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Le Brésil à la recherche d'un second souffle économique

Virginie Mairet, à Rio de Janeiro

Publié le 08 août 2012 à 14:17 - Mis à jour le 08 août 2012 à 14:29

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La croissance s'essouffle au Brésil, premier des cinq pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), symbole du décollage des pays émergents. Devenu la sixième économie mondiale, le pays bute sur le manque d'infrastructures et doit engager des réformes structurelles. Pour réussir ce défi, Dilma Rousseff, la présidente, multiplie les plans de soutien à l'industrie et ne recule pas devant les mesures protectionnistes.

La profusion de c?urs roses sur les vitrines et les déclarations d'amour à la radio n'y ont pas suffi : les magasins n'ont pas connu le boom de consommation espéré le jour de la fête des mères, ni celui de la Saint-Valentin, fêté le 12 juin au Brésil. Deux semaines à peine après le début de l'hiver austral, les magasins cassent les prix. Dans la rue Visconde de Piraja, une artère chic du quartier d'Ipanema, les commerçants n'ont qu'un mot à la bouche : liquidação. Les promotions atteignent 70 %, et si les clients sont habitués à payer en plusieurs fois sans intérêt, ils découvrent que certains magasins leur proposent non seulement d'étaler l'achat sur deux ou trois mois, mais aussi sur six, huit, voire dix. « On sent bien que les gens sont prudents, ou qu'ils ont mis toutes leurs économies dans l'achat d'une voiture », confie Juliana, gérante d'un magasin de vêtements.

À peine 2,7 % de croissance en 2011, contre 7,5 % en 2010

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Et pour cause : les ventes de véhicules se sont envolées de 22 % en juin, dépassant les 350 000 unités. Un record dans l'histoire de l'industrie automobile, à peine dépassé en mars et en décembre 2010. L'engouement s'explique par la baisse de l'impôt sur les produits industriels (IPI). Mais l'euphorie compense à peine les résultats du secteur : il boucle le semestre avec 1,72 million d'unités vendues, soit 1 % de moins qu'en 2011 à la même époque. Si l'industrie automobile est scrutée de près par le gouvernement et les économistes, c'est qu'elle est emblématique de la situation économique brésilienne. Le secteur a connu une forte croissance ces dernières années, essentiellement pour alimenter un marché intérieur - 3,63 millions d'unités en 2011 ! - dopé par une meilleure distribution des revenus, héritage des années Lula, mais aussi pour répondre aux exportations, 20 % de la production. Les salariés du secteur ont obtenu de fortes hausses de salaire, acheté une maison et inscrit leurs enfants à l'université. Ils sont représentatifs de cette « nouvelle classe moyenne » qui a propulsé le Brésil au rang de sixième économie mondiale l'année dernière.
Quand l'industrie a commencé à donner des signes de fléchissement, en septembre dernier, c'est aussi l'automobile qui a bénéficié des premiers coups de pouce du gouvernement. Un sentiment d'urgence s'est emparé de Brasilia : 2011 a affiché une croissance décevante, à peine 2,7 %, contre 7,5 % en 2010, et la Banque centrale ne table plus que sur 2,5 % cette année. Pour enrayer le ralentissement, conséquence de la crise européenne, le gouvernement a sorti la grosse artillerie. Au-delà des baisses d'impôts et de charges pour l'industrie, il a aussi actionné le levier monétaire. Traditionnellement très prudente, la Banque centrale a changé son fusil d'épaule en août, en entamant une baisse du taux de base, passé de 12,5 à 8,5 %. Objectif : doper la consommation et l'investissement, et, au passage, réduire le service de la dette, ce qui libère des marges de man?uvre financière pour le gouvernement. Autre impact : rendre moins attractif l'achat d'obligations d'État par des acteurs internes - qui pourraient opter pour l'investissement productif - et surtout par des spéculateurs étrangers, dont les liquidités déversées sur le Brésil ont provoqué, ces dernières années, une dangereuse survalorisation du real, la devise brésilienne. Un « tsunami monétaire », selon Dilma Rousseff.
L'inquiétude a aujourd'hui un nom : désindustrialisation. Le secteur secondaire, qui représentait 50 % des exportations en 2007, ne pèse plus que 40 % aujourd'hui. La hausse du real a plombé les ventes à l'étranger, alors que les importations explosaient. Le protectionnisme est d'ailleurs un des autres instruments sollicités par le gouvernement. En septembre 2011, il a annoncé la hausse de 30 points de l'imposition sur les véhicules dont la production n'est pas à 65 % effectuée sur le territoire national ou dans le Mercosur - la zone économique du cône sud-américain -, et ce jusqu'à la fin de 2012. Il s'engage aussi à acheter une partie des équipements publics sur le marché local. Parallèlement, le Brésil est le pays le plus actif du monde en terme de plaintes devant l'OMC (80 ces deux dernières années), pour protester contre des mesures anti-dumping, en provenance d'Asie notamment.

Virginie Mairet, à Rio de Janeiro

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