Les six prochains mois seront cruciaux pour l'avenir de l'alimentation française. C'est ce que pensent les acteurs du monde agricole et de nombreuses ONG alors que le ministère de l'Agriculture vient de lancer l'élaboration d'un Plan stratégique national (PSN), pour décliner la mise en œuvre en France de la nouvelle Politique agricole commune (PAC) censée entrer en vigueur en 2023.
Outil complètement inédit visant à accroître les marges de manœuvre des Etats membres, le PSN doit permettre à chaque pays de déterminer, en fonction de ses besoins particuliers, comment utiliser les instruments et atteindre les objectifs économiques, environnementaux et sociaux de cette ancienne politique de l'Union européenne, ainsi que du Pacte vert. La France a décidé d'y consacrer six mois, de janvier à juin 2021 : dont trois mois pour la consultation de l'ensemble des parties prenantes, et trois autres pour la rédaction du document qui sera envoyé à Bruxelles. Elle disposera ensuite de six mois supplémentaires pour échanger avec la Commission européenne, qui doit valider tous les PSN avant le 31 décembre.
Malgré la crainte exprimée par de nombreux observateurs que les PSN finissent par aggraver les distorsions de concurrence entre les Etats, et incitent en conséquence à un nivellement vers le bas de leurs standards agricoles et alimentaires, ils représentent aussi pour les Etats membres l'opportunité de prendre une plus grande responsabilité face à leurs défis alimentaires et environnementaux. Ils doivent aussi aider à mettre en place des stratégies de transition.
Chaque année, la France reçoit en effet quelque 9 milliards d'euros au titre des aides aux agriculteurs et au développement rural prévues par la politique agricole commune : "Un capital pour l'avenir de nos campagnes", résume Mathieu Courgeau, président de la plateforme "Pour une autre PAC". Le PSN permet désormais à Paris de dire son mot sur comment les distribuer, et sur la reconnaissance qui sera réservée aux pratiques vertueuses pour l'environnement: "Des choix techniques qui expriment d'importantes orientations politiques", note Ilaria Casillo, vice-présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP).