« La crise écologique est une crise de l’action et une crise du geste » (Marie Robert)
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T La Revue n°12
Pascal Ito / Flammarion
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La situation semble paradoxale : malgré la crise climatique qui devient de plus en plus urgente et menaçante, l'humanité agit certainement trop peu et trop lentement. Comment l'expliquez-vous ?
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Marie Robert Sincèrement, je l'ignore. Mais si je devais tenter une explication et déployer une hypothèse, je rejoindrais peut-être celle, célèbre, de Hans Jonas. L'humanité n'agit pas, parce qu'au fond, elle n'a pas réellement peur. Alors certes, nous sommes abreuvés d'images de chaos, d'incendies, de fortes chaleurs, mais nous parvenons encore, aussi curieux et alarmants soient ces phénomènes, à mettre à distance nos craintes. Or, selon Jonas, pour agir, nous devons avoir peur. Le raisonnement est assez limpide. Son texte phare, Le Principe responsabilité, soutient qu'un nouvel impératif catégorique s'impose désormais à la conscience soucieuse d'avenir. « Agis de façon à ce que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur Terre » y lit-on. Fondée sur une métaphysique humaniste, la pensée de Jonas veut établir que la nature engendre l'éthique qui lui permet de se préserver, du moins si l'homme prend conscience de la crise environnementale. Et Jonas n'hésite pas pour cela à faire de la crainte une incitation à connaître, c'est ce qu'il appelle « une heuristique de la peur », une sorte de méthode utile. Sa pensée très influente sera revendiquée par les partis écologiques européens et générera l'adoption au sommet de Rio, en 1992, du « principe de précaution » qui recommande de ne pas agir là où les risques environnementaux ne sont pas connus. Une phrase résume sa pensée : « Qui n'est pas directement menacé ne se décide pas à réformer radicalement son mode de vie. En revanche, dès que la menace se fait pressante, il en va autrement, tant sur le plan individuel que collectif. On ne prend la fuite que lorsque l'éruption volcanique s'est déjà déclenchée. » Alors voilà mon hypothèse : nous sommes au pied du Vésuve, mais nous sommes tellement obnubilés par nos nombrils que nous n'avons pas remarqué la fumée !