Air France reçoit une flopée d'avions neufs : comment est-ce possible en pleine crise ?

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(Crédits : REGIS DUVIGNAU)
Malgré la crise sans précédent qui frappe le transport aérien, la compagnie française maintient son plan de flotte et continue de recevoir des avions neufs à un rythme impressionnant. Après 4 gros-porteurs en 2020, 7 A350 ainsi que les 6 premiers A220 d'une commande de 60 exemplaires doivent entrer dans la flotte en 2021. La volonté de disposer d'une flotte compétitive au moment de la reprise et moins émettrice de CO2 pour tenir ses engagements de réduction de son empreinte carbone poussent la compagnie à renouveler sa flotte. Pour ne pas entamer sa trésorerie, Air France utilise des procédés qui lui évitent de puiser dans ses réserves, voire qui lui apportent du cash. Explications.

Cela peut sembler paradoxal au premier abord. Alors que les compagnies aériennes brûlent du cash à la vitesse de l'éclair et reportent, pour la plupart d'entre elles, les livraisons d'avions qu'elles avaient commandés pour préserver leur trésorerie, Air France prend le chemin inverse. La compagnie française maintient sa stratégie de renouvellement de la flotte et continue de prendre des livraisons d'avions neufs à un rythme impressionnant. Après les 4 gros-porteurs (3 Airbus A350 et un Boeing 787) arrivés cette année, 7 A350-900 et 6 A220 (des appareils moyen-courriers) vont entrer dans la flotte en 2021. Soit plus d'un avion par mois en moyenne !

La reprise sera lente et difficile

Pourquoi un tel choix et comment est-ce possible ? Pourquoi Air France prend-elle ces avions alors que la direction n'attend pas un début de reprise avant juillet prochain, au mieux, et que le trafic aérien ne devrait pas retrouver son niveau d'avant crise avant 2024, selon l'association internationale du transport aérien (IATA)? Pourquoi faire entrer autant d'avions long-courriers, alors que cette partie du réseau est complètement dévastée aujourd'hui et qu'elle ne reprendra, selon les experts, que bien après les vols domestiques et moyen-courriers ?

Lire aussi : Reprise : pourquoi les compagnies de "hub" sont désavantagées par rapport aux low-cost

Par ailleurs, comment Air France peut-elle faire entrer autant d'avions neufs, alors qu'elle souffre terriblement, au point d'avoir dû demander une aide d'État de 7 milliards d'euros (sous forme de prêts) pour éviter la faillite et d'envisager aujourd'hui une recapitalisation de plusieurs milliards d'euros ?

Renouveler la flotte pour gagner en compétitivité

Répondre au "pourquoi" est relativement simple. Air France prend ces avions, non pas pour croître, mais pour renouveler sa flotte. La compagnie tricolore prépare déjà la reprise et veut être compétitive quand celle-ci verra le jour. Outre les effets de son plan de restructuration, la direction compte en effet sur une flotte efficace. Or, avec un âge moyen de 13,6 ans, celle-ci a pris de l'âge et est beaucoup plus vieille que celle de ses concurrents européens. Les A350 et les A220 consomment 20% de carburant en moins que les avions qu'ils vont remplacer.

Rationalisation de la flotte et renouvellement des avions les plus anciens sont donc au cœur de la stratégie de la compagnie. Par conséquent, les avions les plus vieux ou les moins performants quittent la flotte. Ce fut le cas de manière anticipée au printemps des A380 et des A340. Demain, les avions les plus anciens vont être remplacés par des avions neufs, notamment les 25 B777-200. Âgés en moyenne de 20 ans, ces derniers quitteront la flotte au rythme de 4 à 5 avions par an à partir de l'an prochain au fur et à mesure que s'achèvera leur contrat de location et qu'arriveront les A350. Au total, les 38 A350 et les 60 A220 commandés doivent intégrer la flotte d'ici à 2026.

Tenir les engagements de baisse des réductions des émissions de CO2

Cette stratégie s'explique aussi par l'obligation pour la compagnie de réduire ses émissions de CO2. Lorsqu'elle a reçu son prêt direct de l'État de 3 milliards d'euros et ses 4 milliards d'euros de prêts bancaires garantis par l'État, Air France s'est en effet engagée à diminuer fortement son empreinte carbone, en réduisant notamment de 50% ses émissions de CO2 sur ses vols intérieurs (hors hub). Cet engagement s'ajoutait à un précédent annoncé avant la crise, celui de baisser d'ici à 2030 ses émissions globales de 50% par rapport à 2005.

Lire aussi : Le plan d'Air France pour compenser 100% de ses émissions de CO2 (pour ses vols intérieurs)

Mais, au-delà de ces deux motivations, comment la compagnie aérienne française fait-elle pour financer tous ces avions neufs prévus l'an prochain ? Pour rappel, le prix catalogue d'un A350-900 dépasse les 300 millions de dollars. Certes, les compagnies ne payent jamais de tels prix et obtiennent des rabais pouvant aller jusqu'à la moitié du prix de la facture. Pour autant, même si une partie du prix a déjà fait l'objet de prépaiements, il est difficile aujourd'hui de sortir du cash. D'ailleurs, la compagnie s'y refuse.

"L'objectif est de ne pas sortir de cash en prenant ces avions neufs", expliquent des sources internes.

Aussi, Air France utilise-t-elle des moyens lui évitant de puiser dans sa trésorerie, voire lui permettant de... faire entrer du cash.

Financements et "sale and lease back"

En fait, il en existe deux : négocier un financement sur un prix supérieur à celui du solde à payer (voire de se faire financer la totalité du prix de l'avion, alors qu'une partie de celui-ci a déjà fait l'objet de prépaiements). Résultat, la compagnie paye à l'avionneur le solde du paiement qu'il lui doit, et conserve le reste. Ce procédé a notamment été utilisé cette année par Air France.

Autre moyen qui sera davantage pratiqué en 2021 : recourir au fameux "sale and lease back", un système permettant à la compagnie de vendre à une société de leasing un avion commandé en propre, puis de prendre ce même avion en location. Résultat, la compagnie empoche le prix de l'avion et ne paye que des loyers étalés sur plusieurs années.

Interrogée, Air France ne s'exprime pas sur ses financements. Mais, selon plusieurs sources, Air France utilise ces deux outils. La compagnie a récemment passé un RFP (request for proposal) auprès des sociétés de leasing pour des opérations de sale and lease back.

"Il y a eu une belle réceptivité du marché", explique un banquier.

Air France a la cote auprès des sociétés de leasing qui ne se lancent pas dans de telles opérations avec toutes les compagnies. D'une part, la compagnie française fait partie pour les sociétés de leasing des compagnies qui vont rester dans le paysage, soit parce qu'elles sont jugées très solides sur le plan financier, soit parce qu'elles sont fortement soutenues par leur État. Aussi, si les 7 milliards d'euros d'aides d'État ne servent pas directement à acheter des avions, ils contribuent à convaincre les sociétés de leasing à accepter de telles opérations.

D'autre part, au regard de leur performance énergétique, l'A350 et l'A220 sont appréciés par les loueurs d'avions. Ces avions "verts" sont considérés comme de bons actifs, lesquels, en cas de défaillance d'une compagnie, peuvent facilement être recasés auprès d'un autre transporteur.

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Commentaires
a écrit le 10/12/2020 à 17:29 :
Le renouvellement de la flotte d'Air France ne date pas d'hier. Ces Airbus A350 ont été commandés en 2015 et Airbus n'en n'a livré que 6 exemplaires depuis. Les A220 ont été commandés en 2018 et aucun appareil ne sera livré avant 2024. Je ne comprends pas le titre de la Tribune en affirmant "la flopée" d'avions qui n'existent pas pour l'instant.
N'oublions pas que la flotte d'AF est vieillissante et qu'il faut la renouveler en ajoutant un élément essentiel ; l'écologie
a écrit le 11/11/2020 à 0:45 :
Il ferait mieux de rembourser les vols annulés par le covid , exemple 38 euros sur 1890 euros
a écrit le 10/11/2020 à 12:19 :
La police vient de renouveler ses habillements et ses armes, c'est sans doute noêl pour l'état.

Le point communs, il faut aider a ce que plus d'étrangers soient raccompagnés?

En tout cas j'imagine qu'a la fin du mandat de macron, il ne restera plus un euro !
a écrit le 10/11/2020 à 10:08 :
C'est pour sauver Airbus avec l'argent du contribuable.
a écrit le 09/11/2020 à 18:48 :
C’est très bien tout ça
a écrit le 09/11/2020 à 14:21 :
Il serait temps que les dirigeants des compagnies aériennes se mettent à fusionner et réduire le volume de transports. Nous avons franchi la barre des +2°C pour la fin du siècle. Il est plus que temps de commencer à chasser tous les flux de personnes et marchandises non essentiels de nos modes de vie. Les émissions de CO² des transports ne sont qu'un des paramètres à réguler pour ralentir notre effondrement.
a écrit le 09/11/2020 à 14:19 :
une dette différée reste une dette quelque soient les arguties pour la présenter !
a écrit le 09/11/2020 à 12:17 :
Bienvenu en UERSS, empire prévu pour durer mille ans avec ses gros navions et c'est ça qui est important ! Vous ne savez pas ce qui est important vous autres gueux...

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