Aéroports : les difficultés des entreprises de sûreté menacent la reprise du trafic aérien

Les sociétés en charge des missions régaliennes de sûreté dans les aéroports sont en grande difficulté. Basé sur une taxe sur les passagers, le modèle de financement de la sûreté aéroportuaire s'est écroulé avec l'arrêt quasi-complet du transport aérien depuis plus de deux mois. Privées de recettes, elles font face à un certain nombre de coûts qui épuisent leur trésorerie. Jean-Baptiste Thélot, le président du SESA, le Syndicat des entreprises de sûreté aérienne et des aéroports, tire la sonnette d'alarme et demande des aides urgentes à l'État.
Fabrice Gliszczynski

5 mn

(Crédits : © Pascal Rossignol / Reuters)

Et si la reprise du transport aérien était freinée, non pas par la crainte des passagers d'attraper le Covid-19 ou l'impossibilité financière des clients de voyager, mais par l'incapacité des sociétés de sûreté d'assurer les contrôles dans les aéroports ? Le scénario paraît improbable. Il est pourtant redouté par certaines compagnies aériennes et les aéroports. La menace est en effet bien réelle. Car ces sociétés privées, qui assurent par délégation de service public ces missions régaliennes, sont à genoux avec la crise sans précédent qui frappe le transport aérien. L'arrêt quasi-complet du trafic aérien depuis deux mois a fait voler en éclats le modèle de financement de la sûreté aérienne en France. Celui-ci est en effet basé sur une taxe sur les passagers prélevée par les transporteurs qui la reversent à l'État. Ce dernier la reverse ensuite aux aéroports qui ont la charge par délégation de service public des missions de sûreté mais les sous-traitent à des agences de sûreté.

Pas de recettes mais 25% des coûts

Or, sans passagers, pas de recettes. Pas même celles générées par les 10% d'activité maintenus. Car, pour préserver leur trésorerie, un grand nombre de compagnies aériennes ont arrêté de reverser le produit de la taxe à l'État, selon Jean-Baptiste Thélot, le président du SESA, le syndicat des entreprises de sûreté aérienne et des aéroports. Résultat, l'État ne reverse rien aux aéroports qui eux-mêmes ne payent pas les entreprises de sûreté.

Problème, un certain nombre de coûts sont néanmoins restés à la charge des entreprises : les salaires des 10% du personnel utilisés pour assurer l'activité et, pour les 90% autres placés en chômage partiel, un reste à charge important malgré la prise en charge par l'État du chômage partiel.

"Nous n'avons que 10% des recettes, mais encore 25% de nos coûts salariaux", déplore Jean-Baptiste Thélot.

Ce reste à charge provient du maintien de certaines composantes de la rémunération imposée par la convention collective de ce secteur qui ne sont pas prises en charge dans le chômage partiel, comme les coûts de formation et le maintien de certaines primes spécifiques à cette profession.

Résultat : même si l'obtention pour un certain nombre d'entre elles d'un prêt garanti par l'État a permis de soulager les trésoreries, les sociétés de sûreté se retrouvent dans une situation critique. Regroupant 80% des entreprises de sûreté présentes en France, le SESA tire la sonnette d'alarme.

Risque de faillites

"Les entreprises sont en grande difficulté. Si la sûreté ne peut plus être assurée dans nos aéroports, la reprise du trafic aérien en sera durement affectée", explique Jean-Baptiste Thélot.

Ce dernier en appelle à l'État. Comme les industriels de l'aéronautique, du transport aérien et les aéroports, le SESA demande une prolongation de la prise en charge de la totalité du chômage partiel par l'État jusqu'à fin décembre. "Sinon, cela va devenir très critique", prévient-il. Il demande aussi que l'État couvre le déficit de la taxe de sûreté pendant la crise, soit environ 500 millions d'euros.

« Ces mesures d'urgence doivent être prises rapidement afin d'endiguer la perte d'exploitation cumulée de l'ensemble des entreprises du secteur qui s'élève à 7 millions d'euros par mois depuis le début de la crise. Cela pourrait même entraîner la disparition de certaines d'entre elles », fait valoir Jean-Baptiste Thélot.

Les aéroports ne cessent de tirer la sonnette d'alarme

Dès le début de la crise, le président de l'Union des aéroports français (UAF), Thomas Juin, alertait les pouvoirs publics sur la question du financement de la sûreté.

"Nous avons une urgence à très court terme. Nous ne saurons pas financer ces missions au cours des prochaines semaines, même si les aéroports réduisent considérablement les coûts. Il y a des coûts d'amortissement d'équipements de sûreté et autres qui demeurent et qui ne seront plus financés", expliquait fin mars Thomas Juin.

La semaine dernière, l'UAF en a remis une couche.

"L'État doit assumer sur son budget le coût du déficit de financement 2020 des missions régaliennes de sûreté et sécurité aéroportuaires (500 millions d'euros)", a indiqué l'Union des aéroports français.

Et d'ajouter :

"Les aéroports doivent aujourd'hui faire face à l'impasse financière engendrée par les besoins de financement de ces missions en 2020, aggravée par le versement seulement partiel aux aéroports des montants dus au titre de la taxe d'aéroport pour le mois de février. Seule une partie de ces montants a été jusqu'à présent reversée par la Direction de l'Aviation Civile aux aéroports. Sans solutions rapides, les difficultés de trésorerie des aéroports ne permettront plus d'assurer dans les prochaines semaines le paiement des sociétés de sûreté, et par conséquent, le redémarrage du trafic. C'est donc bien la question du redémarrage du transport aérien qui est en jeu."

Lors d'une visioconférence qui s'est tenue récemment au Sénat sur le transport aérien, Jean-François Dominiak, le président du Scara, le syndicat des compagnies aériennes autonomes, a lui aussi demandé "la prise en charge par l'État des charges régaliennes de sûreté".

Fabrice Gliszczynski

5 mn

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Commentaires 2
à écrit le 05/06/2020 à 12:15
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Confier des fonctions régaliennes liées à la sécurité est insensé. Ça coûte moins cher ? Pas sûr. La sécurité est mieux assurée ? Peut être...ou pas. Avec des fonctionnaires, la continuité du service serait assurée, n'en déplaise aux "deglingueurs" ...

à écrit le 05/06/2020 à 8:46
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Puis alors les gestes barrières ne peuvent qu'encore plus compliquer leur tâche, on voit mal même comment ils peuvent bosser.

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