RE 2020 : grand gagnant, EDF veut surfer sur le marché des pompes à chaleur

La nouvelle réglementation environnementale, qui vise à diminuer l'empreinte carbone des bâtiments neufs, profite à l'électricien. Il souhaite accroître ses parts de marché dans l'installation et la maintenance des pompes à chaleur. Un équipement qui sera privilégié dans les nouvelles constructions au détriment des chaudières gaz.

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(Crédits : CHARLES PLATIAU)

EDF est sans doute le grand gagnant de la nouvelle réglementation environnementale pour les constructions neuves (RE 2020), qui vise à diminuer l'impact carbone des bâtiments neufs tout au long de leur cycle de vie. Alors que cette nouvelle norme acte la sortie progressive du gaz dans les bâtiments neufs, l'électricien la soutient largement et la juge « nécessaire pour une décarbonation forte de l'habitat ».

« Nous ne voyons pas la RE 2020 comme un effet d'aubaine. C'est aussi une opportunité pour nous d'être plus intégrés sur l'aval, de développer des nouveaux modèles permettant d'apporter des garanties aux clients. Nous ne sommes pas un simple vendeur d'électricité, mais un acteur du développement des pompes à chaleur sur le territoire », s'est défendu Marc Benayoun, le directeur exécutif d'EDF en charge du pôle clients services et territoires, lors d'une conférence de presse ce 26 janvier.

La colère des gaziers

Pénalisés par cette future réglementation, les professionnels du gaz, aux côtés de plusieurs associations de consommateurs, demandent au gouvernement une modification profonde du texte. Les acteurs du bâtiment demandent, eux, un report de sa mise en œuvre, prévue dès 2021 pour les maisons individuelles et en 2024 pour les logements collectifs.

Les gaziers dénoncent notamment l'exclusion du gaz naturel dans les constructions neuves, mais aussi et surtout celle du biogaz, beaucoup moins émetteur de CO2. Ce gaz renouvelable, qui connaît un fort développement, est produit par la fermentation de matières organiques, comme les résidus agricoles, les déchets organiques des ménages et des restaurants, ou encore des boues de stations d'épuration.

En outre, la filière gazière voit le risque d'un retour en force du chauffage électrique dans les bâtiments neufs, qui pourrait mettre à mal le réseau électrique, fragilisé par un parc nucléaire réduit, en raison du confinement du printemps, et la montée en puissance des énergies renouvelables, qui nécessite de lourds investissements.

Faible impact sur le système électrique

« La France n'est pas du tout dans une situation isolée dans son choix de mettre en retrait le gaz », a d'abord souligné Chantal Degand, directrice adjointe département solutions innovantes et usages bas carbone chez EDF, citant l'exemple de plusieurs pays comme le Danemark, les Pays-Bas, l'Autriche, ou encore le Royaume-Uni et l'Irlande, qui prennent des dispositions similaires à la RE 2020.

Quant aux doutes sur la capacité du système électrique à tenir, ils sont balayés d'un revers de main. L'installation des pompes à chaleur devrait avoir un impact très limité sur la consommation électrique française, de l'ordre de 1%, expliquent les équipes d'EDF en s'appuyant sur une étude réalisée par le réseau de transport d'électricité RTE et l'agence de la transition écologique (Ademe). Selon cette étude, ce pourcentage pourrait même être compensé grâce aux efforts en matière d'efficacité énergétique.

La RE 2020 ne signe pas non plus le retour des grilles pains et une augmentation de la facture d'électricité, assure l'électricien. « Aujourd'hui, la RE 2020 ne fait pas de place aux convecteurs avec les critères tels qu'ils sont posés », a assuré Marc Benayoun. Dans les logements neufs, c'est la pompe à chaleur (ou PAC dans le jargon des chauffagistes) qui devrait largement tirer son épingle du jeu.

Un équipement qui transfère l'énergie, sans en créer

Comment fonctionne-t-elle ?

« La PAC ne crée pas d'énergie, mais elle va la chercher et la transférer en prélevant les calories dans l'environnement naturel extérieur (comme l'air et le sol) et s'en servir pour chauffer ou fabriquer de l'eau chaude sanitaire », explique Eric Bataille, président de l'Association française pour les pompes à chaleur. « La seule énergie électrique nécessaire est celle pour faire fonctionner la pompe qui va permettre de déplacer les calories d'un milieu extérieur vers un milieu intérieur. Sa consommation électrique est donc trois à quatre fois moins importante qu'une solution de chauffage direct de type effet joule. Enfin, il n'y a pas de combustion, donc il n'y a aucun rejet de CO2 », poursuit-il.

Autre avantage au regard des vagues de chaleur qui se multiplient : le dispositif permet de rafraîchir un intérieur en inversant le sens de circulation de la pompe pour déplacer les calories vers l'extérieur.

Un million de pompes à chaleur vendues en 2019

La France est aujourd'hui le premier marché européen des pompes à chaleur. En 2019, il s'en est vendu plus d'un million. EDF, via sa société Izi, spécialisée dans les travaux de rénovation énergétique, entend bien se tailler une part de ce marché en forte croissance.

« Nous avons vendu 200 pompes à chaleur en décembre avec Izi », indique Marc Benayoun. Un volume modeste, « mais les chiffres augmentent de 50% de mois en mois », assure-t-il. « Avec Izi, nous voulons prendre une dizaine de pourcentages du marché total d'installation de pompes à chaleur ».

EDF se réjouit également d'une nouvelle norme qui contraint les propriétaires d'une pompe à chaleur à une révision tous les deux ans. Sa filiale Cham détient aujourd'hui près de 20% du marché de l'entretien des chaudières gaz et ambitionne de devenir un acteur majeur de la maintenance des pompes à chaleur. Le développement de ces nouveaux services constitue aussi un enjeu de diversification pour EDF, qui perd chaque mois quelque 100.000 clients, captés par les fournisseurs alternatifs d'électricité.

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