Plan de résilience, politique agricole commune européenne, restauration collective... Confrontée depuis des mois à une crise inédite, l'agriculture biologique attend du nouveau gouvernement, et du nouveau ministre de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire Marc Fesneau, des mesures de soutien fortes. Philippe Camburet, président de la Fédération nationale de l'agriculture biologique (Fnab) a expliqué à La Tribune les principaux enjeux et ses priorités.LA TRIBUNE - Vous dénoncez un échec du gouvernement face aux objectifs qu'il s'était fixé en matière de développement de l'agriculture biologique. Lesquels?
PHILIPPE CAMBURET - Le premier objectif raté est celui d'atteindre en France 15% de surface agricole bio en 2022. Nous avons à peine dépassé 10% et atteindrons au mieux 12% à la fin de l'année. Le deuxième, c'est celui, fixé par la loi Egalim 1 en 2018, d'atteindre 20% d'alimentation bio dans la restauration collective avant le 1er janvier dernier. Or, le ministère de l'Agriculture lui-même ne connaît pas les taux actuels. On estime toutefois qu'on atteint entre 5-6% et 10-13% selon les produits et les régions. Ce qui est sûr, c'est qu'on est encore très loin de l'objectif fixé par la loi. On a du mal à comprendre que le gouvernement ne soit pas déjà au rendez-vous sur ces questions.
Le bio est confronté à des difficultés inédites depuis quelques mois. Les gouvernements du dernier quinquennat peuvent-ils être tenus responsables de cette situation?
Il y a effectivement une responsabilité de l'Etat. En 2017, le gouvernement a supprimé les aides au maintien de l'agriculture bio, qui permettaient de compenser les coûts de production. Il a ainsi estimé que l'agriculture biologique devait se développer par elle-même, selon les lois du marché, qui à l'époque affichait une croissance à deux chiffres mais dont aujourd'hui on constate le manque de stabilité. Nous pensons que dans son plan "Ambition bio", qui arrive à son terme cette année, le gouvernement aurait dû prévoir une forme de régulation du marché adossée à un soutien de la consommation, afin que la confiance perdure et qu'on évite d'arriver à un plateau de la croissance comme c'est le cas aujourd'hui.
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Du côté de la production, il aurait notamment fallu prévoir un système d'organisation des conversions au bio, pour qu'elles soient plus régulières au cours du temps et qu'on ne se retrouve pas, sur certaines filières, dans des situations de surproduction. On manque de surcroît de données officielles et d'outils statistiques neutres et efficaces, essentiels afin de gérer la production agricole: sur les quantités de produits qui vont arriver sur le marché, sur les filières en construction ou en transformation, sur les capacités de stockage, sur la consommation etc. On aurait donc besoin d'un investissement étatique fort sur l'observation de l'agriculture biologique, afin d'anticiper les évolutions et d'orienter les producteurs vers les filières avec les meilleurs débouchés.
Propos recueillis par Giulietta Gamberini