Montebourg accuse : les PGE sont devenus « une machine à tuer les entreprises »
latribune.fr

Montebourg propose une stratégie plus directe d'investissement public pour soutenir efficacement les PME et garantir leur avenir
Reuters
latribune.fr

Montebourg propose une stratégie plus directe d'investissement public pour soutenir efficacement les PME et garantir leur avenir
Reuters
Devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les défaillances des pouvoirs publics face aux plans de licenciement, Arnaud Montebourg a accusé mardi les prêts garantis par l'Etat (PGE), aide accordée aux entreprises durant la pandémie de Covid, d'être devenus « une machine à tuer les entreprises », plaidant pour « une autre méthode d'utilisation de l'argent public. ». Une accusation choc qui mérite Selon lui, les PGE, conçus pour soutenir la trésorerie des entreprises durant la crise sanitaire, sont aujourd'hui devenus un fardeau insoutenable pour nombre d'entre elles. « Aujourd'hui, l'État fait du recouvrement à travers les banques. Il envoie donc les entreprises au tapis, puisqu'en fait, on ne peut pas rembourser en cinq ans », a-t-il assené.
Cette critique repose sur un constat simple mais alarmant : si les PGE ont permis de maintenir un flux de liquidités vital, le calendrier de remboursement initial de cinq ans s'avère trop court pour bon nombre d'entreprises, en particulier celles qui étaient déjà fragilisées ou dont l'activité a été durablement impactée. Selon Montebourg, ces entreprises, qui n'avaient pas de « cash » en réserve, sont désormais « dans le rouge » et se dirigent inéluctablement vers les tribunaux de commerce, synonymes de faillites. Un scénario qui contredit l'objectif initial de préservation du tissu économique.
Bpifrance, gestionnaire des PGE, estime qu'une quarantaine de milliards d'euros restent à rembourser et anticipe environ 3 % de défauts de paiement. Si ce chiffre peut paraître modeste, il représente néanmoins des milliers d'entreprises et des dizaines de milliers d'emplois potentiellement menacés. Derrière ces statistiques se cache une réalité complexe et souvent douloureuse pour les entrepreneurs.
Les PGE, distribués massivement entre 2020 et 2022, ont offert des conditions avantageuses grâce à la garantie à 90 % de l'État. Mais l'euphorie initiale a laissé place à une anxiété croissante à mesure que les échéances de remboursement se rapprochent. Conscientes de cette difficulté, les autorités ont prolongé en janvier 2024 la possibilité pour les entreprises en difficulté de rééchelonner leurs PGE jusqu'au 31 décembre 2026. Une mesure bienvenue, mais est-elle suffisante ?
Au-delà de la simple prolongation des délais de remboursement, Arnaud Montebourg plaide pour une refonte complète de la méthode d'intervention de l'État en faveur des entreprises. Il propose notamment de porter le délai de remboursement des PGE à dix ans, une demande qui, selon lui, se heurte à une « bureaucratie » excessive.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

Mais sa vision va plus loin. L'ancien ministre milite pour que l'État soit présent « aux côtés des entreprises en fonds propres », en particulier pour les PME. Il défend la création d'un « fonds » de soutien aux PME « dans chaque département », une approche qu'il juge plus efficace et moins lourde que les « subventions avec des jurys, des appels d'offres, des appels à manifestation de-ci de-là, c'est infernal ». Pour Montebourg, l'argent public devrait être utilisé de manière plus directe et plus stratégique, en investissant dans des projets concrets plutôt que d'être dispersé dans des dispositifs jugés trop complexes. Il cite l'exemple du bouclier énergétique : « Si les dizaines de milliards d'euros alloués au bouclier énergétique depuis fin 2021 avaient été investis, on serait richissime tellement la France a des projets qui ne sont pas financés aujourd'hui ».
À lire également
Le débat autour des PGE et plus largement de la politique de soutien aux entreprises est loin d'être clos. Entre la nécessité de préserver les finances publiques et l'impératif de soutenir un tissu économique encore fragile, les décisions à venir du gouvernement seront déterminantes pour l'avenir de milliers d'entreprises françaises. L'enjeu est de taille : éviter que ce qui fut un puissant levier de survie ne se transforme, pour beaucoup, en un couperet fatal.
latribune.fr