UE : les grands industriels de l'acier réclament des mesures d’aide d’urgence
latribune.fr
La production d’acier dans l’UE serait tombée à son niveau le plus bas, non viable, d'environ 60% de la capacité des hauts fourneaux européens, selon la fédération Eurofer.
Les industriels européens demandent à l’Union européenne des mesures d'urgence pour aider le secteur de l’acier qui connaît « sa pire crise » depuis 2009.
C'est un cri d'alerte que lancent sept grands industriels de l'acier - dont Tata Steel NH, Arcelor Mittal Europe et Salzgitter - membres de la fédération européenne de l'acier Eurofer. « Notre industrie traverse sa pire crise depuis la crise économique et financière de 2009 », écrivent ce jeudi leurs patrons dans une lettre ouverte adressée aux États membres de l'UE, qui se réunissent d'ailleurs ce vendredi à l'occasion d'un Conseil de l'Europe.
« Sans mesures urgentes, il sera difficile dans la plupart des États membres de l'UE de préserver une industrie sidérurgique résiliente et durable qui puisse investir dans nos ambitieux projets de décarbonation d'ici 2030 et au-delà », avertissent-ils.
Les industriels expliquent cette situation par la « surcapacité mondiale de production d'acier » et le « commerce déloyal » qui, selon eux, « exacerbent l'impact de la faiblesse de la demande d'acier ». Mais aussi par « des prix élevés de l'énergie dans l'UE », sachant que l'industrie est un secteur très consommateur. Si ces prix ont tendance à s'afficher à la baisse ces derniers mois, ils restent encore hauts depuis leur envol pris après le début de l'invasion russe en Ukraine, en février 2022.
Dans ce contexte, la production d'acier dans l'UE « a diminué de 30% depuis 2008 pour atteindre 126 millions de tonnes en 2023 », indiquent les industriels dans leur courrier. Elle serait tombée à son niveau le plus bas, non viable, d'environ 60% de la capacité des hauts fourneaux européens, selon la fédération Eurofer. En parallèle, les patrons avancent que « près de 100.000 emplois » ont été perdus « lors des 15 dernières années ».
Mais les industriels ne se contentent pas d'alerter dans leur courrier. Ils listent aussi des pistes de solutions, inspirées par le récent rapport Draghi sur la compétitivité de l'Europe. Ils souhaitent ainsi des mesures pour « renforcer et garantir » la « défense commerciale de l'UE » contre les pratiques commerciales qu'ils jugent déloyales, « ainsi qu'une solution structurelle » aux effets de « la persistance et de l'aggravation des surcapacités mondiales ».
Ils réclament également l'amélioration du « mécanisme d'ajustement carbone aux frontières » (CBAM en anglais) « afin d'empêcher le contournement, la réorientation des ressources et la délocalisation », une réduction des coûts de l'énergie pour leur secteur et « l'établissement de marchés pilotes pour stimuler la demande d'acier vert en Europe ».
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La Chine pointée du doigt
Ces préoccupations des industriels de l'acier ne sont en tout cas pas nouvelles. Les surcapacités de production sont en effet connues de longue date. Elles auraient ainsi atteint 551 millions de tonnes en 2023 au niveau mondial, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Et, ce qui ne devrait pas arranger les choses, 157 millions de tonnes de capacités supplémentaires devraient être installées d'ici 2026, toujours d'après cet organisme intergouvernemental.
La Chine est particulièrement pointée du doigt pour alimenter ce phénomène. Car le pays connaît une crise de son secteur immobilier, qui impacte la construction et donc la demande de matériaux. En parallèle, la demande internationale est aussi moins forte. Pour autant, le gouvernement chinois continue de subventionner massivement certaines industries, ce qui permet aux industriels de continuer à produire et d'exporter à des prix artificiellement bas.
C'est d'ailleurs pourquoi les États-Unis ont imposé des droits de douane sur les importations d'acier chinois - mais aussi d'autres matériaux comme l'aluminium - afin de protéger la production américaine d'une concurrence jugée déloyale. Une mesure mise en place sous la mandature de Donald Trump et réitérée cette année par le président Joe Biden. De telles taxes sont aussi réclamées par l'industrie sidérurgique en Amérique latine.
Au Chili, des taxes ont été instaurées en avril dernier sur les importations d'acier, mais malheureusement trop tard. La plus grande aciérie du pays, Huachipato, située dans le centre, a en effet fermé après 74 ans d'activité, plombée par l'acier chinois vendu au Chili 40% moins cher que celui produit localement. Dix millions de tonnes d'acier chinois ont déferlé sur l'Amérique latine l'an dernier, soit une croissance de 44% en 2023 par rapport à l'année précédente, selon l'Association latino-américaine de l'acier (Alacero). En 20 ans, la Chine a porté sa part sur le marché mondial de l'acier de 15% à 54%, toujours d'après cette association.