Depuis un an, l'Organisation internationale de normalisation (ISO) tente d'élaborer une norme sur le sujet. L'Association française de normalisation (Afnor) se bat dans ce cadre pour "mettre le secteur privé dans une trajectoire compatible avec l'Accord de Paris".Tout le monde en parle. Dans les engagements contre le réchauffement climatique des Etats, des collectivités locales et des entreprises, la notion de "neutralité carbone" joue un rôle de plus en plus central. Consacrée lors de la COP21 en tant que prérequis pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, elle figure en effet dans l'article 4.1 de l'Accord de Paris, qui évoque la nécessité de parvenir à un « équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle ». Dans son Rapport spécial sur les conséquences d'un réchauffement planétaire de 1,5°C publié en 2018, le Giec - Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat - l'a ensuite élevée comme cap à atteindre avant 2050 au niveau mondial afin de maintenir la bonne trajectoire.
La France a d'ailleurs intégré cet objectif, qui implique de doubler les puits et de réduire par six les émissions, dans sa Stratégie nationale bas carbone (SNBC). Et le secteur privé ne cesse de s'approprier le concept, bien que souvent selon la seule logique de compensation carbone issue du protocole de Kyoto, qui consiste à contrebalancer ses propres émissions en finançant des projets d'atténuation ou de séquestration en dehors de la chaîne de valeur de l'entreprise.
Une norme internationale pour 2023
Mais face à des ambitions dont le périmètre, la temporalité, la nature sont loin d'être homogènes, comment s'assurer que les promesses se réfèrent à la même notion? Et comment éviter que la neutralité carbone devienne, d'important outil contre l'urgence climatique, un énième vecteur de greenwashing? C'est la mission dont s'est saisie l'Organisation internationale de normalisation (ISO), qui tente d'élaborer une norme sur le sujet, ISO 14068.
Depuis un an, 22 pays et 75 experts, dont 6 Français, y travaillent. Ils essayent de déterminer une méthode commune afin de parvenir, d'ici 2023, à une neutralité carbone aux contours partagés par les organisations publiques comme privées. Un projet proposé fin 2019 par le Royaume-Uni, à partir d'un référentiel déjà élaboré par l'ISO depuis 2014. Outil coproduit par consensus par les acteurs du marché, la norme sera appliquée, comme toutes celles ISO, de manière volontaire.