Sûreté : le grand revirement du gendarme du nucléaire pour prolonger les réacteurs au maximum
Marine Godelier et Juliette Raynal
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Robert Pratta
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Les réacteurs nucléaires français peuvent-ils fonctionner au-delà de 60 ans ? Pour le savoir, le gendarme du nucléaire tricolore compte éventuellement s'inspirer des méthodes américaines. « Nous souhaitons nous enrichir des expériences à l'étranger et notamment des Américains », a déclaré lundi 23 janvier Bernard Doroszczuk, le président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), lors de la présentation des vœux à la presse.
La réponse doit être apportée le plus rapidement possible pour donner de la visibilité à la filière et fournir des éléments clés à la définition de la politique énergétique française. « Certains scénarios énergétiques [notamment le scénario N03 établi par le gestionnaire du réseau de transports d'électricité RTE dans le cadre du rapport Futurs énergétiques 2050, ndlr] considèrent la poursuite des réacteurs jusqu'à 60 ans, voire au-delà. Or ces scénarios n'ont de sens que s'ils sont accessibles. Sinon ils vont nous mettre en difficultés », pointe Julien Collet, directeur général adjoint de l'ASN. « Nous devons estimer les échéances calendaires associées pour que la politique énergétique soit cohérente avec les limites de sûreté », complète-t-il.
Le gendarme du nucléaire souhaite ainsi qu'EDF se penche sérieusement sur la question afin de fournir un dossier détaillé d'ici la fin 2024. « Nous voulons voir cette échéance inscrite dans la prochaine PPE [programmation pluriannuelle de l'énergie, ndlr] », a précisé le président de l'instance de contrôle. L'ASN entend ensuite instruire ce dossier détaillé avec l'appui de l'IRSN, son bras technique, pour prendre une position fin 2026 au plus tard.
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Actuellement, les réacteurs nucléaires français ne sont associés à aucune durée de vie. Toutefois, les calculs de sûreté sur les composants ont été réalisés pour 40 ans. Dès lors, la prolongation de leur fonctionnement au-delà de cette échéance est conditionnée à un réexamen de contrôle, qui a lieu tous les dix ans : la fameuse visite décennale. Concrètement, ce réexamen comporte deux volets. Le premier consiste principalement à s'assurer de la conformité et de la maîtrise des phénomènes de vieillissement. Le second, à augmenter le niveau de sûreté en s'approchant autant que possible des objectifs de sûreté de l'EPR, qui est un réacteur de troisième génération. Une fois l'examen passé, le réacteur est ainsi autorisé à fonctionner dix années supplémentaires.
Marine Godelier et Juliette Raynal