Mathias Vicherat, Danone : « La loi Pacte n'interdit pas aux entreprises à mission de se réorganiser »

 |  | 2326 mots
Lecture 12 min.
Ëtre entreprise à mission implique qu'en cas de plan d'adaptation, il faut le réaliser au plus haut niveau des garanties sociales, souligne Mathias Vicherat.
"Ëtre entreprise à mission implique qu'en cas de plan d'adaptation, il faut le réaliser au plus haut niveau des garanties sociales", souligne Mathias Vicherat. (Crédits : Bertrand Jacquot)
ENTRETIEN. Fragilisé par la crise sanitaire et désormais aussi mis en cause par le fonds activiste Bluebell, Danone a engagé à l'automne 2020 une profonde restructuration de ses activités. Son secrétaire général, Mathias Vicherat, explique à La Tribune comment le groupe alimentaire entend rechercher l'équilibre entre toutes ses parties prenantes, tout en maintenant ses hautes ambitions sociales et environnementales.

LA TRIBUNE - En juin, Danone est devenu la première entreprise à mission du CAC40. Vous voulez également obtenir la certification B Corp pour l'ensemble du groupe en 2025. Pourquoi? Et qu'est-ce que cela implique pour une multinationale comme la vôtre?

MATHIAS VICHERAT - Nous nous sommes en effet lancés il y a cinq ans dans l'aventure B Corp, qui consiste à certifier, business unit par business unit, l'intégralité de l'entreprise. Nous sommes la première multinationale au monde à avoir pris une telle décision. Depuis l'épidémie de Covid-19, nous avons même accéléré le calendrier de certification: alors que notre objectif était de certifier tout le groupe en 2030, nous l'avons anticipé à 2025. Nous pensons en effet que les attentes de nos salariés comme de nos consommateurs concernant l'impact social et environnemental positif des marques ont crû. Or, B Corp est la certification la plus exigeante au monde dans ces deux domaines, ainsi qu'en matière de gouvernance. Aujourd'hui, 27 business units et environ 45% du chiffre d'affaires du groupe sont certifiés.

Quant au choix de devenir une entreprise à mission, il a été approuvé par 99,5% de nos actionnaires lors de l'assemblée générale de juin 2020, et a été sans doute aussi accéléré par la crise sanitaire. Il s'agissait d'aller au bout des possibilités offertes par la loi Pacte. Nous avions en effet déjà une raison d'être depuis 15 ans : "apporter la santé par l'alimentation au plus grand nombre". Cela implique la mise en place d'un nouvel organe, le comité de mission; la certification par un organisme indépendant des indicateurs fixés pour vérifier si les objectifs de la mission sont atteints; la présentation de rapports du comité de mission lors de l'assemblée générale.

Par les deux démarches, nous continuons une histoire qui a été commencée en 1972, avec le double projet, économique et social, d'Antoine Riboud, poursuivi par la création de fonds de dotation comme le Fonds Danone pour l'Ecosystème et Danone Communities, l'élaboration de la raison d'être de l'entreprise, le cadre d'action "One Planet One Health" que nous nous sommes fixé en 2017. Nous pensons aussi que ces deux initiatives sont complémentaires. Être une entreprise à mission est en effet un élément positif pour les exigences de gouvernance de la certification B Corp. Et alors que le cadre de l'entreprise à mission concerne surtout l'organisation et le fonctionnement de l'entreprise, le dispositif B Corp est aussi un label de plus en plus connu que nous développons progressivement sur les packagings de nos produits.

La réorganisation que vous avez annoncée à l'automne, qui implique, en pleine crise sanitaire, jusqu'à 2.000 suppressions de postes, est-elle compatible avec une telle ambition?

Notre plan "Local First" a suscité beaucoup de commentaires. En simplifiant nos modes de travail et en...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :