie nationale qui permet d'aller aussi loin que nécessaire", regrette Magali Reghezza-Zitt.

La géographe pointe enfin la question des inégales capacités d'adaptation. Ces dernières doivent être prises en compte dans une optique de transition juste.

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Commentaires 15
à écrit le 30/06/2021 à 21:50
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Le climat, c'est que des chocs, de toute façon. Ils sont bien payés (avec l'argent de nos impôts), au Haut Conseil ?

à écrit le 30/06/2021 à 14:47
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Encore un comité théodule sans intérêt. A quoi bon vouloir "agir" localement sans prendre en compte la pollution importée. Mis à part mettre des normes/contraintes pour faire mourir les dernières entreprises qui restent puisqu'on peut importer sans...

à écrit le 30/06/2021 à 13:04
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Effectivement la France n'est pas préparée au changement du climat social depuis 30+ ans subissant nombre de vagues migratoires en offrant le statut de réfugié non seulement aux victimes mais surtout aux bourreaux (sans document d'identité) des pa...

à écrit le 30/06/2021 à 10:25
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Gouverner c est prévoir force est de constater que tous les gouvernements de droite comme de gauche qui se sont succédés aux affaires depuis 40 ans en ont rien a cirer …. Le court termisme prévaut car trop de lobby… en fait finalement l état en Fran...

à écrit le 30/06/2021 à 9:45
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Bref ! Parlons intelligence plutôt que pragmatisme..?. Comme...Un peu de retour en arrière pour remettre les écosystèmes en équilibre plutôt que de compter sur de l'intelligence artificielle!

à écrit le 30/06/2021 à 9:29
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La France, 1 % de la pollution mondiale. Principaux pollueurs : Transports 30 %, industrie et tertiaire 26% Agriculture 19%

à écrit le 30/06/2021 à 8:50
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C'est cuit et on va cuire. A chacun d'anticiper pour limiter son temps et degré de cuisson.

à écrit le 30/06/2021 à 8:50
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On dirait que notre classe dirigeante avec ses fausses solutions pour sauver la planète fait tout pour rebuter le citoyen à la préservation de l’environnement, maintenant la profonde bêtise de notre classe dirigeante politique et économique peut égal...

à écrit le 30/06/2021 à 8:17
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C'est vrai que dans quelques années, les céréales à paille, entre les sécheresses, les inondations, les bourrasques avec la verse, la grêle, les incendies de champs, ça risque de devenir problématique. Il va falloir aller vers une alimentation plus t...

à écrit le 30/06/2021 à 7:48
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la france se suicide alorsn que le rechauffement vient du tiers monde, et que le pb du climat n'est pas un probleme local, ce qu'a priori e haut comite theodule n'a pas compris

à écrit le 30/06/2021 à 6:17
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Je suggère au Haut Comité pour le climat d'aller voir ce qui se passe en Chine et en Inde, et de faire un rapport à MM Xi et Modi. Et accessoirement d'éviter de nous rabâcher que la Chine est un modèle d'engagement parce qu'ils ont le monopole des pa...

le 30/06/2021 à 21:24
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Bravo et j'ajoute les USA et Biden.

à écrit le 30/06/2021 à 5:23
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Ca doit pas etre simple de vivre avec tous ces ordres et directives de fonctionnaires hors-sol. Un coup le coro, un autre le climat et j'en oublie. Pourquoi avoir fait trois revolutions pour en arriver a ce point ?

à écrit le 29/06/2021 à 22:37
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le haut comité pour le climat fait une alerte pour justifier leurs emoluments? qu'ils stoppent de faire du catastrophisme. qu'ils etudient les courbes de temperature dans le yukon ces 11 dernieres années. et la montée de l'eau aux Maldives. Il faut d...

le 30/06/2021 à 17:16
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Vous avez raison, on pourrait aussi dissoudre le GIEC avec ses experts qui coutent "un pognon de dingue" comme dit l'autre.

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