Climat : « Il faut construire et raconter l’ecological way of life » (Cyril Dion)
Propos recueillis par David Medioni
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Photo d'illustration
Patrice Normand / Leextra
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Cette année avec les événements climatiques de l'été, et le dernier rapport du GIEC, de nouveaux arguments semblent être apparus pour faire comprendre l'urgence climatique et la nécessité vitale de changer. Pourtant une loi d'airain de l'écologie semble persister en ce sens que l'on a conscience des problématiques documentées par les scientifiques sans qu'une action d'ampleur, à la fois politique et citoyenne, ne s'enclenche. Comment expliquez-vous ce qui s'apparente à un blocage ?
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Cyril Dion Le blocage principal pour les gens, c'est la façon dont la société est organisée. Si quelqu'un décide de réduire ses émissions de gaz à effet de serre pour passer d'environ 10 tonnes par an et par personne à 3 ou 4 tonnes, ce qu'il faudrait, il aura prise sur 25 % du problème maximum. Le reste dépend de la structure de nos sociétés. De la façon dont l'urbanisme est organisé, de la façon dont le marché propose ou non des véhicules qui n'émettent pas de gaz à effet de serre, mais aussi de la façon dont est agencée la question des déplacements avec les transports en commun ou les solutions d'autopartage. L'organisation collective de l'agriculture ou des modes d'alimentation entre aussi en ligne de compte. Tout cela, c'est-à-dire 75 % de l'impact, se situe donc entre les mains de l'État et des entreprises qui ont la possibilité de le transformer. Or, une immense majorité des décisions publiques sont aujourd'hui orientées par des intérêts d'ordre privé. Nous l'avons vécu de plein fouet lors de la convention citoyenne pour le climat. Tout est devant nous. Il a désormais été documenté que le réchauffement climatique existe depuis les années 1970 et que des grands pétroliers comme Shell, Exxon ou Total ont dépensé des sommes astronomiques pour semer le doute dans l'opinion, pour produire des études contradictoires et laisser supposer que l'on n'était pas certains que le changement climatique soit réellement d'origine anthropique. Tout cela a retardé la décision publique. Les décideurs politiques passent leur temps à expliquer qu'ils ne peuvent pas prendre telle ou telle mesure, de peur de se faire taper sur les doigts par la population qui, avancent-ils, n'est « pas prête ». Or, lorsque nous avons fait la convention citoyenne pour le climat, il s'est passé exactement l'inverse.
Propos recueillis par David Medioni