Pesticides : conflits de voisinage et dialogue de sourds

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En mars, un céréalier de l'Ain a été agressé par un riverain, alors qu'il était en train d'épandre de l'herbicide.
En mars, un céréalier de l'Ain a été agressé par un riverain, alors qu'il était en train d'épandre de l'herbicide. (Crédits : Reuters)
Comment lutter contre l'usage de pesticides, sans tomber dans "l'agri-bashing" ? Entre problèmes de communication et incompréhension entre deux mondes, la médiation est parfois difficile. Des exemples de cohabitation existent pourtant.

Quand ses voisins viticulteurs pulvérisent, elle ferme les fenêtres et n'étend plus le linge dehors. "Dans ces moments-là, il suffit que je les regarde pour qu'ils se sentent agressés". Et un jour, l'agriculteur est sorti de ses gonds sur les réseaux sociaux.

Depuis Valérie (prénom modifié à sa demande) a saisi son avocat pour injures publiques.

"On n'a pas le droit de se plaindre et on doit supporter parce que, vous comprenez, c'est leur métier", s'agace cette habitante du Beaujolais.

Valérie assume être une farouche opposante aux pesticides et s'étonne de la façon dont les habitants subissent aux beaux jours des épandages fréquents sans protester.

"Les gens qui s'interrogent sur ces produits sont surtout des néo-ruraux ou de nouveaux habitants du Beaujolais", analyse une autre famille du vignoble, qui a, elle aussi, requis l'anonymat.

Sa maison est à une vingtaine de mètres de la première parcelle. Et pour elle, la consultation publique qui vient de se terminer sur les distances de traitement ne changera rien. Cette consultation a recueilli pas moins de 50.000 avis que le gouvernement a promis de prendre en compte.

Lire aussi : Pesticides autour des habitations : le gouvernement lance une consultation

Tentative de médiation

"Le problème, c'est le mode d'épandage: ils utilisent des espèces de canon oscillant à l'arrière des tracteurs qui pulvérisent sur une distance de 50 à 80 mètres". Du coup, la famille a dû déplacer son jardin pour être moins exposée. Et a lancé avec quelques autres habitants une association pour tenter de faire de la médiation.

"On demandait des choses simples : est-ce que vous pouvez envoyer un SMS avant de traiter ? Est-ce que vous pouvez pulvériser à l'atomiseur et pas au canon ?".

Mais très vite les viticulteurs ont claqué la porte de "Bien vivre ensemble en Beaujolais", association qui s'est constituée sur les communes de Marchampt et Quincié-en-Beaujolais.

Cette structure a quand même permis à chacun de s'exprimer, ce qui est déjà beaucoup.

"C'est vrai qu'on ne sait pas très bien communiquer. Mais c'est compliqué car on est souvent jugé avant même de traiter", remarque Michel Joux, président de la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles (FRSEA) Auvergne-Rhône-Alpes.

Agressé sur son tracteur

Ses troupes ont été particulièrement marquées par l'agression en mars d'un céréalier dans l'Ain voisin. Ce dernier était en train d'épandre de l'herbicide quand un riverain l'a agressé dans la cabine de son tracteur, lui assénant une dizaine de coups de poing au visage et le blessant à l'oreille.

L'agresseur a été condamné à six mois de prison avec sursis fin août à Bourg-en-Bresse.

Mais depuis, l'agriculteur n'est plus serein. "Maintenant, même s'il n'y a que de l'eau dans le pulvérisateur, on est pointé du doigt. Même si ce sont des oligo-éléments ou des engrais qui sont épandus, les gens vont tout de suite penser que ce sont des pesticides ou bien sûr du glyphosate", expliquait Jérôme Arrambourg au quotidien régional Le Progrès, en marge du procès.

Le cœur est lourd dans les exploitations où on souffre de "l'agri-bashing", la critique incessante des pratiques agricoles. Beaucoup pointent l'urbanisation galopante qui a rapproché les habitations des champs.

Améliorer la cohabitation

Certains dénoncent aussi les contradictions du grand public, qui veut profiter de la nature sans ses désagréments, rappelant les conflits autour des bruits de la campagne.

Et que dire de ce qu'a vécu un agriculteur de Loire-Atlantique, contacté par des voisins qui lui ont réclamé un épandage d'insecticide pour lutter contre une prolifération de punaises !

"On est en semis direct; on préserve la biodiversité; on favorise justement tous ces insectes, tous ces micro-organismes. Là, les voisins ont appelé parce qu'il y en avait de trop", s'étonne encore Fabien Denis, par ailleurs président des Jeunes agriculteurs des Pays-de-la-Loire.

Dans le Bordelais, où la question se pose de longue date, certains conflits ont accouché d'une réelle volonté de cohabitation. Comme à Parempuyre où un château viticole s'est engagé à se convertir au bio, après des mois de contestation d'un collectif de parents d'élèves contre le projet de reconstruction du collège voisin.

Et en Gironde, il n'est pas rare désormais que des viticulteurs préviennent le voisinage avant épandage.

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Commentaires
a écrit le 05/10/2019 à 9:00 :
Les pesticides dangereux pour l homme c est une invention des lobby écolos
Produire bio avec du sulfate de cuivre va juste définitivement détruire les sols .
a écrit le 04/10/2019 à 17:56 :
Si je ne peux pas répondre au troll agroindustriel et sa réponse en bois ou bien faire supprimer ce trollage flagrant, automatique vous virez mon commentaire vous ne l'instrumentalisez pas !
a écrit le 04/10/2019 à 0:31 :
Cette agriculture intensive, ultra mécanisée, ultra carbonée et ultra dépendante du pétrole est condamnée !!!
Prétendre le contraire, s'accrocher au mythe du "il n'y a pas d'autre choix", c'est ne rien avoir compris (et pour ça il y a un gros travail de communication à faire, encore faudrait il que le politique comprenne le sujet....et là. ..) ou être malhonnête (oui, il y en a aussi....)
Condamnée par la finitude ses ressources, par le massacre des terres, par les dégâts immenses sur la bio-diversité et bien trop grands sur la santé humaine (c'est juste la pointe de l'iceberg qui est visible aujourd'hui...), condamnée par la logique suicidaire du "tj plus, tj moins cher...", condamnée par l'opinion publique qui commence à se réveiller (énorme boulot d'instruction alimentaire à faire : les politiques ont leur mot à dire et leurs responsabilités à prendre ! )
Plus vite on detricotera les fausses vérités qui ont fait la fortune de quelques uns et le malheur de beaucoup d'autres, et mieux on limitera les dégâts encore à venir !
Le pire est tj à craindre !
Les solutions existent, les compétences aussi, mais le chemin est long et le temps va nous manquer : pourquoi attendre ??
a écrit le 02/10/2019 à 17:39 :
Alors que cela devrait être les actionnaires de BAYER, par exemple, qui se sentent coupables ce sont ces pauvres bougres d'agriculteurs qui sont incapables de comprendre ce qu'ils font, vraiment je les connais bien.

Ils voient bien que c'est pas bien mais ne savent pas faire autrement parce que les seuls personnes à leur rendre visite sont les représentants de produits toxiques et les banquiers, comment voulez vous qu'ils prennent de bonnes décisions alors que si mal entourés.

C'est un drame cette histoire franchement, on a fait de ces pauvres gens les boucs émissaires d'un business immonde, on a profité de leur manque d'éducation scolaire, je dis bien scolaire, pour leur raconter tous les bobards possibles et imaginables dont le si désastreux:"Il n'y a pas d'alternative tu dois nourrir le monde et donc fertiliser à fond !"

Et je ne parle même pas de la FNSEA là... Ils n'aveint tout simplement aucune chance.
Réponse de le 02/10/2019 à 22:36 :
Il est sur que votre culture de l'agriculture ne doit pas être bien grande pour déblatérer de telle bêtises
L'agriculture française est une des plus propre et ce n'est certainement pas la bio qui pourrait nous nourrir et certainement pas plus propre le cuivre et le souffre représentant déjà 20000 tonnes des 60000 tonnes utilisé en France alors qu'il ne représente que 5% des terres cultivées.
Réponse de le 04/10/2019 à 17:53 :
Heu... ne validez pas mes commentaires si c'est pour m'imposer la réponse en bois du soldat de l'agroindustrie !
Réponse de le 04/10/2019 à 17:54 :
"L'agriculture française est une des plus propre et ce n'est certainement pas la bio qui pourrait nous nourrir"

je te parle pas de ça duonc si tu n'étais pas là pour troller tu le saurais.

Si je peux pas répondre au potentiel criminel ou faire suprimer son trollage vous virez mon commentaire de base !
a écrit le 02/10/2019 à 14:16 :
Pesticides : conflits de voisinage et dialogue de sourds

reformulons : Pesticides : empoisonnement du voisinage et procédures judiciaires à assumer par les agriculteurs qui insistent lourdement pour empoisonner

alors qu'il suffirait de libérer abolir les jachères pour compenser les réductions des productions agricoles sans produits chimiques

A MEDITER : vaut mieux dilapider moins d'argent dans les produits chimiques que d'ajouter des condamnations en justice pour avoir empoisonné des citoyens, femmes hommes, enfants, adultes et vieillards
Réponse de le 02/10/2019 à 18:56 :
En effet, les jachères sont une escroquerie intellectuelle de l'europe de Bruxelles, les jachères consistent à interdire la culture de terres fertiles pour compenser les surproductions des terres empoisonnées avec des produits chimiques. Seuls les voyous de la finance derrière les producteurs des poisons chimiques sont capables de ces décisions imbéciles.
il convient d'envisager de traduire en justice les commissaires européens corrompus qui ont validé ces décisions, et les agriculteurs chimiques qui répandent la mort.
a écrit le 02/10/2019 à 14:08 :
Les agriculteurs sont les otages d'un système à bout de souffle.
Le cycle est infernal, ils doivent produire toujours plus pour toujours moins cher, pour cela ils investissent dans des matériels de plus en plus coûteux pour épandre des intrants et des pesticides sensés les aider à améliorer une productivité qui n'est jamais suffisante.
Les gagnants sont les constructeurs de matériel, lorsqu'on voit les énormes machines, tracteurs, atomiseurs, pulvérisateurs, systèmes d'arrosage, de traite automatique..on se doute que ça vaut des centaines de milliers d'euros...qu'il faut emprunter et rembourser, ce qui n'est pas évident quand les cours sont systématiquement au plus bas!
Sauf à passer au " bio" et à maîtriser le plus possible le circuit de distribution, les agriculteurs qui n'ont pas des surfaces critiques sont voués à la disparition.
Quant à l'épandage des pesticides, vu le contexte politique, ils ont d'avance perdu la bataille.

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