Les solutions manquent pour financer l'efficacité énergétique

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Rendre les bâtiments français moins énergivores pourrait rapporter 20 milliards d'euros par an.

Ampleur des défis environnementaux (consommations d'énergie et émissions de CO2) liés au bâtiment, réglementations de plus en plus strictes, plan Bâtiment Grenelle ambitieux, géants industriels (Saint-Gobain, Lafarge, Vinci, Schneider Electric, Legrand, Siemens, EDF, GDF-Suez...) se classant parmi les leaders mondiaux... Les facteurs favorables à un développement significatif du marché français de l'efficacité énergétique ne manquent pas. Mais les obstacles sont tout aussi nombreux. La filière, atomisée, est mal armée pour proposer des offres globales et la formation aux techniques nouvelles reste insuffisante. « L'évolution des règles du jeu (crédit d'impôt développement durable, éco PTZ, tarifs de rachat de l'électricité solaire ou éolienne) rend les acteurs frileux dans leurs investissements en compétences, R&D ou sur le plan commercial », ajoute Hugues Menuet, directeur au sein du cabinet Eurogroup, qui a consacré une étude à ce sujet. En outre, « les grands groupes français attendent en vain les appels d'offre publics qui devraient découler du Grenelle de l'environnement » observe François Pouzeratte, associé.

Mais c'est surtout l'absence de solutions de financement innovantes pour faciliter les investissements qui rend encore lointaine la perspective des 20 milliards d'euros, la valeur de ce marché selon le Commissariat général au développement durable.

Pourtant, ces solutions existent. Aux États-Unis, depuis les années 70, les ESCOs (Energy Saving Companies) fonctionnent sur un modèle qui leur permet d'avancer le ticket d'entrée en se rémunérant jusqu'à 80 % à partir des économies réalisées dans les 3 à 5 premières années suivant les travaux. Mais « il est difficile, parmi les quelque 600.000 entreprises composant la filière française du BTP, de trouver la vision globale et fine du bâtiment - y compris de la phase d'exploitation - nécessaire à la mise en oeuvre de ce type de solutions », observe Hugues Menuet.

On voit pourtant apparaître les premiers contrats de performance énergétique (CPE). Et ce ne devrait être qu'un début, puisque le Ministre de l'Ecologie a nommé ce jeudi un « Monsieur CPE ». Olivier Ortega, avocat associé chez Lefèvre Pelletier & associé, devra « recenser les freins techniques, juridiques ou financiers qui ralentissent le développement en France des CPE sur les bâtiments publics comme privés ».

Vraie demande

Mais dans un CPE, « les prestataires ne s'engagent sur les résultats que dans le cadre d'un contrat précis, et sur des horizons de temps très longs, sans comparaison avec les ESCOs qui ont une vraie logique de cash flow et raisonnent sur une rentabilité de 1 à 5 ans, 10 au maximum », remarque encore Hugues Menuet. Une initiative française, pourtant, l'EcoValley-Plaine du Var, projet du maire de Nice (et Ministre de l'industrie) Christian Estrosi, mobilise un consortium d'entreprises sur un modèle calqué de l'exemple américain.

S'il manque encore des exemples d'économies tangibles et mesurables réalisées grâce à un bouquet de travaux, il y a une vraie demande, tiennent à souligner les consultants. Devant ce potentiel de croissance, les acteurs cherchent des solutions pour capter la valeur du marché. « Des groupements comme le GIE Efficacité Enjeu Energie Positive préfigurent peut-être les prémisses d'alliances stratégiques ou de création de sociétés, qui pourraient prendre le relais de marchés initiés par la puissance publique au travers d'aides et de subventions », espère Hugues Menuet.

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