Les sols, laissés pour compte de la stratégie de l’UE pour le climat

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« Le sol peut agir comme un puits de carbone, et donc contribuer de manière significative à l'atténuation du changement climatique, mais il peut aussi contribuer au réchauffement de la planète à cause de l'utilisation des terres », a expliqué Hartmut Stalb, de l'Initiative de programmation conjointe sur l'agriculture, la sécurité alimentaire et le changement climatique (FACCE-JPI).
« Le sol peut agir comme un puits de carbone, et donc contribuer de manière significative à l'atténuation du changement climatique, mais il peut aussi contribuer au réchauffement de la planète à cause de l'utilisation des terres », a expliqué Hartmut Stalb, de l'Initiative de programmation conjointe sur l'agriculture, la sécurité alimentaire et le changement climatique (FACCE-JPI). (Crédits : Andrew Stawarz / Flickr / CC BY ND 2.0)
Le changement climatique provoque des dégâts sur l’agriculture, et l’utilisation des terres contribue au réchauffement de la planète. Pourtant, les sols attirent peu l’attention des décideurs politiques dans leur stratégie sur le climat. Un article de notre partenaire Euractiv.

Lors d'une conférence  organisée par la Commission européenne, les 10 et 11 juillet, Andrea Kohl, directrice de programme chez WWF, a tiré la sonnette d'alarme:

« Les sols sont complètement sous-estimés lorsque nous parlons de changement climatique », a-t-elle déclaré.

Le problème de la libération du carbone contenu dans les sols

« Le sol est essentiel dans le débat sur la manière de lutter contre le changement climatique », a-t-elle rappelé au public, soulignant que « la libération d'une petite fraction seulement du stock de carbone du sol peut compenser les économies réalisées ailleurs ».

La conférence à l'Université de Bruxelles s'est concentrée sur le rôle des ressources naturelles dans le cadre de la stratégie européenne de réduction des émissions à long terme.

Parvenir à la neutralité carbone d'ici à... 2050

La Commission européenne travaille actuellement à l'élaboration d'une stratégie à long terme sur le changement climatique, qui comportera plusieurs pistes jusqu'en 2050, dont l'une où l'UE parviendra à la neutralité carbone d'ici le milieu du siècle.

La stratégie 2050 sera publiée en novembre, juste avant la conférence annuelle des Nations Unies sur le climat qui se tiendra à Katowice, en Pologne, du 3 au 14 décembre. Le Conseil européen a chargé la Commission de présenter une stratégie climatique pour 2050 lors d'un sommet européen en mars.

La feuille de route de l'UE pour une économie à faible émission de carbone en 2050 a été publiée en 2011, avant que le bloc ne signe l'Accord de Paris, qui engage ses signataires à maintenir le réchauffement climatique « bien en dessous de 2°C » et visant « pas plus de 1,5°C ».

Lors de son discours d'ouverture le mercredi 10 juillet, Miguel Arias Cañete, commissaire européen chargé de l'action climatique et de l'énergie, a déclaré que la Commission avait déjà commencé à travailler sur les aspects économiques, sociaux et environnementaux de la stratégie.

La question de l'utilisation des terres

« Le sol peut agir comme un puits de carbone, et donc contribuer de manière significative à l'atténuation du changement climatique, mais il peut aussi contribuer au réchauffement de la planète à cause de l'utilisation des terres », a déclaré Hartmut Stalb, de l'Initiative de programmation conjointe sur l'agriculture, la sécurité alimentaire et le changement climatique (FACCE-JPI).

Le sol fournit les nutriments nécessaires à la croissance des plantes. Il régule également le cycle de l'eau et stocke le carbone, ce qui en fait le deuxième plus grand réservoir de carbone après les océans. Mais l'utilisation des terres - prairies, terres cultivées, forêts - peut entraîner des libérations de carbone du sol, ce qui peut finalement entraîner la dégradation du sol et la perte de matière organique du sol, a expliqué Hartmut Stalb.

Pression sur les sols et dilemme environnemental

La Commission européenne est bien consciente du dilemme environnemental causé par l'agriculture. Il y a des années, elle a déposé une proposition de directive sur les sols, soutenant que la pression sur les sols était « exacerbée par l'activité humaine, comme les pratiques agricoles et forestières inappropriées, les activités industrielles, le tourisme ou le développement urbain ».

Selon la Commission, la dégradation des sols « a de fortes répercussions sur d'autres domaines d'intérêt commun à l'UE, tels que l'eau, la santé, le changement climatique, la protection de la nature et de la biodiversité et la sécurité alimentaire ».

La directive s'est toutefois heurtée à l'opposition du Conseil des ministres. La proposition a finalement été retirée en avril 2014.

-30 % de rendement du blé : le réchauffement climatique devient sensible

Pourtant le débat n'a pas disparu et les responsables de la Commission sont prêts à le raviver.

« L'agriculture est un secteur qui peut éliminer du CO2 mais c'est aussi un secteur sous pression - on s'attend à ce qu'il nourrisse le monde », a déclaré Artur Runge-Metzger, directeur du département Action pour le climat de la Commission, qui a animé la session.

Mais l'agriculture est également affectée par la hausse des températures, a-t-il poursuivi. « En termes de température, 2050 sera très différent. Les étés européens sont déjà plus secs et les hivers sont plus humides », a-t-il fait remarquer.

Pekka Pesonen, secrétaire général du Copa-Cogeca, une organisation d'agriculteurs européens, a observé que les conditions météorologiques variaient déjà énormément d'une année à l'autre et d'une région à l'autre.

Jean-François Soussana, vice-président de l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) a rappelé qu'il y a deux ans, en France, le changement de température a entraîné une baisse de 30 % des rendements du blé. « Il faut remonter aux années 1980 pour voir cela. »

Pour le représentant des agriculteurs, les nouvelles technologies offrent des solutions pour que l'agriculture s'adapte aux changements climatiques. « L'Europe doit veiller à ce qu'elles soient mises à la disposition des agriculteurs et à ce qu'elle soit à la pointe », a déclaré Pekka Pesonen.

Réticences des agriculteurs face aux nouvelles technologies

Jean-François Soussana souligne toutefois que les agriculteurs sont encore réticents pour utiliser les nouvelles technologies.

« Ces technologies ont le potentiel de diviser les coûts par trois. Donc pourquoi les agriculteurs ne s'y mettent pas ? À cause de leur aversion pour le risque. Nous devons comprendre pourquoi les agriculteurs continuent d'utiliser les produits chimiques à outrance. »

Changement de pratiques et incitations financières

Pour Andrea Kohl, les agriculteurs seraient plus efficaces s'ils réagissaient collectivement au changement climatique.

« Nous sommes loin de ce que nous devons faire. Pourtant, nous sommes face à un défi sans précédent avec le changement climatique. Quelque chose que nous n'avons jamais vu plane au-dessus de nous et nous ne sommes pas prêts », prévient-elle.

Pekka Pesonen rappelle quant à lui que personne ne pourra forcer personne à changer ses pratiques à conditions que ce soit intéressant économiquement. Un commentaire qui a poussé Hartmut Stalb à observer que pour le moment, les agriculteurs n'ont pas assez d'incitatifs financiers pour changer leurs pratiques. Et qu'il n'y a pas de valeur marchande pour la production durable.

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Par Claire Stam, Euractiv (traduit par Marion Candau)

(Article publié le vendredi 13 juillet à 10:10)

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Commentaires
a écrit le 18/07/2018 à 11:50 :
Dés que l'on critique le dogme de la productivité, inscrit dans les textes, de la part de cette administration qu'est l'UE de Bruxelles, ont a droit a la censure!
a écrit le 17/07/2018 à 21:19 :
les sols sont le parent pauvre de la protection:
on a créé une banque de graines mondiale, en oubliant de créer une banque de sols qui eux, renferment une diversité bactérienne et mycologique encore plus importante.
a écrit le 17/07/2018 à 19:16 :
Oui, et on continue de subventionner les bio-caburants.
a écrit le 17/07/2018 à 16:05 :
Le dogme de Bruxelles marche sur la tête avec sa productivité a outrance marqué dans les textes, mais il es vrai que nous avons affaire a une simple administration hors sol qui applique aveuglement ce que l'on leur "dit"!
a écrit le 17/07/2018 à 4:42 :
pour diminuer les intrants phytosanitaires, il faut changer de variétés, et pour cela il faut valoriser les variétés. Or l'agriculteur considère que c'est un autre métier. Pourtant ceux qui s'y sont lancés, ont gagné
a écrit le 16/07/2018 à 21:57 :
À force de nous mentir de la sorte ils finissent par y croire (le citoyen lambda aussi)
2 degrés, 2050 des chiffres imaginaires mais qui répétés en boucle deviennent authentiques.
La vérité sera révélée quand la catastrophe sera là.
a écrit le 16/07/2018 à 14:42 :
Un sol couvert de verdure produit de l'oxygène et fixe le carbone de l'air (CO2). Les agriculteurs ne sont pas payés pour entretenir des sols verts en hiver. Et pourtant ce serait facile à réaliser. Qu'attendent les bureaucrates pour créer un revenu carbone pour ceux qui fixent le carbone, revenu financé par la taxe carbone payée par ceux qui émettent du CO2?
a écrit le 16/07/2018 à 13:44 :
Commentaire censuré.

Merci d'assumer votre partialité au moins sinon quid de votre honnêteté ?
a écrit le 16/07/2018 à 10:45 :
'''''Le sol fournit les nutriments nécessaires à la croissance des plantes....! '''Dans les sols naturels et sauvages peut etre ,mais surement pas dans les sols cultivés .Les plantes cultivées se nourrissent de ce que l'on apporte au sol c'est tout .De plus la seule raison de nos problemes est la surpopulation .Quelques chiffres !1900 1.7 milliard d'habitants sur terre ! 2017 , 7.5 milliards , 444% d'augmentation en seulement 117 ans !On est deja plus nombreux que les rats et les lapins réunis !Mais le pire c'est le futur !2050 ,11 milliards de prevus et 2100 ,15 milliards .Un enfant qui nait maintenant et voit la population mondiale actuelle à 7.5 milliards verra cette population passer à 15 milliards à 82 ans ?Qui peut croire qu'à 15 milliards d'habitants ça ira mieux !La Chine est en train de developper ses classes moyennes ,l'Inde va suivre en attendant l'Afrique et les classes moyennes ça consomment comme nous !Quand aux pauvres restants il faudra leur donner les moyens de vivre ils ne se contenteront pas d'un bol de riz et d'un verre d'eau !Si on veut sortir les pauvres de la pauvreté ,il faudra leur donner de l'argent ,et l'argent ,ils en feront quoi d'aprés vous ..........!
a écrit le 16/07/2018 à 9:49 :
"Lors d'une conférence organisée par la Commission européenne" déjà rien que cela c'est déjà suspect pour la suite. Il faudrait que cette "Commission" arrête de bassiner les gens avec u réchauffement climatique qui n'existe pas, pour cela il lui faudrait consulter les vrais experts, pas ceux du GIEC, cela va de soi. L'intox à encore de beaux jours.
a écrit le 16/07/2018 à 8:18 :
La baisse, en France, des rendements en 2006 sur blé, ne s'explique pas par l'augmentation des températures, (selon l'article, Jean-François Soussana l'aurait soutenu..), mais par les fortes pluviométries de juin, qui ont empêché de rentrer dans les parcelles, et empêché de traiter les blés.. cette année, atypique, démontre ce que tous les acteurs de la filières savent: les produits phytosanitaires doivent être utilisés à bon escient, mais jouent le rôle d'une assurance, tant quantitative, que -peut-être le plus important- qualitative. Les blés de 2006 en France ne satisfaisaient pas les normes européennes d'un point de vue qualitatif (PS mais aussi mycotoxines..).
Réponse de le 16/07/2018 à 8:34 :
personne ne dit que la terre est trop peuplée et ne peut et ne pourra plus nourrir correctement, il faut limiter les naissances, actuellement les moyens existent (je parle surtout pour le continent Africain et celui de l'Asie=
Réponse de le 16/07/2018 à 10:37 :
Je suppose que vous parlez de 2016, pas 2006.
Réponse de le 16/07/2018 à 14:53 :
Oui, 2016 bien sûr. Merci de votre remarque.

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