Delphine Batho n'a jamais autant fait parler d'elle
Dominique Pialot
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Dominique Pialot
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Le mois de juin est décidément fatal aux ministres de l?Ecologie et de lIindustrie. Le plus intrigant, dans l?éviction de Delphine Batho survenue mardi, à laquelle la principale intéressée a consacré une conférence de presse ce jeudi, ce sont les commentaires et interprétations suscités par l?événement, et son timing pour le moins étrange.
On connaît les raisons officielles de son limogeage : avoir osé estimer publiquement (sur l?antenne de RTL) que le budget de son ministère était « mauvais ». On a également entendu les raisons plus officieuses, qui vont de sa mésentente croissante (en tous cas de plus en plus affichée) avec son ancienne mentor Ségolène Royal, réduisant à néant son poids sur l?échiquier politique français, jusqu?à la pression des lobbies industriels contre une ministre à laquelle ils reprochaient des positions anti-nucléaires et anti-gaz-de-schiste jugées dogmatiques. Un comble quand la plupart des ONG lui reprochaient, au contraire, son manque de conviction en matière d?écologie, notamment sur ces sujets.
Un exécutif macho ou viscéralement productiviste ?
On peut voir dans la décision de François Hollande et Jean-Marc Ayrault de l?évincer du gouvernement une réponse facile au déficit d?autorité dont on leur a beaucoup fait grief ces derniers temps. Sauf que le sort de Madame Batho est apparu injuste jusqu?à ses plus fervents détracteurs, notamment en comparaison de ceux d?Arnaud Montebourg, jamais inquiété malgré de nombreuses prises de positions contraires dans la forme et dans le fonds aux positions officielles du gouvernement, et même de Jérôme Cahuzac, « remercié » par le Premier ministre dans son annonce officielle, à l?inverse de la ministre de l?écologie, comme elle l?a d?ailleurs souligné lors de sa conférence de presse.
Dans ce concert de réactions offusquées, les femmes politiques et les écologistes sont montés au créneau, voyant dans ce coup d?éclat qui, la preuve d?un machisme latent dans un gouvernement pourtant paritaire, qui la confirmation que l?écologie n?est rien d?autre qu?une variable d?ajustement pour une équipe gouvernementale viscéralement productiviste et incapable de prendre la mesure de la transition écologique qui s?impose. Des réactions évidemment favorisées par le précédent Nicole Bricq, débarquée il y a près d?un an du même ministère, et qui ont rallié les anciennes ministres Chantal Jouanno et Nathalie Kosciusko-Morizet.
Dominique Pialot