Bâtiment neuf : une nouvelle réglementation environnementale qui fait déjà débat

Le gouvernement a présenté ce 24 novembre sa nouvelle réglementation environnementale baptisée RE2020. Cette dernière, qui prendra effet le 1er juillet 2021, vise à diminuer l'impact carbone des bâtiments neufs tout au long de leur cycle de vie. Ambitieuse, elle écarte définitivement les gaziers et suscite des inquiétudes dans la filière du BTP.

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La nouvelle norme RE2020 vise à réduire d'au moins 30% la consommation d'énergie au quotidien des logements neufs, ainsi que les émissions de gaz à effet de serre tout au long de leur cycle de vie.
La nouvelle norme RE2020 vise à réduire d'au moins 30% la consommation d'énergie au quotidien des logements neufs, ainsi que les émissions de gaz à effet de serre tout au long de leur cycle de vie. (Crédits : Enedis)

Derrière les transports, le bâtiment reste le premier consommateur d'énergie et le deuxième émetteur de dioxyde de carbone. Ce secteur "doit être complètement décarboné pour que la France atteigne son objectif de neutralité carbone en 2050", alerte le Haut conseil pour le climat. Selon sa présidente Corinne Le Quéré, citée par l'AFP, la "massification" de la rénovation des logements, bâtiments publics et tertiaires, est nécessaire.

Lire aussi : Rénovation des logements pour tous: faire simple ou compliqué ?

Dans le même temps, le gouvernement a présenté ce 24 novembre sa nouvelle réglementation environnementale, baptisée RE 2020, pour les bâtiments neufs. L'objectif est double: "donner la primauté à la sobriété énergétique et à la décarbonation" et les "adapter aux vagues de chaleur". Ces normes, qui devaient s'appliquer dès le 1er janvier 2021, entreront finalement en vigueur le 1er juillet 2021 du fait de la crise sanitaire. Il s'agit, en définitive, de réduire d'au moins 30% la consommation d'énergie au quotidien ainsi que les émissions de gaz à effet de serre tout au long de leur cycle de vie.

Lire aussi : Réglementation environnementale 2020: "Pensons carbone avant de penser énergie"

L'accent mis sur le bois et les matériaux biosourcés

Les bâtiments qui sortiront de terre demain devront donc consommer le moins d'énergie possible. Rien que la construction et la démolition représentent entre 60% à 90% de l'empreinte carbone d'un édifice d'une durée de vie moyenne de 50 ans.

"Nous encourageons l'innovation par les matériaux et les modes constructifs qui ont une possibilité de stocker le carbone", a précisé la ministre du Logement Emmanuelle Wargon. "Les matériaux qui émettent peu seront avantagés par rapport aux matériaux plus émetteurs", a-t-elle ajouté, sans en citer un en particulier.

En réalité, le gouvernement mise sur le bois et l'ensemble des matériaux biosourcés, c'est-à-dire issus de la matière organique renouvelable (biomasse), d'origine végétale ou animale. La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili et sa ministre du Logement Emmanuelle Wargon ont promis des annonces bientôt pour le bois dans la construction avec leurs collègues Agnès Pannier-Runacher (Industrie) et Julien Denormandie (Agriculture, ex-Logement).

"La trajectoire visant à généraliser à moyen-terme l'usage du bois et des matériaux biosourcés pour les maisons individuelles et les petits collectifs semble sous-estimer les délais dans lesquels une telle révolution peut être accomplie, tant par l'outil industriel que par le tissu d'entreprises et d'artisans locaux", a mis en garde, dans un communiqué, le président du pôle Habitat de la Fédération française du bâtiment, Grégory Monod.

Le gaz définitivement écarté

Si ce n'est pas une surprise, la réglementation RE2020 est difficile à avaler pour la filière gazière. La nouvelle norme acte en effet la sortie progressive du gaz dans les bâtiments neufs alors même qu'il alimente les trois quarts des nouveaux bâtis et la majorité des maisons et immeubles anciens. "Ce n'est plus une énergie privilégiée", a estimé Barbara Pompili.

"Le sentiment dominant est celui de la déception", réagit Patrick Corbin, président de l'Association française du gaz (AFG). "On fait fi que le gaz sera de plus en plus renouvelable, alors que la filière prévoit que l'ensemble du gaz distribué sur le réseau soit de type renouvelable à l'horizon 2050", poursuit-il.

Le biométhane est, en effet, aussi écarté par la RE 2020 et ne pourra être déployé que dans le parc de logements existants. "Nous soutenons le biogaz [gaz renouvelable, ndlr], mais nous faisons en sorte qu'il remplace le gaz naturel [d'origine fossile, ndlr] dans l'existant. C'est là son intérêt", a insisté la ministre de la Transition écologique.

La filière gazière dénonce par ailleurs le risque d'un retour en force du chauffage électrique dans les bâtiments neufs, qui pourrait mettre à mal le réseau électrique fragilisé par un parc nucléaire réduit, en raison du confinement du printemps, et la montée en puissance des énergies renouvelables, qui nécessite de lourds investissements.

"Les chauffages au gaz ne seront pas remplacés uniquement par des convecteurs [appareils de chauffage électrique, ndlr]. Il y a aussi les pompes à chaleur et des jonctions avec des réseaux de chaleur capables de récupérer de la chaleur fatale. Moins de gaz ne veut pas forcément dire plus de convecteurs. Cela veut dire plus de solutions qui sont peu consommatrices en électricité", a défendu Emmanuelle Wargon, ministre du Logement.

Une phase de consultation va s'ouvrir

Pour autant, tout ne se fera pas du jour au lendemain. La RE 2020 s'inscrit dans un temps long. Outre l'entrée en vigueur dans sept mois, des jalons sont prévus en 2024, 2027 et 2030. "Nous avons besoin de temps que pour les filières montent en puissance et se structurent et nous voulons que les logements restent abordables", a expliqué la ministre du Logement Emmanuelle Wargon.

Un label d'État sera également créé afin de permettre aux maîtres d'ouvrages publics et privés d'anticiper les futures exigences et surtout de montrer l'exemple et de préfigurer les bâtiments publics d'après-demain.

Malgré des premières expérimentations sur 1.000 bâtis depuis le lancement du label E+C- en 2017, une phase de consultation va désormais s'ouvrir, sous la houlette du Conseil supérieur de la Construction et de l'Efficacité énergétique (CSCEE). Créé en 2015 au lendemain de l'adoption de loi sur la transition énergétique et la croissance verte dite loi Royal, il est, comme son intitulé l'indique, consulté sur la réglementation technique et les exigences applicables aux bâtiments, notamment celles concernant leur performance énergétique et environnementale. Sachant qu'il peut se saisir de tout sujet relevant du domaine de la construction, il ne se gênera sans doute pas pour formuler des avis sur la simplification des réglementations et normes et l'évaluation des coûts induits.

Cela n'a pas manqué. Dans une déclaration transmise à la presse, le président de la fédération française du bâtiment, s'en émeut déjà. "L'orientation politique, si elle a le mérite d'être clairement affichée, manque de réalisme", regrette Olivier Salleron. "Nous n'avons pas besoin de « jouer aux apprentis sorciers » en cette période de grave crise économique d'une intensité jamais connue, dont les premiers effets seront ressentis dans le BTP l'année prochaine. C'est vouloir mettre de la complexité lors d'une année de reprise économique, en méconnaissant les délais nécessaires pour adapter les filières. Ce sont des dizaines de milliers d'emplois mis en danger inutilement, dans l'industrie et le BTP", conclut-il.

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Commentaires 6
à écrit le 25/11/2020 à 10:55
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quand vas t'on avoir un gouvernement qui defend les francais face au monde et ne pas les pénalisé avec des mesures que nous somme seule a appliquer deja que la 1ere pénalité est que la france verse des cotisation social aux monde entier. environ 5...

à écrit le 25/11/2020 à 8:53
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En ce moment nous avons des émissions typiquement américaines: "Yeah we are the best of the world !" sur l'Alaska, ces gens qui fabriquent des maisons en terre-paille parce que c'est beaucoup moins cher et bien mieux isolant que ce qu'il se vend, que...

à écrit le 25/11/2020 à 7:21
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La principale pollution et l'unique pollueur etant l'homme ,il faudrait deja arreter notre couteuse politique pronataliste

à écrit le 25/11/2020 à 2:20
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Quel pied de ne plus vivre dans ce pays de fous.

à écrit le 24/11/2020 à 22:33
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en France , il est beaucoup plus simple de faire compliqué que l'inverse . les normalisateurs l'ont bien compris et s'appliquent avec constance en à défendre le principe . on va donc continuer à développer des normes de performance ruineuses autant...

à écrit le 24/11/2020 à 21:45
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Fabriquer du ciment ça génère énormément de CO2, c'est pris en compte dans les "calculs" ? Ou y a que ce que les occupants génèrent qui importe (surtout sur la durée) ? Vive le bois.

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